(Paris) Un roman inédit de Louis-Ferdinand Céline, Guerre, paraîtra le 5 mai aux éditions Gallimard alors que l’auteur lui-même croyait à jamais perdu ce récit du premier conflit mondial.

Publié le 29 mars
Hugues HONORÉ Agence France-Presse

Guerre provient des fameux manuscrits de Céline retrouvés et révélés au grand public en août 2021.

Le roman intégrera la classique collection Blanche, dans une édition établie par l’historien Pascal Fouché et avec un avant-propos de l’avocat François Gibault, exécuteur testamentaire de l’écrivain et spécialiste de son œuvre.

Gallimard évoque dans sa présentation de l’ouvrage « une liasse de deux cent cinquante feuillets révélant un roman dont l’action se situe dans les Flandres durant la Grande Guerre ». Ils contiennent un « manuscrit de premier jet, écrit quelque deux ans après la parution de Voyage au bout de la nuit », soit en 1934.

« Céline, entre récit autobiographique et œuvre d’imagination, y lève le voile sur l’expérience centrale de son existence : le traumatisme physique et moral du front », ajoute l’éditeur.

Le futur écrivain, âgé de 20 ans quand éclate la Première Guerre mondiale, est resté marqué toute sa vie par les horreurs des combats dans la région d’Ypres (Belgique) en 1914. Il dénonce dans Guerre un « abattoir international en folie », relève Gallimard.

« J’ai toujours dormi ainsi dans le bruit atroce depuis décembre 14. J’ai attrapé la guerre dans ma tête. Elle est enfermée dans ma tête », dit un autre extrait divulgué par la prestigieuse maison d’édition.

Le récit s’ouvre sur le moment où « le brigadier Ferdinand » reprend conscience sur un champ de bataille où il a été grièvement blessé. Il suit sa convalescence dans un hôpital où il se lie avec une infirmière et un souteneur, Bébert. Sa hantise, comme celle de tous les blessés : devoir repartir au combat. Il y échappera en étant déclaré inapte et envoyé à Londres.

D’autres inédits

Le romancier, collaborationniste et antisémite, avait laissé ce roman parmi une immense masse de papiers lorsqu’il avait quitté Paris pour l’Allemagne en juin 1944.

Il apprit ensuite que son appartement avait été visité et dénonça un vol. Mais à sa mort en 1961 il n’en connaissait pas les coupables. Leur identité reste un mystère aujourd’hui encore.

En 2020, un an après la mort de Lucette Destouches, la veuve de Céline, le journaliste Jean-Pierre Thibaudat se signalait auprès des ayants droit : il détenait ces manuscrits depuis une quinzaine d’années.

Ces ayants droit, François Gibault et une autre proche de « Mme Céline », Véronique Robert-Chovin, n’ont pas souhaité négocier avec lui. Ils en ont récupéré l’intégralité, comme allait le révéler le journal Le Monde à l’été 2021.

La maison d’édition de Céline prévoit une exposition intitulée « Céline, les manuscrits retrouvés », à la Galerie Gallimard à Paris, du 6 mai au 16 juillet, dont l’universitaire Alban Cerisier sera commissaire.

Suivront à l’automne deux autres inédits, Londres, récit de son départ pour la capitale britannique en 1915, qui devrait être bien plus long que Guerre, et un conte médiéval, La Volonté du roi Krogold.

Enfin, en 2023, Gallimard compte faire paraître de nouvelles éditions du roman Casse-pipe, inachevé dans son édition connue jusque-là, et du tome III des romans de Céline dans la Bibliothèque de la Pléiade.

En 2021, le PDG de la maison d’édition Antoine Gallimard disait vouloir établir toutes ces éditions « de façon très scrupuleuse », alors que Céline, malgré l’immense succès que lui avait valu Voyage au bout de la nuit, avait été réticent à publier toutes ces œuvres.