Fierté Montréal présentera mardi soir une nouvelle édition du Combat aux mots sur YouTube. Voici l’occasion de découvrir de nouvelles plumes issues de la communauté et de réfléchir à l’espace exponentiel occupé par les personnages et les thématiques LGBTQ+ en littérature.

Samuel Larochelle Samuel Larochelle
Collaboration spéciale

Durant le Combat aux mots, quatre invités défendront un livre québécois ou canadien traitant d’une réalité LGBTQ+ : La séparation des corps (Émilie Andrewes), Liminal (Jordan Tannahill), J’ai peur des hommes (Vivek Shraya) et La balançoire de Jasmin (Ahmad Danny Ramanda). Ce dernier titre sera porté par Steve Bastien, comédien et ambassadeur du conseil des personnes noires et racisées de l’organisme Fierté Canada Pride (FCP). « On devait lire les quatre livres avant de monter sur scène, explique-t-il. Durant la rencontre, chacun présente son roman et on répond ensuite à des questions sur différents thèmes. »

Plus que jamais en 2020, les réalités LGBTQ+ sont visibles en librairie. « Il y en a toujours eu de manière underground, soit grâce à l’autoédition, aux zines, aux collectifs ou aux maisons d’édition nichées », explique Sandrine Bourget-Lapointe, de la librairie L’Euguélionne, qui se spécialise en littérature féministe et LGBTQ+. « Aujourd’hui, les maisons d’édition généralistes ont plusieurs titres LGBTQ+ et des collections queer, et ce, dans plusieurs genres : roman, poésie ou bande dessinée. Pas seulement de la romance ou des essais sur les luttes LGBTQ+. »

Steve Bastien lit depuis 30 ans des romans et des pièces de théâtre d’auteurs tels Michel Tremblay et Michel Marc Bouchard, qui traitent de sujets et de personnages issus de la diversité sexuelle, mais il sent que la littérature LGBTQ+ a pris un nouvel élan.

PHOTO FOURNIE PAR FIERTÉ MONTRÉAL

Steve Bastien est un des participants du Combat aux mots de Fierté Montréal.

Puisque la communauté est de plus en plus partie prenante de la société, c’est normal qu’elle soit plus présente dans les différentes formes artistiques. Nos histoires doivent être racontées, car nous sommes des êtres humains qui, comme tous les autres, vivent une gamme d’émotions riches.

Steve Bastien

Pourtant, les éditeurs ont longtemps cru que la majorité hétérosexuelle et cisgenre ne pourrait pas se reconnaître en lisant des histoires LGBTQ+. « Il faut dire que les personnes qui choisissaient ce qui se publiait étaient souvent des hommes hétéros cisgenres, alors que de plus en plus de femmes et de personnes LGBTQ+ travaillent dans les maisons d’édition », souligne Sandrine. L’arrivée de jeunes éditeurs qui ont grandi avec des modèles plus variés influence également les choix éditoriaux. « Il y a une déstigmatisation. Ce n’est plus nécessairement marginal. »

Au-delà de l’orientation sexuelle

Cette nouvelle vague va au-delà de l’orientation sexuelle des personnages en démystifiant leur affectivité, leur quotidien et leurs parcours de vie, croit Steve Bastien, qui travaille également comme intervenant social au Cégep Lionel-Groulx. « Les personnages LGBTQ+ en littérature peuvent enrayer les préjugés et la peur que certains lecteurs hétéros peuvent avoir. Et ça permet aux lecteurs LGBTQ+ de se voir. Quel que soit le groupe minoritaire auquel on appartient, il faut se voir exister dans l’art et dans les médias. Ça renforce notre estime de soi, ainsi que la place qu’on veut et qu’on peut prendre dans la société. »

Les nouveaux écrits vont aussi beaucoup plus loin dans le traitement des thématiques. « On est rendus à une deuxième ou une troisième génération de publications du genre, et on ne veut plus seulement lire “Comment être un homosexuel heureux ?”, croit Sandrine Bourget-Lapointe. On décentre de plus en plus le fait d’être LGBTQ+ de l’histoire. Ça fait partie des caractéristiques du personnage. »

M. Bastien croit, quant à lui, que la nouvelle génération d’artistes est influencée par les droits politiques, sociaux et juridiques obtenus au fil du temps. « Ça influence notre posture dans la société. Les auteurs se donnent le droit d’aller plus loin. Contrairement à l’époque où la sexualité chez les gais était campée dans les saunas, les cabarets ou les buissons du parc La Fontaine, les plumes d’aujourd’hui vont ailleurs. On ne parle pas que du coming out. La trame narrative s’élargit. »

Plus que jamais, la sexualité LGBTQ+ est illustrée de manière décomplexée.

Voir que Kevin Lambert, qui ne s’est imposé aucune limite dans l’illustration de la sexualité de ses personnages, ait gagné autant de prix et été lu par autant de monde, je trouve ça hot. Plusieurs de ces personnes lisaient pour la première fois une œuvre avec le désir homosexuel au cœur de l’histoire.

Sandrine Bourget-Lapointe, libraire à L’Euguélionne

La littérature jeunesse essaie elle aussi de faire tomber les vieilles barrières. « La littérature adolescente est presque toujours hétéronormative, mais on commence à voir des histoires d’amour ou de sexualité non hétérosexuelles, ajoute Sandrine Bourget-Lapointe. On y parle du désir et de l’exploration de la sexualité de façon explicite. Ça fait du bien de retrouver ça dans quelque chose qui n’a pas besoin d’être lu en dessous de la table, mais dans une publication annoncée dans les médias, distribuée en librairie et bien présentée. »