C’est ce jeudi matin que sont annoncés les lauréats de l’édition 2021 du Prix des libraires du Québec. Le roman Ténèbre, de Paul Kawczak, poursuit sa lancée en remportant les grands honneurs dans la catégorie Roman-Nouvelles-Récit.

Iris Gagnon-Paradis
Iris Gagnon-Paradis La Presse

En plus de Ténèbre, les autres lauréats québécois de cette édition qui a enregistré le plus haut taux de participation des dernières années sont Daphné B pour l’essai Maquillée (Marchand de Feuilles), Lorrie Jean-Louis pour son recueil de poésie La femme cent couleurs (Mémoire d’encrier) et Laurent-Frédéric Bollée, Alcante et Denis Rodier pour la bande dessinée La bombe, publiée chez Glénat. Rappelons que ce sont les libraires de partout au Québec qui votent pour leur livre favori dans les différentes catégories.

Publié à La Peuplade en janvier 2020, Ténèbre et son auteur Paul Kawczak récoltent depuis les honneurs et les mentions. Ce prix, qui s’accompagne d’une bourse de 10 000 $ du CALQ, vient s’ajouter à une liste déjà longue, sur laquelle figurent le Prix littéraire des collégiens 2021 et le Prix des rendez-vous du premier roman.

Avec plus de 18 000 exemplaires écoulés, et des droits vendus en Italie, en Espagne et en Pologne, sans compter une parution en format poche chez J’ai lu à venir en France, ce récit hallucinant qui se déroule à la fin du XIXsiècle et qui raconte l’histoire du « démantèlement et de la mutilation de Pierre Claes », un jeune géomètre belge mandaté par le roi Léopold II pour tracer la frontière nord du Congo, n’a pas fini de captiver les lecteurs.

PHOTO FOURNIE PAR LA PEUPLADE

Ténèbre, de Paul Kawczak, est publié chez La Peuplade.

Joint à Montréal, où il habite désormais après des années passées au Saguenay, celui qui est né à Besançon, en France, et vit au Québec depuis 2011 dit qu’il s’est d’abord et avant tout fait plaisir en écrivant cette « histoire d’amour, de mort et d’aventure ».

Paul Kawczak travaille aussi à titre d’éditeur pour La Peuplade. Il croit qu’il doit notamment le succès de son premier roman au fait qu’il offre une vision du réel qui s’éloigne du sacro-saint réalisme : « Penser qu’il n’y a que le réalisme pour parler de la réalité, pour moi, c’est une erreur. En ce moment, précisément, le fantasme et l’imagination sont des choses assez évacuées de nos vies, mais elles font partie du réel. On passe bien la moitié de sa vie à rêver ! »

L’être humain est un être de rêves et de fantasme. Il faut rêver pour remettre en cause l’état des choses. S’il y a une chose qui nous pousse à agir, c’est bien le désir. En ce sens, la fiction a pour moi une valeur de vérité de l’expérience humaine.

Paul Kawczak, lauréat du Prix des libraires du Québec dans la catégorie Roman-Nouvelles-Récit

Maquillée séduit les libraires

En essai québécois, c’est Daphné B qui met la main sur le prix, et une bourse de 5000 $ offerte par le Conseil des arts de Montréal, avec son essai Maquillée, qui s’intéresse au maquillage, un sujet qu’elle explore de façon poétique et intimiste, mais aussi très fouillée, bien au-delà du caractère superficiel qu’on lui accole trop souvent. Œuvre hybride publiée chez Marchand de feuilles, Maquillée touche autant à l’autofiction, à la poésie, à l’essai littéraire qu’à l’analyse sociologique.

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, LA PRESSE

Daphné B remporte le prix dans la catégorie Essai pour Maquillée.

Se disant extrêmement « choyée » de recevoir cette distinction, celle qui se décrit plutôt comme une poète (elle a deux recueils à son actif et travaille actuellement à un nouveau, destiné aux adolescents) est heureuse de voir que l’essai peut être une « forme malléable » et « traiter de choses qu’on ne considère pas comme sérieuses » au premier regard. Ce prix témoigne également, ose-t-elle espérer, d’une ouverture du milieu universitaire et littéraire au discours féministe.

« Je vois dans la forme littéraire de l’essai une extension de la poésie, où il y a beaucoup de réflexions sur le langage et les images. Je le constate chez beaucoup d’autrices et d’auteurs des États-Unis que je lis, ce passage du recueil à l’essai poétique », remarque celle qui travaille aussi comme traductrice – on pourra apprécier son travail avec le recueil Tropico de Marcela Herta, dont elle signe la traduction chez Triptyque, en librairie le 26 mai.

L’aventure de Maquillée a commencé avec une infolettre que la jeune poète avait intitulée Choses sérieuses, et qui parlait de maquillage. « C’était une espèce de boutade par rapport au fait que oui, le maquillage peut être quelque chose de sérieux. Ce qui me réjouit, c’est qu’il n’y a pas juste des femmes qui ont lu mon livre, mais aussi des hommes, des gens de tout âge. C’est ce que je voulais : aller au-delà des attentes et casser les préjugés. »

Autres lauréats

Fondé en 1994, le Prix des libraires du Québec récompense également deux publications hors Québec, dans les catégories Roman-Nouvelles-Récit et Bande dessinée. Ce sont respectivement l’Américaine Tiffany McDaniel pour le roman Betty, publié chez Gallmeister, et la BD L’accident de chasse paru chez Sonatine, par David L. Carlson et Landis Blair, deux Américains également, qui ont remporté la faveur des libraires québécois.

PHOTO TIRÉE DU SITE WEB DE GALLMEISTER

Le roman Betty, de l’Américaine Tiffany McDaniel, a séduit les libraires québécois.

Finalement, le Prix d’excellence, une initiative de l’Association des libraires du Québec qui honore le travail exceptionnel d’un ou une libraire, a été remis exceptionnellement cette année à deux libraires : Pascale Brisson-Lessard, de la librairie Marie-Laura, à Jonquière, et Mélanie Langlois, de la librairie Liber, à New Richmond.

Un gala virtuel sur les plateformes sociales du Prix des libraires du Québec a lieu ce jeudi matin à 10 h, animé par Catherine Brunet, alors que des personnalités, comme Normand d’Amour et Catherine Trudeau, prêteront leur voix pour faire découvrir des extraits des œuvres lauréates.

Consultez le site du Prix des libraires du Québec : https://prixdeslibraires.qc.ca/