L’auteur anglo-montréalais Sean Michaels s’est fait connaître avec un charmant premier roman, Les corps conducteurs (prix Giller en 2014, traduit en français chez Alto en 2016), dans lequel il s’inspirait de la vie de l’inventeur russe du thérémine, et où il prenait déjà beaucoup de liberté avec la réalité. Dans Les coups de dés, qui arrive cinq ans plus tard et qui est encore admirablement traduit par Catherine Leroux, l’auteur pousse encore plus loin son utilisation du réalisme magique et l’exploration entre le possible et le rêve, dans un livre à la fois trépidant et profond, rempli de questions sur le destin et le hasard.

Publié le 19 déc. 2021
Josée Lapointe
Josée Lapointe La Presse

On y suit Théo Potiris, fils d’épicier et humoriste à temps partiel, qui aimerait bien que rien ne change alors que tout change, et qui finira par tenter le sort dans une quête existentielle et philosophique. Quête qui lui fera prendre plusieurs chemins et digressions, qui ne sont pas d’égal intérêt il faut le dire, mais qui se termine avec une poursuite haletante dans le désert marocain qui vaut franchement le détour.

Drôle et mélancolique, Les coups de dés se déroule en bonne partie dans le quartier montréalais du Mile End et est un hommage à sa faune et ses commerçants irréductibles – le Provision K de la famille de Théo est en quelque sorte le Supermarché PA –, mais aussi dans un Montréal fantomatique et magnifié, où volent des oiseaux exotiques et où se promener à vélo la nuit procure la plus belle des sensations.

On y croise également un milliardaire mégalomane, un auteur à succès solitaire, une femme d’affaires implacable, une ancienne championne de saut à la perche, une bande de voleurs, une adolescente chanceuse et clairvoyante. Mais c’est le regard doux et ironique de Théo sur le monde, avec son sens de l’observation piquant et son intérêt pour les gens qu’il rencontre, qui est le liant de ce roman multiple qui s’égare parfois dans trop de ramifications, mais qui ne perd jamais de vue le sens du merveilleux. Et qui nous donne envie d’y croire un peu.

Les coups de dés

Les coups de dés

Alto

520 pages