Quelques suggestions de bandes dessinées à découvrir.

Stéphanie Morin
Stéphanie Morin La Presse
Alexandre Vigneault
Alexandre Vigneault La Presse

Corto Maltese – Océan noir ★★★½ : le Corto nouveau est arrivé

  • Extrait de Corto Maltese – Océan noir

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    Extrait de Corto Maltese – Océan noir

  • Extrait de Corto Maltese – Océan noir

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    Extrait de Corto Maltese – Océan noir

  • Extrait de Corto Maltese – Océan noir

    IMAGE FOURNIE PAR CASTERMAN

    Extrait de Corto Maltese – Océan noir

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Poursuivre les aventures d’un héros mythique en se libérant des contraintes du passé… Voilà le périlleux exercice auquel se sont livrés Bastien Vivès et Martin Quenehen en prenant les rênes de la destinée de Corto Maltese, l’icône de la BD imaginée dans les années 1960 par Hugo Pratt et ressuscitée en 2015 par Rubén Pellejero et Juan Díaz Canales le temps de trois albums. Exit les années 1920, la casquette de marin, le visage buriné par la mer. Corto a rajeuni dans cette histoire campée en 2001, où le protagoniste se promène du Japon au Pérou, sur les traces de l’or des Incas.

L’émancipation des nouveaux auteurs est telle que même le dessin de Bastien Vivès tranche avec le trait si particulier de Pratt. Le noir et blanc parfaitement maîtrisé du bédéiste italien disparaît au profit d’une riche palette de gris. Attention toutefois ! Corto reste Corto : gentilhomme enveloppé de mystère, toujours aussi amoureux de la gent féminine, pour qui l’amitié est une valeur sacrée. Il y a des choses qu’il vaut mieux ne pas changer !

Les puristes vont sans doute crier au scandale en voyant le traitement infligé à ce monstre sacré. De notre côté, nous préférons souligner l’audace de Vivès et Quenehen, qui nous livrent une histoire de chasse au trésor bien ficelée. Ils ont, du coup, ouvert d’infinies nouvelles possibilités pour ceux et celles qui reprendront le flambeau. Corto est intemporel… C’est une des choses que cet album, attendu en librairie plus tard cette semaine, nous aura enseignées.

Corto Maltese — Océan noir

Corto Maltese — Océan noir

Casterman

168 pages

½

Petit carnet de solitude : un écho long

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Extrait de Petit carnet de solitude, de Catherine Gauthier

Lire le Petit carnet de solitude ne prend que quelques minutes. Gros maximum une demi-heure en n’étant pas pressé. Son récit n’est pas non plus très original : il parle d’une jeune femme qui expose son mal-être, sa difficulté à « jouer la game », son sentiment d’étrangeté au monde. Et pourtant…

Pourtant, on termine ce carnet avec un pincement au cœur. Ce sentiment qu’on a inévitablement devant soi une chanson ou une histoire qui sonne vrai. Parfois, plus c’est simple, plus c’est économe et plus c’est touchant. Comme c’est le cas ici.

On termine aussi ce carnet avec l’envie de retourner au début. Pour regarder ces illustrations pour la plupart crayonnées, où tout se joue dans le détail : une silhouette vide parmi d’autres qui semblent habitées, une fillette entourée de deux chiens imaginaires qui auraient pu l’aider à se défendre, une image fabriquée avec une photo ancienne qui souligne la nostalgie d’une autre époque. Comme si les choses avaient pu être plus simples avant.

L’art de Catherine Gauthier se trouve là : dans l’économie de mots et un découpage soigné de chaque image, dans un trait de couleur qui jaillit du noir et blanc, dans cette mise en scène hyper contrôlée et pas tape-à-l’œil pour un sou. Ce Petit carnet de solitude n’est pas vraiment une bédé, mais c’est un petit livre qui témoigne d’un sens de la composition épatant et qui résonne beaucoup.

Petit carnet de solitude

Petit carnet de solitude

Station T

120 pages

Le Starzec, un mois à Cracovie : Cracovie sous la pluie

IMAGE FOURNIE PAR NOUVELLE ADRESSE

Extrait du Starzec, un mois à Cracovie

Novembre 2019. Philippe Girard s’envole vers Cracovie, en Pologne, pour une résidence d’écriture d’un mois. Or, rien ne se passe comme prévu et tous les échanges culturels prévus au calendrier tombent un à un. Le bédéiste québécois pensait aller à la rencontre d’un pays et de ses habitants ; c’est plutôt un douloureux tête-à-tête avec lui-même qu’il va expérimenter. Cette ville aux beautés brutes et ce pays maintes fois malmené par l’Histoire avec un grand H savent difficilement se faire aimer. Qu’importe. Philippe Girard a trouvé dans ce séjour raté la matière première pour cet album tout habillé de rouge et de noir (un choix discutable, car la lisibilité est difficile par moments). Il y raconte avec une bonne dose d’humour comment les attentes du voyageur sont parfois disproportionnées par rapport à la réalité.

Le Starzec, un mois à Cracovie

Le Starzec, un mois à Cracovie

Nouvelle adresse

128 pages

Tu ne tueras point : petits meurtres ordinaires

IMAGE FOURNIE PAR LE LOMBARD

Planche tirée de Tu ne tueras point, de Hondelatte, Tripp et Doisneau

Autant le dire tout de suite, Tu ne tueras point n’épate pas tant par sa facture visuelle que par ses histoires. On reconnaît bien sûr le trait de Cyril Doisneau (Le Havre New York, 31 jours de tournage, entre autres), très évocateur, mais ce sont les récits rassemblés par Christophe Hondelatte, transposés par Jean-Louis Tripp (Magasin général, Paroles d’anges), qui font le gros du boulot.

L’album repose en effet sur des histoires criminelles relatées par Christophe Hondelatte sur Europe 1, une radio française. Des meurtres qui n’ont pour la plupart rien de spectaculaire, commis par des gens qu’on a envie de qualifier d’ordinaires. Le mal sans la majuscule, sans préméditation parfois, qui frappe une victime qui, elle aussi, semble mener une vie ordinaire.

Et c’est là tout l’intérêt de l’album.

Il pose une question cruciale : qu’est-ce qui sépare le père de famille du meurtrier ? Le retraité paisible de l’assassin ? Derrière ces histoires à la fois sordides et banales, c’est le possible basculement du monde qui est raconté. Sans esbroufe. La réalité est parfois bien assez surprenante.

Tu ne tueras point

Tu ne tueras point

Le lombard

142 pages

Autres sorties

Ma vie en lo-fi

Ma vie en lo-fi

Mécanique générale

72 pages

Le bédéiste et designer web québécois Simon Labelle souffre d’un problème de surdité partielle. Dans cet album court, il lève le voile avec une juste dose d’autodérision sur sa situation. « Essayer avec moi la surdité », écrit-il en préambule. Mission relevée : l’auteur a su trouver les mots et les images pour démystifier ce handicap rarement abordé en BD.

Les nouvelles aventures de Lapinot — Midi à quatorze heures

Les nouvelles aventures de Lapinot — Midi à quatorze heures

L’Association

48 pages

Toujours aussi déjantée, la série Les nouvelles aventures de Lapinot s’agrandit avec la parution, le 28 septembre, d’un septième album. Le héros aux longues oreilles tente d’enrichir son vocabulaire pour séduire la douce Camille, devenue éditrice… Son ami Richard, toujours aussi caustique, s’en mêle ! Lapinot, on ne s’en lasse pas !

Marathon

Marathon

Dargaud

115 pages

Courir 42,2 km malgré le vent, tenir son rythme tout en s’imposant face aux favoris, Nicolas Debon revient sur le marathon des Jeux olympiques d’Amsterdam où ce n’est pas le favori qui l’a emporté. Une histoire vraie à la mémoire d’un champion oublié.