« Au commencement du monde était la femme, dit Franz Benjamin. Cette beauté, cette bonté, cette intelligence féminine, il faut les célébrer davantage. » Le poète-député de Viau le fait très bien dans Nuit des anses pleines. Un hommage à la femme, un clin d’œil à la féminité que chaque homme a, plus ou moins, en lui. Plût au ciel, pourrait-on ajouter après avoir achevé ce petit bijou de poésie.

Éric Clément Éric Clément
La Presse

Pour cette ode à la féminité, qui avance comme des vagues au fil des pages, Franz Benjamin a choisi le territoire marin, « le voyage sous les eaux », dit-il, un univers dans lequel il plonge, vogue et se noie : « Je cherche bouche ouverte ton lieu de mouillage ce goût de sel parole oubliée de nous deux et des dieux. »

Le poète s’incline devant ces yeux, ce visage, ces seins, ce dos, ces cheveux, ces genoux qui lui inspirent élégance et mystère dans les mots. Mais aussi l’humilité dans son rapport à la femme aimée. Et cette douceur respectueuse de la mémoire et de racines si riches et profondes qui remontent aux Taïnos.

Car si la voix, le charme et l’âme de la femme sont là, partout, dans Nuit des anses pleines, l’île originelle est aussi en filigrane. La belle Ahatti (Haïti), la conquise, la fougueuse, la charnelle, la terre aux vents contraires, magique et attirante, puérile et décourageante. Pas de yin sans yang…

Si la poésie élève, nourrit, épanouit, libère, sauve même, l’écriture distrait du mal. Elle permet d’« exister en dehors du bavardage et de la mise en quarantaine de l’amour et de la liberté », nous dit le sagace poète caraïbe dans ce recueil aux élans sensuels, manifeste de paix, de désir et d’amour, supplique à l’être aimé.

★★★★
Nuit des anses pleines
Franz Benjamin
Mémoire d’encrier
64 pages