Romancière née à Shanghai, Ying Chen a vécu de nombreuses années au Québec avant de s’établir récemment en Colombie-Britannique. Elle a publié au cours de sa carrière une douzaine de romans et deux essais (elle écrit en français).

Iris Gagnon-Paradis Iris Gagnon-Paradis
La Presse

Son précédent, Blessures, évoquait le destin du médecin canadien Norman Bethune. Elle continue dans cette voie avec Rayonnements, qui s’attarde ici à la vie de Marie Curie et de sa fille Irène, la narratrice de ce récit onirique, flottant quelque part entre le monde des morts et celui des vivants.

On est ici bien loin du roman historique ou de son dérivé, le nom des deux femmes n’étant jamais évoqué, bien que certains détails permettent de comprendre de qui il est question, grâce à quelques indices biographiques et surtout l’évocation des matières radioactives (auquel réfère le titre, Rayonnements), qui furent à la fois le tremplin et la chute de ces deux femmes, mortes de la même maladie à quelques années d’intervalle.

Spectre flottant au-dessus de mers (mère) et monde, la narratrice offre un monologue intérieur sur sa vie, celle de sa mère et de sa famille, évoquant des pans de son passé qui s’entremêlent à des rencontres avec d’autres figures fantomatiques comme sa mère et son mari, qui errent près de différents lieux symboliques. Ying Chen possède une plume tout en douceur, évoque avec finesse l’intériorité d’un personnage qui a fait de la science, et de la figure maternelle, à laquelle son destin est inextricablement lié, sa seule vérité. « […] je voyais parfois, dans le laboratoire, la possibilité d’arriver à un état pur de l’esprit, à son élévation même, que je ne pouvais trouver ailleurs. »

Parfois déroutant, avec son action et ses personnages éthérés, et reprenant de façon circulaire les mêmes motifs, autour desquels la narratrice tourbillonne, semblant chercher une forme de paix intérieure, ce court récit très introspectif offre surtout une suite de réflexions sur ce qui nous rend humains et ce que nous léguons, sur ce que signifient la patrie et la famille, et les écueils que nous affrontons mais qui finissent, indubitablement, par changer la matière dont nous sommes faits.

Rayonnements
Ying Chen
Leméac
96 pages