Après avoir planté ses albums dans des lieux des plus exotiques (Pyongyang, Shenzhen, la Birmanie ou Jérusalem), le bédéiste Guy Delisle a choisi un décor étonnant pour ses nouvelles chroniques : une usine de pâtes et papiers de Québec où il a travaillé adolescent.

Stéphanie Morin Stéphanie Morin
La Presse

Cette usine, pleine de tuyaux et de cheminées, a laissé une forte impression sur Guy Delisle lorsque celui-ci a commencé à y travailler, à 16 ans. Presque 40 ans plus tard, le bédéiste vient d’en faire le sujet principal de son plus récent album, Chroniques de jeunesse.

« Ça faisait plus de 10 ans que ce projet me tournait dans la tête. Je me disais que ce serait bien de faire un album dans le contexte de l’usine et des ouvriers, mais je voulais attendre d’être vieux pour raconter mes mémoires. Aujourd’hui, j’ai 55 ans, alors je me donne le droit ! À l’occasion d’un voyage à Québec, il y a trois ans, j’ai surtout pu revisiter l’usine, qui est toujours en fonction, et prendre plusieurs photos. »

  • Extrait de Chroniques de jeunesse

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    Extrait de Chroniques de jeunesse

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    Extrait de Chroniques de jeunesse

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Dès qu’il a passé la porte de la White Birch, une foule d’images lui sont revenues en tête, dit-il. « Le son, l’odeur de papier, la chaleur étouffante. Ça a eu un gros impact sur moi. »

Une série d’anecdotes

Le projet d’album est alors devenu plus concret, dit le dessinateur installé en France, à Montpellier. « J’ai tiré sur le fil de ma mémoire et j’ai réalisé que j’avais assez de matériel pour en faire un livre. Le travail a été différent de mes autres chroniques, puisque j’ai dû aller chercher plus loin dans mes souvenirs, mais la méthode de travail est restée la même : je présente une série d’anecdotes. »

Au lieu de raconter un voyage, je raconte mes souvenirs. C’est un voyage dans le temps…

Guy Delisle

Chroniques de jeunesse met en scène une galerie de personnages colorés, soit les ouvriers avec qui Guy Delisle, alors étudiant en arts plastiques, a partagé son quotidien pendant trois étés : un culturiste en devenir, un adepte de moto, un travailleur qui passait ses journées la chemise dénouée, exhibant son ventre à tout vent… « À 16 ans, j’étais un jeune homme timide. J’étais un peu en décalage avec les autres ouvriers. Eux aussi l’étaient par rapport à moi. Savoir que je voulais travailler dans le dessin les étonnait. C’est un monde qui n’existait pas pour eux. »

Aujourd’hui, ces ouvriers revivent sous la plume de Delisle, tout comme l’usine, qui est sans conteste le personnage principal du récit. En effet, Guy Delisle n’est pas avare de détails pour raconter le fonctionnement des machines, les tâches répétitives que les employés devaient accomplir, les dangers qui guettaient ces derniers…

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Couverture de l’album Chroniques de jeunesse

« Dessiner l’usine a été l’aspect que j’ai préféré dans l’album. Au départ, je m’interrogeais si je devais raconter mes études en arts ou encore ma jeunesse en banlieue de Québec, mais ce qui me plaisait dans ce projet, c’était l’usine. C’est un décor chouette à dessiner… »

Il n’exclut pas la possibilité d’aborder ces autres pans de son passé dans de futurs albums. « J’ai quelques idées, mais rien de concret pour l’instant. » Il sait toutefois qu’il n’y aura pas de cinquième tome au Guide du mauvais père. « Mes enfants sont devenus grands, nous n’avons plus le même genre de rapport. Je pourrais difficilement poursuivre. »

Chroniques de jeunesse. Guy Delisle. Pow Pow. 152 pages.