Les arts visuels ont toujours inspiré la magnifique poète Denise Desautels. Avec le temps, les collaborations se sont multipliées : Michel Goulet, Louise Viger, Léon Bellefleur et Jocelyne Alloucherie, entre autres. La rencontre avec la créatrice interdisciplinaire Sylvie Cotton a été déterminante pour la poète, qui a senti deux cœurs battre à l’unisson.

Mario Cloutier Collaboration spéciale

La démarche artistique de Sylvie Cotton cherche constamment à établir une relation avec l’autre. Sa volonté de rapprocher l’art de la vie dicte aussi ses textes, dessins, performances, installations et photographies.

Cette pratique a ému Denise Desautels, en particulier l’œuvre Disparaître : on y voit un cadre de métal entourer un verre convexe contenant des cendres. La poète en a fait le sujet d’une première chronique poétique qu’elle a tenue dans la revue Relations de 2017 à 2018. Les deux artistes ont poursuivi, ensuite, un dialogue fécond menant au présent recueil.

Onze créations visuelles servent de canevas aux poèmes où le « tu », adressé à Sylvie Cotton ou, par moments, totalement fictif, et le « nous » expriment le souhait de « ne pas disparaître ». Ce à quoi s’appliquent tous les humains en temps de crise pandémique présente en filigrane, ce « dévorant tonitruant aujourd’hui ».

Denise Desautels emprunte aussi à d’autres signatures – Marie-Claire Blais, Ingeborg Bachmann, Martine Audet, Véronique Daine – des extraits qui illustrent son besoin viscéral d’échanger. « Dis-moi », écrira-t-elle en débusquant les raisons de continuer à aimer, à laisser le corps explorer ses désirs et ses « pyramides d’énergie ».

L’auteure de L’angle noir de la joie continue de fouiller le paradoxe de vivre en tant que « pelleteuse de morts et de rêves ».

Denise Desautels a toujours contemplé la fin de l’existence les yeux ouverts, tout en rêvant d’apercevoir un ciel bleu. Elle puise dans les œuvres de Sylvie Cotton la force des mains qui peuvent border « mères et enfants inconsolables ».

La langue est merveilleuse, passant du narratif au lyrique, du quotidien au songe, de la forme éclatée à la parole accessible. La poète partage le feu qui la consume avec l’artiste visuelle. Cette autre, ce mot, ce lien que les aléas de la crise pandémique semblent vouloir effacer.

L’échange avec Sylvie Cotton lui permet d’oser. Oser la vie, oser continuer, oser faire durer la beauté, « même si la détresse sur chaque vertèbre sonne l’alarme ». La poète reste cette rebelle avec une cause : décrire les douleurs pour les transcender.

« Aujourd’hui je suis morte plusieurs fois », écrit-elle. Seule, ensemble. Denise Desautels ose la bienveillance de Sylvie Cotton qui dit « la mort réveille ». Cette touchante communion artistique permet d’entrevoir l’idée de communauté : « tu dis à l’autre tous les autres que nous sommes ».

Disparaître – autour de 11 œuvres de Sylvie Cotton

Disparaître – autour de 11 œuvres de Sylvie Cotton

Le Noroît

150 pages