74 milliards : un chiffre qui revient souvent dans l’essai Dialogue entre un carnivore et un végétarien, de Michael Huemer, professeur de philosophie à l’Université du Colorado et lui-même végétalien ; 74 milliards, c’est le nombre d’animaux abattus chaque année dans les fermes industrielles. Un chiffre astronomique qui devrait nous convaincre à lui seul de réduire notre consommation de viande. Mais l’objectif du philosophe est plus ambitieux. Avec cet ouvrage, « il veut accélérer le processus de conversion vers le véganisme ».

Valérie Simard Valérie Simard
La Presse

Pour exposer ses arguments, il s’inspire du dialogue socratique en mettant en scène une série de conversations entre deux étudiants en philosophie, un végétarien (V.) et un carnivore (C.), ce qui lui permet d’approfondir les questionnements éthiques que soulève la consommation de viande (est-il grave d’infliger de la douleur à des êtres moins intelligents que nous ? Quel est le degré de souffrance ressenti par les animaux issus de l’élevage industriel ? Est-il plus acceptable de consommer de la viande d’animaux sauvages ou élevés à petite échelle, dans de meilleures conditions ?).

L’auteur répond ainsi de façon très réfléchie et documentée (voir la longue bibliographie annotée à la fin de l’ouvrage) aux arguments des tenants du régime carnivore. Des arguments qui vont au-delà de « Hitler était végétarien ! »

Ce choix stylistique permet de rendre accessible un exposé qui aurait pu être très aride. Mais il comporte aussi un piège que l’auteur n’a pas su éviter. Par sa pensée moins élaborée et ses arguments trop souvent basés sur ses intuitions, C. paraît moins intelligent que V., ce qui nuit à la richesse du dialogue et même, ultimement, à l’objectif initial de l’auteur.

★★★½
Dialogue entre un carnivore et un végétarien
Michael Huemer
Albin Michel
184 pages