Le Booker Prize 2011, l'un des prix littéraires internationaux les plus prestigieux au monde sera attribué mardi à Londres, mais ses détracteurs --qui le jugent trop populiste-- projettent la création d'un prix concurrent.

Danny Kemp AGENCE FRANCE-PRESSE

Le Britannique Julian Barnes, 65 ans et finaliste pour la quatrième fois du Booker qu'il n'a jamais décroché, fait figure de favori avec The Sense of an Ending, un roman sur le destin de camarades de classe.

Cinq autres auteurs - trois Britanniques et deux Canadiens - sont en lice pour ce prix doté de 50 000 livres (80 700 dollars, 56 700 euros), qui récompense un auteur de fiction de langue anglaise du Commonwealth et de la République d'Irlande.

Mais la sélection des oeuvres et la composition du jury cette année ont fait l'objet de critiques, le jury étant présidé par une ancienne patronne des services de renseignements intérieurs MI5, Stella Rimington, reconvertie dans l'écriture de polars.

Mécontent de l'évolution du Booker Prize, un groupe appelé «la commission consultative du Prix littéraire» vient d'annoncer un projet de lancement, probablement l'an prochain, d'un nouveau prix.

Il s'agira de récompenser l'auteur du «meilleur roman en langue anglaise publié au Royaume-Uni dans l'année», ce qui permettra à des auteurs américains de prétendre au prix.

Le jury du Booker se préoccupe davantage du «caractère accessible» des oeuvres plutôt que de leur «qualité artistique», a regretté «la commission consultative du Prix littéraire» qui a trouvé un large écho dans les médias.

«Il ne s'agit pas de s'en prendre au Booker Prize ou aux livres sélectionnés», a affirmé un porte-parole du Prix littéraire, Andrew Kidd, sur BBC. Mais «nous pensons qu'il y a de la place» pour deux prix, a ajouté cet agent littéraire travaillant pour Aitken Alexander Associates, qui n'a publié aucun des livres sélectionnés pour le Booker Prize cette année.

Le projet de nouveau Prix littéraire a déjà reçu le soutien d'écrivains de renom, qui plus est ex-lauréats du Booker Prize, comme John Banville et Pat Barker.

De quoi irriter encore plus la direction du Booker Prize. «Foutaise», a réagi son directeur, Ion Trewin, à l'annonce de la création du Prix littéraire. Mais le président de la Booker Prize Foundation, Jonathan Taylor, s'est voulu lui plus diplomatique.

«Depuis 1969, le prix a encouragé la lecture de fiction littéraire de la plus grande qualité, et c'est encore aujourd'hui son objectif. Nous saluons tout prix crédible qui soutient aussi la lecture de fiction de qualité», a-t-il déclaré à l'AFP.

L'annonce du lancement de ce nouveau prix intervient alors que le jury du Booker Prize est l'objet de vives critiques.

«Des gens plus bizarres que moi ont présidé le Booker», s'est défendue Stella Rimington au journal Guardian.

«C'est lamentable que de prétendus critiques littéraires s'en prennent à mes juges et moi-même. Ils vivent dans un monde tellement étriqué qu'ils ne supportent pas que des gens s'immiscent dans leur domaine», a-t-elle affirmé.