Revisiter sa vie en utilisant une grille d’analyse particulière est une idée intéressante.

Josée Lapointe Josée Lapointe
La Presse

Dans ce roman ouvertement autobiographique, la Française Camille Laurens (Dans ces bras-là, Celle que vous croyez) observe la sienne à travers le prisme des différences entre les hommes et les femmes, que ce soit dans le langage, les rapports individuels ou les attentes de la société. Elle y raconte donc l’histoire de Laurence Barraqué, née au début des années 60 à Rouen.

Deuxième fille de la famille – « Vous avez des enfants ? » « Non, j’ai deux filles », répond le père –, elle a intégré malgré elle sa valeur et sa place comme jeune fille. Le poids des mots en est une des causes, et l’autrice en fait particulièrement bien la démonstration. Toute la première partie du livre (plus de la moitié) porte donc sur l’enfance et la jeunesse, les premières expériences, la découverte de la sexualité. Mais le récit, jusque là un peu froid et analytique, et pas toujours passionnant, prend vraiment son envol à partir du début de l’âge adulte, pour ensuite se déployer avec émotion et lucidité avec l’expérience de la maternité.

Questionnement honnête sur ce qu’elle a attendu elle-même de sa propre fille, sur le rapport à la féminité, sur son amour inquiet : il y a dans ces pages une réelle volonté de comprendre, et d’utiliser les mots cette fois pour déconstruire. Ces mots qui serviront aussi pour expliquer tout le mal causé par une agression subie à 10 ans (et tue), toute la douleur d’un enfant perdu dans le silence. Le livre se termine sur ces paroles d’une immense douceur : « C’est merveilleux, une fille. » Et dans le contexte où tellement d’entre elles souffrent partout dans le monde du fait d’être nées femmes, le livre de Camille Laurens, malgré ses défauts, est nécessaire parce qu’utile.

★★★

Fille

Camille Laurens

Gallimard

225 pages