Depuis l’an 2000, Marc-André Lussier et Marc Cassivi se rendent au Festival de Cannes pour rapporter le meilleur du cinéma, et un peu de cannoiseries, au bénéfice des lecteurs de La Presse. Ils en ont tiré l’ouvrage Cannes au XXIe, qui sort ce mardi en librairie. Entretien.

André Duchesne
André Duchesne La Presse

L’un des personnages les plus mythiques du Festival de Cannes s’appelle Raoul. Mais personne ne le connaît. En revanche, les personnages connus et reconnus de Cannes se nomment Xavier (Dolan), Nicole (Kidman), Gilles (Jacob), Ken (Loach), Chloé (Robichaud), Cate (Blanchett), Pedro (Almodóvar), Steve (McQueen), Agnès (Varda)…

Ils furent, ils sont, ils seront peut-être encore (on le leur souhaite) des cinéastes, des comédiens, des comédiennes, des producteurs dont les noms se conjuguent régulièrement au rythme du festival de cinéma le plus couru de la planète.

Les cinéphiles et les amoureux des arts peuvent les suivre pas à pas sur la Croisette grâce au travail détaillé et rigoureux de nos collègues Marc-André Lussier et Marc Cassivi, assidus de Cannes au cours des 20 dernières années. Ils viennent d’ailleurs d’en tirer un ouvrage d’un grand intérêt publié aux éditions Somme Toute et dont l’originalité tient à la portion québécoise largement documentée.

PHOTO ANNE-CHRISTINE POUJOULAT, AGENCE FRANCE-PRESSE

Xavier Dolan à Cannes en 2010, lors de la présentation du film Les Amours imaginaires, dans la section Un certain regard

« Cette présence est importante dans notre couverture annuelle du festival et c’est ce qui nous distingue de n’importe quel autre livre sur Cannes, dit Marc Cassivi. Et on a eu beaucoup à se mettre sous la dent, notamment avec Xavier Dolan, qui a été là de manière importante pendant plus de 10 ans. »

« Dolan est un incontournable », enchaîne Marc-André Lussier.

Son travail est scruté dans toutes les publications spécialisées. On conjecture sur ce qu’il va faire. Et pas seulement au Québec !

Marc-André Lussier

« Par ailleurs, quelques réalisatrices du Québec, comme Chloé Robichaud et Monia Chokri, se démarquent depuis quelques années, et leur travail est aussi très intéressant à suivre. »

D’un chapitre à l’autre donc, les deux Marc, comme les appelait Christiane Charette lorsqu’elle les recevait à son émission, proposent un plan large de la fête. Ils décortiquent leur année Cannes, avec la présence québécoise, la compétition officielle et quelques anecdotes de bon ton, comme l’histoire du fameux Raoul, sur qui le voile est levé en début d’ouvrage et qu’on vous laisse découvrir.

Selon les circonstances, ils s’attardent aussi sur un évènement d’envergure dont les échos ont résonné durant toute une édition. Par exemple, l’émergence du mouvement #metoo, en 2017, a eu une incidence sur l’édition de 2018.

Livre en forme de cadeau

Les deux Marc sont de grands amis dans la vie. Et cet ouvrage trouve son origine dans un cadeau que Marc Cassivi a voulu faire à Marc-André Lussier. « En 2019, alors que Marc-André allait avoir 60 ans, je me suis dit que ce serait le fun, comme cadeau d’anniversaire, de faire un livre ensemble. Cannes était le bon sujet. »

« Marc s’est dit : “Faisons-le travailler” », dit en riant Marc-André Lussier, qui – tous ceux le connaissant vous le confirmeront – n’a jamais compté ses heures pour parler de cinéma.

Depuis 2000, M. Lussier est allé 15 fois à Cannes, et Marc Cassivi, un peu moins. Ils ont fait quelques éditions ensemble. Ils ont raté une seule année, celle de 2003 et du film Les invasions barbares, de Denys Arcand, la dernière de notre regretté collègue Luc Perreault. Qu’on se rassure, ce chapitre nous permet, tout autant que les autres, d’avoir l’impression d’être sur la Croisette et au Théâtre Claude Debussy, du Palais des Festivals.

Travail colossal

Par contre, les friands de potins à la plage seront déçus, car aller à Cannes, c’est beaucoup, beaucoup de travail. On en a pour preuve que les deux auteurs de l’ouvrage avaient tellement de matière première qu’il leur a fallu élaguer au même titre qu’un réalisateur devant monter un film de 2 heures avec 10 heures de matière captée sur pellicule ou en données numériques.

Cette expérience a-t-elle été profitable sur le plan professionnel ? Leur a-t-elle permis de bonifier leur art ? Oui, répondent-ils.

« Ça nous révèle à nous-mêmes nos capacités de travail et d’endurance, dit Marc-André Lussier. Parce que Cannes est un marathon, avec des journées qui commencent à 6 h 30 pour se terminer à minuit, avec à peine le temps de manger. »

J’ai l’impression que ça m’a révélé à des patrons. Si je suis chroniqueur aujourd’hui, je crois que c’est parce que je suis allé à Cannes. J’ai eu la possibilité de faire du reportage un peu plus personnel.

Marc Cassivi

En 2020, le festival a été annulé pour les raisons que l’on connaît. Cette année, notre collègue Marc-André Lussier retourne à Cannes, dont la 74e édition aura lieu du 6 au 17 juillet. Il y retrouvera les Spike Lee, Nanni Moretti, Wes Anderson, Jodie Foster, Leos Carax, Valérie Lemercier et autres grands noms du cinéma mondial attendus sur la Croisette. Et ce, sans oublier… Raoul !

Souvenirs de Cannes

Un film vu à Cannes lors de vos passages qui deviendra un classique ?

Marc Cassivi : « In the Mood for Love, de Wong Kar-wai. C’était en 2000, mon premier festival, et le film a été présenté le dernier jour de la compétition. Il n’était pas encore terminé, mais tout le monde a été subjugué. Ce film se démarque par le côté très suave de sa mise en scène. »

PHOTO FOURNIE PAR LA PRODUCTION

Scène du film In the Mood for Love, de Wong Kar-wai

Marc-André Lussier : « Polisse, de Maïwenn. Personne n’attendait une telle révélation. Avec le recul, je me rends compte à quel point ce film a eu beaucoup d’influence. Ainsi, lorsqu’il a commencé le tournage de District 31, le créateur Luc Dionne a exigé de ses acteurs de voir ce film, car il voulait ce genre de jeu. »

PHOTO FOURNIE PAR LA PRODUCTION

Scène du film Polisse, de Maïwenn

Cannes au XXIe

Cannes au XXIe

Éditions Somme Toute

280 pages