L’écrivaine québécoise Marie-Claire Blais, gagnante du prix Médicis pour le roman Une saison dans la vie d’Emmanuel, s’est éteinte à l’âge de 82 ans.

Publié le 30 nov. 2021
Alice Girard-Bossé
Alice Girard-Bossé La Presse
La Presse Canadienne

Marie-Claire Blais est décédée mardi, à Key West, où elle avait élu domicile depuis de nombreuses années, a annoncé l’Agence Goodwin qui la représentait, dans une déclaration sur Facebook mardi soir.

« Tout au long d’une carrière qui a duré plus de soixante ans, Marie-Claire Blais a non seulement profondément marqué les littératures québécoise et canadienne, mais elle s’est aussi hissée au premier rang des écrivains francophones de sa génération », a déclaré la maison d’édition Boréal.

Née en octobre 1939, Marie-Claire Blais avait publié son premier roman, La Belle Bête, à l’âge de 20 ans. Aussitôt remarquée, elle reçoit alors une bourse de la Fondation Guggenheim à la suggestion du célèbre critique américain Edmund Wilson.

Au cours de sa carrière, Marie-Claire Blais a écrit près d’une trentaine de romans. Parmi ses œuvres, on retrouve entre autres Manuscrits de Pauline Archange (1968), Le sourd dans la ville (1980), Visions d’Anna (1982), Pierre (1986), L’ange de la solitude (1989), Un jardin dans la tempête (1990) et le cycle Soifs, une série de 10 romans parus entre 1995 et 2018.

Une saison dans la vie d’Emmanuel

Quelques-uns des ouvrages de Marie-Claire Blais ont été adaptés pour le cinéma et la télévision, dont Une saison dans la vie d’Emmanuel, roman pour lequel elle obtiendra le prix Médicis en 1966.

Situé à une époque où le Québec est encore plongé dans la grande noirceur, le roman tourne autour d’Emmanuel, le dernier-né d’une famille nombreuse, élevée par une grand-mère omniprésente au sein du foyer paternel. Autour de lui évoluent ses frères et sœurs ainsi que ses parents, des personnages qui refusent de vivre dans la misère malgré la pauvreté et la maladie.

Ce roman, traduit dans une dizaine de langues, est une des œuvres québécoises les plus lues dans le monde. Plus de 2000 livres, thèses, articles, critiques et entrevues ont été rédigés sur le roman Une saison dans la vie d’Emmanuel et les multiples interprétations qu’en a faites la critique littéraire représentent un hommage à la complexité du roman.

Son dernier roman, Un cœur habité de mille voix a paru le mois dernier. L’écrivaine originaire de Québec écrira également six pièces de théâtre et plusieurs recueils de poésie.

(Re)lisez la chronique de Chantal Guy : « Marie-Claire Blais : Hommage aux luttes LGBTQ+ »

Issue d’une famille modeste, Marie-Claire Blais avait dû interrompre ses études pour gagner sa vie. Cependant, tout en travaillant, elle suit des cours le soir à l’Université Laval. C’est là qu’elle rencontre deux personnes qui influenceront son avenir : Jeanne Lapointe, critique littéraire et mentore de plusieurs écrivains québécois, et le père Georges-Henri Lévesque, de l’École des sciences sociales de l’Université Laval.

C’est grâce à leur soutien que la jeune écrivaine publie La Belle Bête en 1959 qui sera salué par la critique, mais aussi critiqué pour son aspect amoral. D’une violence et d’un langage cru tout nouveau pour l’époque au Québec, l’intrigue de ce roman laissera des marques ineffaçables dans l’imaginaire de ses nombreux lecteurs.

De nombreux prix

En plus du prestigieux Médicis, l’auteure a accumulé les honneurs dont le prix Belgique-Canada en 1976 pour l’ensemble de son œuvre, le prix Athanase-David en 1982, le prix Prince de Monaco en 2002, le prix Gilles-Corbeil de la fondation Émile-Nelligan en 2005 pour l’ensemble d’une œuvre, le prix Matt-Cohen du Writer’s Trust of Canada en 2007, remis pour la première fois à un écrivain francophone.

Marie-Claire Blais a également été élue en 1986 à la Société royale du Canada et, en 1992, à l’Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique. Elle a rejoint l’Académie des lettres du Québec en 1994 et a reçu les insignes de Chevalier des arts et des lettres en France en 1999.

L’écrivaine a aussi reçu l’Ordre du Canada en 1975, la Médaille commémorative du 125anniversaire de la Confédération du Canada en 1992 et l’Ordre national du Québec en 1995.

Plutôt timide, elle partageait son temps entre Key West, en Floride, Melbourne, en Estrie, et Montréal.

Elle fuyait les projecteurs, mais se montrait très généreuse en entrevue de même qu’avec ses collègues écrivains. Elle a participé à de nombreux jurys dont celui du prix Robert-Cliche récompensant une première œuvre.

Elle a été pendant plusieurs années la compagne de la peintre d’origine américaine Mary Meigs, décédée en 2002.

Québécoise dans l’âme, Marie-Claire Blais demeurait une nomade et une militante convaincue de la francophonie.