Maxime Olivier Moutier était au courant depuis longtemps qu’il y avait des passages problématiques dans son texte, affirme la directrice littéraire de XYZ, Myriam Caron Belzile, mais la maison d’édition n’a jamais voulu mettre fin au processus éditorial qui était en cours avec lui. L’éditrice répond ainsi à l’auteur, qui a affirmé sur Facebook lundi soir que son prochain livre à paraître avait été censuré.

Publié le 10 févr. 2021
Josée Lapointe
Josée Lapointe La Presse

« Les points qui ont achoppé, ce sur quoi ça a bloqué à la fin, ça avait été relevé dès le début, dit Mme Caron Belzile. De version en version, de phase en phase, de commentaires en questions et en demandes de retouches, ça nous a menés la semaine dernière avec un manuscrit toujours pas fini. »

Atelier d’écriture – Miscellanées, recueil de 500 pages que La Presse n’a pu lire, était décrit ainsi dans la programmation hiver-printemps 2021 de Quai n° 5 : « Réflexion en style libre sur des thèmes comme les chevaux, la mort, Jésus, le Stade olympique, le nanisme ou les sacs plastiques. Atelier d’écriture, au-delà du bonheur d’apprendre mille et une choses, nous laissera avec des questions aussi belles qu’impossibles : où est le vrai, où est l’exagération ? Qui s’exprime derrière ces textes volontiers subversifs ? »

Joint mardi, Maxime Olivier Moutier continue de dire que « l’os » est vraiment arrivé il y a 10 jours seulement, alors qu’il travaillait avec son éditeur Tristan Malavoy depuis la fin de l’été. C’est là que le ton aurait changé.

« Ils m’ont dit qu’il y avait des propos qu’ils ne pouvaient pas accepter, explique-t-il. Je devais les changer ou couper, et j’ai dit non parce que ça ne me correspondait plus. Avant ça, j’avais eu des annotations, mais c’était moi qui décidais en fin de compte. Comme chaque fois en édition. »

Myriam Caron Belzile croit de son côté que c’était le devoir de la maison d’édition d’aller au bout de la démarche avec l’auteur, qui a publié une douzaine d’ouvrages en 25 ans. Elle estime qu’il était encore possible d’arriver à temps avec un manuscrit final, même si le livre devait sortir le 28 avril.

On aurait même pu le repousser d’une saison si nécessaire. Jamais on n’a dit : ‟on ne veut plus te publier”. Mais la ligne a été clairement mise et on lui a dit qu’en l’état, ce texte ne passe pas et il faut le retravailler pour vrai. Maxime a dit que ça ne lui tentait plus, et c’est lui qui a décidé de mettre fin au processus éditorial en cours.

Myriam Caron Belzile, directrice littéraire de la maison d’édition XYZ

Elle affirme d’ailleurs que c’est en lisant la publication Facebook de Maxime Olivier Moutier, lundi soir, qu’elle a compris que les liens étaient rompus.

« Je lui ai parlé mardi matin. Je voulais confirmer ce que j’avais cru comprendre, c’est-à-dire qu’il souhaitait résilier son contrat de publication. Ce n’est pas signé encore, mais aux dernières nouvelles, il n’était pas intéressé à poursuivre l’accompagnement éditorial avec nous. »

Elle ajoute que la discussion a été franche et sans acrimonie, qu’ils ont parlé de leur déception mutuelle et de leur « différence de points de vue » sur ce qu’est la censure.

« Pour nous, un éditeur qui refuse de publier un texte en l’état n’est pas en train de le censurer. Il est plutôt en train de faire son devoir éditorial. »

Traitement

En travaillant avec un auteur comme Maxime Olivier Moutier, qui a un penchant pour la provocation et qui aime repousser les limites de l’art, la maison d’édition devait quand même savoir dans quoi elle s’engageait.

C’est vrai, répond l’éditrice, mais avant de le publier, « il faut avoir le sentiment profond que chaque texte est achevé et réussi ». Et plus le sujet est « épineux et complexe », plus il doit être traité « avec exigence et nuance ».

Le problème pour elle n’était donc pas tellement ce qui était dit, ni le choix des sujets abordés, mais plutôt la manière, précise-t-elle.

Maxime aime jouer avec la forme de l’essai un peu décalé, genre, est-ce lui qui parle ou la voix de l’inconscient collectif ? Il faut que ce soit réussi pour que ça marche, et pas juste réussi à moitié ! Il faut qu’on accepte le contrat à fond, qu’on comprenne la posture de l’auteur, où il s’en va, et qu’on le suive. Il n’a pas réussi à nous convaincre que le traitement du sujet était achevé.

Myriam Caron Belzile, directrice littéraire de la maison d’édition XYZ

L’éditrice affirme donc fermement qu’il n’y a pas de nouvelle politique éditoriale qui a été mise en place et qui expliquerait un revirement de situation. Pas de « pacte de respect et d’inclusivité », tel que l’avait évoqué Maxime Olivier Moutier lundi. Mais elle souligne aussi que les sensibilités ont changé au cours des années.

« C’est une job humaine avec des subjectivités, des sensibilités. Et ces humains qui la font évoluent, posent des questions qu’ils ne posaient pas il y a 10 ans. Mais rien n’est entériné dans une charte ou un pacte. »

Si le travail avec les auteurs est parfois difficile, la plupart du temps, on peut dénouer les nœuds et le résultat est satisfaisant pour tout le monde, tient aussi à préciser Myriam Caron Belzile.

« C’est sûr que cette conclusion est triste. C’est beaucoup d’énergie consacrée par beaucoup de monde. Maxime parlait de déception, mais il y en a de notre côté aussi. Parce qu’outre les choses qui ne marchaient pas… il y avait tellement de choses qui marchaient dans ce manuscrit. Ça nous aurait fait plaisir de le publier. »