La Presse présente quelques nouvelles bandes dessinées qui méritent une attention.

Stéphanie Morin Stéphanie Morin
La Presse

Jean Siag Jean Siag
La Presse

Une femme d’ambition

New York, début des années 1940. Navit, chanteuse émancipée en rupture avec ses origines juives orthodoxes, hérite d’un magazine pour hommes au bord de la faillite : Gentlemind. Son époux, richissime et vieillissant, s’en servait pour faire mousser la popularité des chanteuses et danseuses de son écurie. Navit n’a aucune expérience de l’édition, mais elle a du chien. Et du flair. La jeune femme entreprendra de transformer le magazine pour le faire entrer dans la modernité, même s’il faut pour cela bousculer ses collaborateurs masculins…

Juan Diaz Canales, scénariste de l’inégalé Blacksad, s’associe à Teresa Valero et à Antonio Lapone pour nous offrir le premier tome d’un diptyque de grande qualité, aux accents féministes assumés. Navit règne sur un univers masculin qu’on croirait tout droit sorti de Mad Men, sans craindre rien ni personne. Elle va même jusqu’à composer un panel 100 % féminin pour déterminer les sujets qui plaisent à ces messieurs (ce qui donne droit à une séance tordante de remue-méninges où le champagne coule à flots).

  • Un aperçu de Gentlemind

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    Un aperçu de Gentlemind

  • Un aperçu de Gentlemind

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    Un aperçu de Gentlemind

  • Un aperçu de Gentlemind

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    Un aperçu de Gentlemind

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On s’en voudrait de ne pas souligner le travail d’illustration très inspiré de Lapone, qui insuffle à chaque case une ambiance particulière. Sa touche rétro, ses personnages tout en angles ou en rondeurs, son découpage très ingénieux, l’utilisation parcimonieuse des couleurs, ses clins d’œil à la culture populaire (en particulier celle des grands magazines illustrés)…, tout est en place pour porter avec brio ce récit foisonnant sur le rêve américain au féminin. Vivement la parution du second tome !

★★★½

Gentlemind. Diaz Canales, Valero et Lapone. Dargaud. 88 pages.

Étoile filante du jazz

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Couverture de Bix

L’illustrateur et bédéiste canadien Scott Chantler publie ces jours-ci à La Pastèque un magnifique album — dans un format à l’italienne — qui s’intéresse au parcours du musicien de jazz Leon Bix Beiderbecke.

L’album muet, sauf pour quelques planches, donne l’impression de s’animer lorsqu’on tourne les pages rapidement, mais exige du lecteur qu’il se conte lui-même le récit à partir des illustrations.

L’auteur, qui travaille sur ce projet depuis quelques années, y va d’un condensé de la vie du cornettiste virtuose américain, de sa jeunesse à Davenport, dans l’Iowa, jusqu’à ses concerts à La Nouvelle-Orléans.

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Planche tirée de Bix

Bix, qui s’illustre dans les années 1920 en jouant entre autres avec Frank Trumbauer, Paul Whiteman ou Louis Armstrong, détonne dans le paysage du jazz en tant que jeune Blanc.

Chantler, qui s’est inspiré de plusieurs récits biographiques, illustre son parcours raboteux, la désapprobation de ses parents (même lorsqu’il a du succès) et ses problèmes de dépendance à l’alcool, qui mineront sa santé (fragile), jusqu’à sa mort prématurée à l’âge de 28 ans.

Un très bel ouvrage, qui donne le goût d’écouter In a Mist ou Singin’ the Blues, deux de ses compositions les plus connues.

★★★★

Bix. Scott Chantler. La Pastèque. 256 pages.

Phénomène de foire

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Couverture de Tête d’épingle

Voici la véritable histoire de Simon Metz, dit Schlitzie le microcéphale, vendu par ses parents en 1909 (à l’âge de 8 ans) à une troupe itinérante.

On présente le garçon à tête d’épingle dans les Side Shows comme l’enfant aztèque trouvé dans la jungle, avec les hommes-troncs, nains indonésiens, femmes à barbe et autres freaks de cirque de l’époque.

Il est l’une des attractions de Coney Island en 1922, présenté comme une « curiosité vivante ». Il apparaît d’ailleurs dans le film Freaks de Todd Browning, sorti en 1963.

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Planche tirée de Tête d’épingle

Bill Griffith s’en est inspiré pour créer son personnage de Zippy tête d’épingle il y a 50 ans. Mais ce n’est que depuis huit ans qu’il a rassemblé tous les morceaux du puzzle lui permettant de raconter la vie de Schlitzie, notamment une entrevue avec un des derniers directeurs de ces Side Shows à l’avoir embauché.

Le résultat est extraordinaire. Fascinant et triste bien sûr, à cause de l’exploitation de ces phénomènes de foire — qui permettait tout de même à ces personnes marginales de se trouver une famille…

Au milieu des années 1950, Schlitzie avait atteint une telle notoriété qu’une foule d’imitateurs ont surgi dans le monde des Sides Shows. À lire !

★★★★

Tête d’épingle. Bill Griffith. Presque Lune. 256 pages.

Les méandres du deuil périnatal

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Couverture de La Brume

Ce sera une fille, leur a-t-on dit à l’échographie. Myriam et Jules naviguent entre la joie de l’enfant à venir et les aléas du quotidien. Il est photographe professionnel, elle dessine.

Leur vie va basculer au cours d’un voyage à New York où Jules est appelé à travailler. C’est entre les gratte-ciel que naîtra trop tôt, beaucoup trop tôt, leur fille Romane.

Myriam et Jules rentreront seuls à Montréal, le cœur en miettes. Comment continuer à avancer ? Comment réapprendre à vivre ensemble quand plane entre deux amoureux l’ombre d’une enfant disparue avant même d’avoir vécu ?

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Planche tirée de La brume

Originaire de Rimouski, l’illustratrice Mireille St-Pierre signe avec La brume sa toute première bande dessinée, sur un sujet difficile à aborder : le deuil périnatal.

Son récit tout en délicatesse, où l’espoir et la poésie réussissent à s’immiscer, s’avère très touchant, même pour ceux qui n’ont pas vécu ce drame. Une œuvre d’une grande sensibilité.

★★★

La brume. Mireille St-Pierre. Nouvelle adresse. 200 pages.