Anthologie de la poésie actuelle des femmes au Québec 2000 | 2020, préparée par Vanessa Bell et Catherine Cormier-Larose, s’inscrit dans la continuité d’Anthologie de la poésie des femmes au Québec : des origines à nos jours de Nicole Brossard et de Lisette Girouard, publiée en 1991, revue et augmentée en 2003. Les deux livres parus aux Éditions du remue-ménage constituent des références incontournables au sujet de la poésie des Québécoises.

Mario cloutier
Collaboration spéciale

Dans leur texte liminaire, les coéditrices citent un vers de la poète Maude Veilleux : « Mon éditeur me l’a dit : les filles vont sauver la poésie » (Last Call les murènes, Éditions de l’Écrou). Difficile de ne pas leur donner raison quand on constate les mutations qu’a connues notre milieu de la poésie en 20 ans.

Les femmes ont écrit près de la moitié des livres de poésie publiés en 2019 au Québec, soit 44 %. Comme le soulignent les autrices de l’anthologie, la poésie « était représentée en 2012 par des hommes décédés, alors qu’en 2019, ce sont des Québécoises vivantes qui la portent auprès du grand public ».

Et ce n’est pas qu’affaire de chiffres. La poésie des femmes expérimente et explore de nouvelles thématiques, de nouvelles formes tablant, notamment, sur une hybridité croissante entre les genres. Également au diapason des mouvements sociaux et politiques, l’écriture des femmes contribue de mille façons à l’essor actuel de la poésie québécoise.

« Il y a une mouvance sur le corps dans les années 2000-2020, note Catherine Cormier-Larose. Avant, quand les femmes écrivaient sur le corps, c’était une prise de position. Maintenant, les femmes parlent de leur expérience personnelle davantage en refusant les appellations convenues. Je crois que cela a fait naître aussi des écritures masculines poétiques qu’on avait très peu vues auparavant. »

Les 55 poètes recensées sont à l’avant-garde des genres poétiques, souligne Vanessa Bell. Dans l’anthologie, elles apparaissent par ordre alphabétique et leurs poèmes sont accompagnés de bios commentées fort pertinemment.

« On ne considère pas que ce sont les 55 meilleures poètes du Québec, précise-t-elle, mais on pense qu’elles sont les plus représentatives de tout ce qui est en train de se passer en poésie des femmes. Il y a des poètes, parmi nos préférées, qui n’y sont pas parce qu’il existe une œuvre semblable qui portait un certain souffle plus loin encore. »

Complémentarité

Les coéditrices ont utilisé leurs connaissances complémentaires afin d’établir leurs choix. Les deux sont poètes : Vanessa Bell (De rivières, La Peuplade) vit à Québec et codirige le Mois de la poésie, tandis que Catherine Cormier-Larose (L’avion est un réflexe court, Del Busso) est à Montréal et y codirige le Festival de la poésie. En cours de route, elles ont décidé d’accorder aussi de l’importance aux spectacles de poésie.

« C’est comme ça que la poésie des femmes s’est fait entendre, estime Catherine Cormier-Larose. La parité homme-femme en édition n’a pas été atteinte rapidement. Ça ne s’est évidemment pas vu dans les ventes non plus. Souvent, le public veut lire Natasha Kanapé Fontaine et Joséphine Bacon parce qu’il les a entendues. »

Les éditrices ont sélectionné des poètes qui avaient au moins une publication à leur actif, question d’être lues et partagées. Et chacune a droit à trois pages de poèmes dans l’anthologie, les plus représentatifs de leur travail.

« Les 20 dernières années ont modifié le monde et la poésie, lance Catherine Cormier-Larose. C’est pour ça qu’on a aussi choisi quelques personnes non binaires. On pense que dans une anthologie masculine, on ne leur aurait pas fait une place. Cela signifierait que si tu es sans genre, ça t’enlève un endroit où l’on pourrait parler de ton écriture. »

Endroit lumineux

Les coéditrices ont cherché à créer un « endroit lumineux pour la poésie », confie Vanessa Bell, quelque chose qui peut servir à la communauté. Les deux femmes ont misé sur une ouverture à toutes les ethnies, les langues, les régions, et tous les âges.

Si on veut arriver à l’intersectionnalité, il faut tendre la main à des poètes qui ne sont pas entendues et peu présentes pour les inclure dans le milieu. Il faut faire ces choix, sinon on va toujours entendre les mêmes personnes aux mêmes micros.

Vanessa Bell

Ce travail colossal a nécessité quatre ans de recherche et de lectures avec l’aide d’Audrey-Ann Gascon, des Éditions remue-ménage. Les coéditrices ont d’ailleurs lu et relu les recueils des 20 dernières années, et d’avant aussi, afin d’y déceler ce qui devrait faire partie de l’histoire de la poésie des femmes.

« On a écrit notre texte en pensant, d’une part, accompagner les personnes qui ne connaissent pas la poésie et, d’autre part, pour le milieu littéraire, en racontant ce qui est pertinent, indique Vanessa Bell. On tenait à souligner le travail extraordinaire des revues, des maisons d’édition, des scènes et des festivals qui ont changé le paysage. Évidemment, il manquera toujours des choses, des noms, mais on voulait être certaines de pouvoir défendre contre vents et marées les 55 poètes qui s’y trouvent. »

IMAGE FOURNIE PAR LA MAISON D’ÉDITION

Anthologie de la poésie actuelle des femmes au Québec 2000 | 2020, de Vanessa Bell et Catherine Cormier-Larose

anthologie de la poésie actuelle des femmes au Québec 2000 | 2020
Vanessa Bell et Catherine Cormier-Larose
Les éditions du remue-ménage
288 pages