Si Liv court le long des berges du Saint-Laurent, dans Verdun, c’est à la fois pour marcher dans les traces de sa mère et pour chasser la douleur de son absence.

Publié le 7 mai
Dominic Tardif
Dominic Tardif La Presse

Avec La mère intérieure, Sophie Marcotte parle ainsi à la fois des lieux que son héroïne habite comme d’une prison la menottant à son passé, et d’un ancrage, lui permettant de s’émanciper de ce que ce passé charrie de souffrance. Dans une narration au je qui oscille entre le quotidien dissolu d’une serveuse de café et ses souvenirs d’enfance, l’autrice signe avec ce deuxième livre ce qu’il convient d’appeler un roman d’apprentissage, au sens le plus fort du terme. Car c’est le plus inadmissible des apprentissages auquel fait face Liv : celui de l’injustice de cette existence, qui nous prend ce qui nous est de plus précieux sans avertissement.

Valsant entre de nombreux amants qu’elle refuse d’appeler par leurs authentiques prénoms, hypocondriaque au point d’être « prête à ce qu’on lui tranche le sein en deux comme une grenadine pour inspecter chaque boule séparément, afin de trouver la vraie grenade parmi les fruits », Liv est cette proverbiale vingtenaire revenue de tout, déjà si vieille et pourtant si jeune. Malgré cette trame élimée, La mère intérieure parvient aisément à trouver sa grâce, surtout dans ses petits moments : un père qui oblige sa fille à chanter Dance Me to the End of Love, une rencontre entre la narratrice et une ancienne collègue de sa mère, un dimanche matin heureux en famille.

Dans une scène d’enfance, Liv assemble un casse-tête avec sa mère, un chapitre qui contient tout le beau projet chimérique de ce roman triste et doux, porté par l’espoir que la mémoire de ceux et celles que l’on a aimés ne s’embrouillent jamais entièrement : « L’image [du casse-tête] m’obsède pendant plus d’une heure et je ne me souviens même plus de ce qu’elle représente, c’est bien ce qui m’énerve : l’évaporation des images dont il faut se souvenir pour tout mettre ensemble. »

La mère intérieure

La mère intérieure

Éditions de la maison en feu

240 pages

½