Présenté samedi soir à Cinemania, Le chant du loup raconte l’histoire d’un spécialiste de l’interprétation des sons qui, à bord d’un sous-marin de l’armée française, est confronté à une énorme pression alors que son pays est au seuil d’un conflit nucléaire. La Presse en a parlé avec le réalisateur du film, Antonin Baudry.

André Duchesne André Duchesne
La Presse

Le sens de l’ouïe est au cœur de l’histoire. L’ouïe est-elle un instrument autour duquel bâtir le scénario, ou aviez-vous une réelle passion pour les sons ?

Je vis dans un monde très sonore. Je suis très sensible à la musique et aux mystères des sons. J’adore, par exemple, écouter une ville la nuit. Et j’ai eu la chance d’entrer dans un sous-marin à Brest où, dans la salle des commandes, j’ai entendu des sons de la mer, des sirènes, des sonars d’autres bateaux, en plus de la voix des hommes. Tout le monde se parlait sauf un marin, une « oreille d’or », très concentré. Mieux encore, il inventait des mots pour mieux qualifier les sons, ce qui est l’équivalent d’un poète. Lorsque j’ai mieux connu son métier, tout est parti de là.

Comme vous avez travaillé dans le milieu diplomatique [il a été conseiller de l’ancien ministre français des Affaires étrangères Dominique de Villepin], les sons ne renvoient-ils pas aussi aux bruits de corridors et, par ricochet, aux rumeurs qu’il faut savoir décortiquer ?

Il est vrai que notre vie à tous est d’interpréter, décoder et hacker des signaux. Ce que j’ai trouvé tout de suite fascinant dans le monde des sous-mariniers est que le décodage est pour eux une question de vie ou de mort. Cela donne un contexte dramatique et cinématographique très intéressant. Et c’est vrai que l’art de la diplomatie est d’interpréter les signaux que les gens nous envoient.

Pour un premier long métrage, ce n’est pas léger ! On flirte ici avec la fin du monde. Qu’est-ce qui vous a poussé dans cette direction ?

J’ai l’impression que l’humanité est en train de se menacer de beaucoup de manières. Dans le film, il est question d’armes nucléaires, mais c’est aussi un symbole pour parler de destruction de l’environnement. Face à cela, je me demande ce qui peut nous sauver ? Mon intuition est que le salut passe par des systèmes (politiques, militaires, diplomatiques, etc.) qui fonctionnent et des hommes capables de les transgresser quand il le faut afin de créer un lien de confiance entre eux. 

Vouliez-vous aborder le thème des armes de destruction massive dans l’angle le plus réel possible ou dans une perspective de pur divertissement ?

Il m’importait que tout ce que je raconte puisse arriver. Le réalisme était un point d’ancrage fondamental, car nous sommes ici dans des sujets graves et importants.

J’ai donc fait beaucoup de recherches pour faire en sorte que ce que je raconte puisse arriver… malheureusement. Ce film est-il un divertissement ou un avertissement ? C’est les deux. Pour qu’un avertissement porte, il faut qu’il soit entendu et donc qu’il soit aussi un divertissement. La frontière entre les deux est ce qui est intéressant.

Qu’aimez-vous du comédien François Civil dans le rôle du personnage principal de Chanteraide ?

Comme le métier d’oreille d’or n’est pas connu, j’avais envie d’un acteur un peu nouveau et peu connu pour l’incarner. J’ai fait faire deux scènes à 30 acteurs talentueux et j’ai choisi le meilleur : François. Il possède à la fois une forme de beauté de héros un peu classique et une vraie candeur, quelque chose d’assez pur. Il a une fragilité que je trouve belle. Chanteraide a une grande sensibilité de l’ouïe et, comme toutes les personnes avec un tel don, il est fragile. Les personnes hyper sensibles ne perçoivent pas le monde comme les autres. 

Au cinéma Impérial, samedi à 18 h, et en ligne sur Netflix