Auteure de 13 romans, l'écrivaine française Catherine Cusset vient de publier Vie de David Hockney, oeuvre à mi-chemin entre le roman et la biographie, qui nous plonge dans l'univers fascinant du célèbre artiste figuratif britannique. Sa vie partagée entre l'Europe et l'Amérique, ses amours, ses périodes artistiques, sa grande liberté. Un livre passionnant écrit par Catherine Cusset dans la continuité de son précédent roman. 

Mis à jour le 21 mars 2018
Éric Clément LA PRESSE

Votre carrière est parsemée depuis 1990 de romans et d'écritures autofictionnelles. Comment a surgi Vie de David Hockney

Gallimard voulait débuter une collection où des romanciers s'exprimeraient sur l'art. On m'avait commandé un essai sur David Hockney. Je ne le connaissais pas, mais il fait partie d'une famille d'artistes que j'aime beaucoup. J'ai commencé à lire plein de choses sur lui en même temps que je faisais la promotion de mon roman L'autre qu'on adorait. Bizarrement, Hockney est venu vivre dans ma tête comme un personnage de roman, comme Thomas, le personnage de L'autre qu'on adorait. Du coup, David Hockney est devenu la continuité de mon roman précédent, car c'était le même genre de travail. 

Vous avez donc fait beaucoup de recherches pour ce livre? 

Je connaissais les peintures de piscines de David Hockney. Sur l'internet, j'ai découvert ses paysages, les doubles portraits, ses tableaux colorés, sa perspective inversée, ses décors de théâtre. J'étais très intéressée par cet artiste qui a l'air de partir dans toutes les directions ! Du coup, l'écriture a été intense et en accéléré, comme jamais auparavant! 

Vous avez essayé de le rencontrer? 

Je n'ai pas voulu, car cela posait trois problèmes. Très soucieux de son image, il aurait pu refuser que j'écrive un roman sur lui et je n'aurais pas voulu le faire contre lui. La deuxième raison est que je craignais d'être influencée par lui. J'ai essayé dans ce roman d'être le plus près possible de lui, mais il fallait qu'il y ait une cohérence. S'il m'avait influencée, j'aurais eu envie de lui faire plaisir et cela aurait affaibli le texte. Finalement, à 80 ans, il a une mémoire du passé différente de ce qu'il disait dans les années 70. Mais maintenant, j'aimerais bien le rencontrer! Il n'a pas encore lu le livre, en cours de traduction, mais son assistant français et son traducteur français l'ont lu et l'ont trouvé très bien.

Il y a bien des points communs entre vous et Hockney: le geste artistique et le fait de partager votre vie entre l'Amérique et l'Europe. 

En effet, comme lui, je ne suis pas confinée à l'intérieur d'un seul genre d'expression et cette double vie entre deux continents donne une grande liberté, dans le travail comme dans la vie. Une façon de vivre qui m'a rendu la tâche plus facile pour l'écrire, car je l'ai fait de l'intérieur.

Qu'avez-vous trouvé de plus attachant chez David Hockney? Sa force de caractère? Sa grande liberté? 

Sa liberté, oui. Il a toujours fait ce qu'il voulait faire. Il ne cède jamais sur son désir. Et quand il n'a plus envie de faire quelque chose qui a eu du succès, il arrête. J'admire ça. 

Dans le roman, on découvre sa vie éclatée, ses relations humaines profondes et atypiques. Vous avez voulu traduire sa soif de vivre et sa propension à rencontrer beaucoup de monde. 

Et ce n'était pas évident, car dans ses écrits, il parle de son travail, de son enfance, mais très peu de sa vie privée, des années sida, de sa vie amoureuse. J'ai dû faire un gros travail de construction, avec les données provenant de la biographie en deux tomes de Christopher Simon Sykes ou de l'internet. J'ai essayé de donner vie aux personnages qu'il a fréquentés. J'avais peur que ce soit mal perçu par David Hockney, car je suis allée dans l'intimité, avec des choses dont il n'a jamais parlé et que je décris après les avoir devinées à partir d'une ou deux phrases. 

Allez-vous replonger dans ce genre mi-roman, mi-biographie avec une autre personnalité? 

Ce qui m'intéresse, c'est la vie. Il faut que j'aie un lien affectif, émotionnel. Comme David Hockney avec sa peinture. Comme lui, je ne peux pas écrire sur commande. C'est le hasard qui fait naître les oeuvres. 

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Vie de David Hockney. Catherine Cusset. Éditions Gallimard. 194 pages.

Photo Francesca Mantovani, fournie par Gallimard

La romancière Catherine Cusset