Le Kannjawou, c'est un bar dont le nom désigne une grande fête. L'un des rares endroits où se mêlent à la population locale les « forces d'Occupation » - soldats « aux uniformes inconnus », coopérants des ONG et employés des institutions internationales dont les véhicules blindés et les tout-terrain envahissent une ville jamais nommée.

Publié le 17 févr. 2016
Laila Maalouf LA PRESSE

Avec la langueur propre aux états d'âme de ses protagonistes, Lyonel Trouillot, écrivain haïtien engagé et professeur de littérature à Port-au-Prince, décrit le quotidien d'une bande de jeunes, éduqués mais désoeuvrés, qui traînent autour du Kannjawou en quête d'appartenance. Il y a Wodné, Joëlle, Sophonie, Popol et le narrateur, qui lit trop de romans et se plaît à raconter dans ses carnets le quotidien de la jeunesse sans espoir de la rue de l'Enterrement. «Que sommes-nous ? demande-t-il. Zombies ou voleurs de cercueils ?»

Devant leur incapacité à imaginer l'avenir, certains glissent lentement dans la fatalité, d'autres militent pour «un je ne sais quoi qui n'arrive jamais».

Trouillot, qui a manqué de peu le prix Goncourt en 2011 pour La belle amour humaine, prouve à nouveau dans ce roman ses talents de conteur grâce à une écriture fluide et puissante, évocatrice de la révolte qui gronde en sourdine. 



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Kannjawou
, Lyonel Trouillot. Actes Sud, 208 pages.