Lili Boisvert explore des territoires où l’on ne l’attendait pas avec Le prince, le premier tome de Anan, une trilogie de style merveilleux (fantasy) publiée chez VLB Éditeur, où l’héroïne, la guerrière Chaolin, a comme mission de sauver… le prince.

Iris Gagnon-Paradis Iris Gagnon-Paradis
La Presse

« Je voulais jouer avec le cliché de la princesse à sauver, mais que ce soit un prince, et que ce soit le personnage principal, une femme, qui doit s’assurer que le prince soit en sécurité tout le temps », lance Lili Boisvert lorsqu’elle explique l’élan qui l’a amenée à proposer à son éditeur Le prince, un roman de style fantasy, alors qu’il lui avait demandé… un essai sur la sexualité féminine et le mouvement #metoo !

S’il s’agit des premiers pas de Lili Boisvert dans l’univers de la fiction, celle qui s’est fait connaître notamment comme animatrice de l’émission Sexplora et pour son émission Les Brutes, avec Judith Lussier, avait publié en 2018 un essai chez VLB, Le principe du cumshot, qui s’intéressait à la représentation sociale de la sexualité féminine.

Pourquoi la fiction ? Tout est né d’une pulsion. « Ce n’était pas un objectif que j’avais, d’écrire de la fiction, même si, quand j’étais jeune, j’écrivais beaucoup d’histoires. C’est un peu comme si la voix que j’avais tue en moi avait repris le dessus. Ce n’était pas du tout prémédité. »

Elle raconte que l’écriture de ce premier roman s’est faite rapidement, naturellement, au point qu’elle a même été habitée d’un complexe de l’imposteur. « Je me suis dit : “Merde, est-ce que c’est la bonne façon ?” Tout m’est venu en même temps, ajoute-t-elle, j’ai écrit sans plan et plus j’avançais, plus je me rendais compte que je voulais amener mes personnages plus loin, développer l’histoire. Donc j’ai annoncé à mon éditeur que non seulement je n’avais pas écrit un essai journalistique, mais un roman, mais que, en plus, c’était de la fantasy et… une trilogie ! », ajoute-t-elle en riant.

Explorer de nouveaux territoires

Avec le recul, elle comprend que cette pulsion est aussi née d’un ras-le-bol. « J’ai beaucoup parlé, ces dernières années, de sexualité féminine d’un point de vue critique. J’ai atteint un point de ras-le-bol. De là est née une envie d’écrire une histoire à l’encontre de ce que je dis et j’entends tout le temps », explique celle qui s’est entièrement retirée des médias l’an dernier. « Je n’avais plus envie d’écrire des chroniques, de prendre position tout le temps. J’avais vraiment le goût d’aller ailleurs. »

J’aime avoir des moments de recul pour réfléchir. Il y avait beaucoup de pression et l’étiquette de la sexualité qui était collée tellement fort, bien étampée sur mon front. J’étais vraiment tannée de ça.

Lili Boisvert

Aller ailleurs, c’est exactement ce qu’elle fait dans ce premier tome. Ainsi, elle pose un univers où le rapport de force entre les sexes est carrément inversé. Dans le royaume d’Anan, ce sont les femmes qui ont le pouvoir politique et mènent les troupes armées. Normal : comme ce sont elles qui enfantent, elles sont les plus à même de mener à bien les affaires de la cité. Les hommes, eux, ne sont utiles que pour leurs gros muscles et leurs attributs physiques, mais certainement pas pour leur cerveau.

« Je ne voulais pas nécessairement que ce soit le sujet du livre, mais son contexte. Ça me libérait en quelque sorte de la responsabilité que je sens de toujours porter un discours féministe », précise Lili Boisvert.

D’où l’idée du prince – et non de la princesse – à sauver, alors que la sécurité d’Anan est menacée par les Inares, un peuple qui tente d’envahir son territoire en passant par le royaume voisin, l’Ouranie. Et c’est Chaolin, une capitaine frondeuse et invaincue qui manie l’épée comme pas une, qui sera mandatée par la reine d’Anan pour une mission périlleuse : amener son fils, le prince, à la reine d’Ouranie, une vraie dictatrice qui a exigé la main du prince en échange d’une alliance contre les Inares.

Les personnages féminins du livre – Chaolin et aussi sa cousine Midora, une archère hors pair – sont forts, mais ils ont aussi des défauts. « Souvent, les personnages féminins forts vont être décrits comme n’ayant pas de sentiments, d’émotions, mais plusieurs femmes fortes sont aussi très sensibles. C’était important pour moi que Chaolin pète sa coche, fasse parfois des erreurs, pleure. »

Je ne voulais pas des personnages parfaits de femmes parfaites.

Lili Boisvert

En plongeant dans l’univers de la fantasy – un style qu’elle aime bien, sans être une spécialiste, précise-t-elle – elle a pu laisser libre cours à son imagination. Ainsi, le royaume d’Anan est prospère grâce aux « Douze », des prêtresses qui peuvent faire la pluie et le beau temps. Et pour mener sa mission top secrète sans éveiller de soupçons et idéalement en restant en vie, Chaolin devra traverser la mystérieuse forêt d’où jamais personne, ou presque, n’est ressorti, et où vivent les Visiteurs, un peuple réputé pour être cannibale et imbattable.

Le peuple des Visiteurs lui permet, dit-elle, d’aborder par la bande « les enjeux d’immigration, de culture et de métissage » également, car un des personnages recrutés pour mener à bien la mission de Chaolin, Keyo, est un métis, mi-Anasque, mi-Maalki, le peuple des Visiteurs.

Le roman fort bien tourné et au rythme haletant se lit tout seul, avec ses nombreux rebondissements. À la dernière ligne, pas de doute : on voudra absolument lire le deuxième tome, qui cette fois tournera autour de la Prêtresse, un mystérieux personnage qui a participé à la mission, et savoir ce qu’il adviendra de Chaolin et de ses compagnons.

PHOTO FOURNIE PAR VLB ÉDITEUR

Anan, tome 1 : Le prince, de Lili Boisvert

Anan, tome 1 : Le prince, de Lili Boisvert, VLB Éditeur, 375 pages