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Littératures du Nord: quand l'art sublime le quotidien

Fair-play, de Tove Jansson... (Image fournie par La peuplade)

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Fair-play, de Tove Jansson

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La PresseLaila Maalouf 4/5

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La Peuplade nous avait déjà fait découvrir, il y a deux ans, trois titres originaires de contrées nordiques jusqu'alors inconnus des lecteurs francophones. Voilà que l'éditeur de Chicoutimi garnit maintenant sa collection Fictions du Nord avec deux nouveaux livres attachants, poétiques, publiés presque simultanément: Fair-play de Tove Jansson et Au bord de la Sandá, deuxième roman de Gyrðir Elíasson traduit par la maison d'édition.

Le premier est finlandais, l'autre islandais; tous deux sont d'intenses réflexions sur la vie d'artiste, la création et la solitude.

Dans Fair-play, l'auteure et peintre finlandaise suédophone Tove Jansson (célèbre pour avoir créé les personnages pour enfants Moomins) capture le quotidien de deux femmes dans la force de l'âge qui ont consacré leur vie à l'art et passent des journées paisibles dans une île au large du port de Helsinki.

Jonna et Mari discutent allègrement, se disputent, partagent des soirées cinéma dans leur salon et s'isolent chacune dans son atelier pour peindre, écrire, bricoler, et finissent toujours par se retrouver lorsqu'elles éprouvent le besoin de s'extraire de leur bulle. Elles vivent en symbiose sans se risquer, cependant, à admettre qu'elles dépendent l'une de l'autre pour briser la solitude qu'entraîne le processus créatif.

Conjuguant la solitude nécessaire à la création au besoin intrinsèque de l'être humain de vivre en compagnie, ces deux femmes incarnent l'artiste heureux à travers des bribes de vie décrites avec candeur - et une légèreté qui n'est pas sans rappeler celle de l'écrivaine islandaise Auður Ava Ólafsdóttir.

Au bord de la Sandá, de Gyrðir Eliasson... (Image fournie par La peuplade) - image 2.0

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Au bord de la Sandá, de Gyrðir Eliasson

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«Loup solitaire»

Aux antipodes de ces deux artistes enjouées se profile le peintre taciturne et tourmenté de Gyrðir Elíasson. Celui-ci a choisi un «exil autoproclamé» aux abords de la Sandá, une rivière cernée par la forêt où il a installé ses deux caravanes - l'une d'elles lui sert d'atelier. C'est là qu'il s'évertue à peindre la nature qui l'apaise et le console.

En panne d'inspiration, miné par cet isolement qu'il s'est imposé parce qu'il a échoué à vivre en société, il considère son existence avec mélancolie, «loup solitaire qui rôde dans le sombre enchevêtrement de [sa] vie». Pour lui, l'art n'est pas la libération exultante qu'il procure aux deux protagonistes de Tove Jansson, mais une pulsion viscérale à laquelle il ne peut que céder, quitte à tout sacrifier.

Au-delà de leur proximité géographique et des paysages évocateurs qui se superposent à l'oeuvre, ces deux romans se répondent, explorent le sens de la vie en société et la valeur de la quiétude, cette notion «composite» qui, selon Elíasson, peut être tout aussi redoutable qu'agréable. Deux livres qui représentent avec sensibilité deux facettes de l'artiste - l'ombre et la lumière -, deux parenthèses éthérées qui laissent derrière elles une douce sensation de laisser-aller.

* * * *

Fair-play. Tove Jansson. La Peuplade. 160 pages.

* * * *

Au bord de la Sandá. Gyrðir Elíasson. La Peuplade. 160 pages. (En librairie le 12 février).




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