Après des années de célibat, ponctuées de quelques relations décevantes, Madeleine, la trentaine, se tourne vers Tinder pour trouver enfin « quelqu’un de bien ». Mais tout le monde n’est pas fait pour l’amour au temps du numérique, constate-t-on dans Rien de sérieux, la première bande dessinée de Valérie Boivin, qui a déjà fait sa marque comme illustratrice jeunesse.

Simon Chabot Simon Chabot
La Presse

Sans être un témoignage, Rien de sérieux s’inspire largement des mésaventures de son auteure sur l’application Tinder, qu’elle compare à un « véritable parcours à obstacles ». « J’étais sur Tinder et c’était vraiment pas une belle expérience, raconte Valérie Boivin au bout du fil. Autour de moi, il y avait plein de gens qui s’étaient matchés sur l’application, alors j’ai persévéré… et je me suis juste fait un peu plus mal. »

Au-delà des rencontres désolantes et des humiliations qui viennent avec, l’expérience a quand même eu du bon, car elle a inspiré une bande dessinée qui explore sur un peu plus de 200 pages cet univers à la fois attirant et repoussant, avec justesse et humour.

Les planches qui reprennent ici et là des profils sur l’application, inspirés de vrais comptes, font souvent sourire. « Hugo, à la recherche d’une fille pour combler mon siège passager vide. PS J’ai une belle dentition. » « Sébastien, 6’3”, 175 lb, belle apparence. Je vais y aller sans détour : tu es vraiment mon genre si tu fais 5’2” et moins. » Ou encore : « Francesco. Tu cherches un homme avec de la personnalité ? Jackpot ! J’en ai plusieurs ! »

Reste que Valérie Boivin raconte l’éprouvante quête amoureuse de Madeleine avec intelligence, sans tomber dans le pathos ni la caricature (elle remercie d’ailleurs son éditeur, Renaud Plante, de Nouvelle adresse, de l’avoir aidée à éviter ces pièges). « J’ai une bonne capacité d’autodérision et pas un gros ego, c’est peut-être ce qui me permet, avec le personnage de Madeleine, de rire un peu de mes travers aussi. »

Extraits de <em>Rien de sérieux</em>

  • IMAGES TIRÉES DE RIEN DE SÉRIEUX, ÉDITIONS NOUVELLE ADRESSE

  • IMAGE TIRÉE DE RIEN DE SÉRIEUX, ÉDITIONS NOUVELLE ADRESSE

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Cette franchise suscite de belles réactions chez les lecteurs. « Des gens m’ont remercié d’avoir raconté cette histoire, dit Valérie Boivin. Ils m’ont dit qu’ils se sentaient moins seuls… Tout le monde est un petit peu honteux de dire : “Pour moi, Tinder, ça n’a vraiment pas marché.’’ »

Ça m’a émue de voir que ce récit assez personnel avait rejoint beaucoup de personnes.

Valérie Boivin

Un nouvel amour

La qualité du dessin au crayon de Valérie Boivin, tout en délicatesse et riche en détails comme en textures, n’est sans doute pas étrangère non plus à l’accueil favorable réservé à Rien de sérieux. La bédéiste met très joliment en scène son récit dans la ville de Québec et maîtrise fort bien les changements de rythmes et de tons. On s’étonne un peu qu’elle soit arrivée à la bande dessinée… par accident. « Je voulais vraiment parler de cette expérience et la bande dessinée, c’est le meilleur moyen que j’ai trouvé pour le faire. »

Valérie Boivin a jugé l’exercice, qui s’est étiré sur trois ans, assez difficile, mais elle a attrapé le virus du 9e art. Sans vouloir tourner le dos à l’illustration, elle cherche déjà des idées pour une prochaine bédé. « Je prends toutes les suggestions ! »

Et les curieux seront ravis d’apprendre que l’auteure a finalement trouvé l’amour. « Pas grâce à une application, dit-elle en riant, mais par des amis communs. C’est super cliché ! »

Valérie Boivin espère donc en avoir fini pour de bon avec Tinder, ce « publisac de l’amour », comme il est décrit en quatrième de couverture.

IMAGE FOURNIE PAR LA MAISON D’ÉDITION

Couverture de Rien de sérieux

Rien de sérieux
Valérie Boivin
Nouvelle adresse
208 pages