Il y a un peu plus de 20 ans, Tonino Benacquista frappait un grand coup avec Saga, ouvrage dans lequel l’écrivain, qu’on connaissait surtout pour ses romans policiers à l’époque, brossait un portrait assez décapant du monde de la télé.

Nathalie Collard Nathalie Collard
La Presse

Il y racontait l’histoire d’un groupe de scénaristes paumés, embauchés pour écrire une série destinée à boucher un trou, celui de la programmation de nuit. Avec « pas de budget », et beaucoup d’imagination, les quatre comparses créaient un feuilleton qui allait vite devenir populaire, pour ne pas dire culte.

Ce roman jubilatoire était aussi une ode à la fiction et au pouvoir de l’écriture et de ses artisans. C’est ce thème que Benacquista continue de creuser dans un nouveau roman dont le seul titre résume parfaitement l’impulsion d’écrire de la fiction. « Toutes les histoires d’amour ont été racontées, sauf une », c’est un peu comme lorsqu’on dit à un écrivain qui doute : oui, mais cette histoire n’a jamais été racontée par TOI. C’est ça, la motivation.

Benacquista parle encore du pouvoir de la fiction, mais cette fois-ci, c’est du point de vue de celui qui la consomme. Au début du roman, le narrateur cherche Léo, un ami qui a disparu sans crier gare. Léo est allé se réfugier dans un studio obscur pour soigner une opération ratée en regardant des séries télé. Le pouvoir de la fiction, encore… On est enseveli sous les références de toutes ces séries qui incarnent les différents archétypes de la fiction télévisuelle, et que Léo visionne de manière boulimique.

Comme dans Saga, il y a une histoire dans l’histoire. Cette fois, c’est un personnage dans l’une des séries que regarde Léo : Harold, romancier qui a pour défi d’écrire la plus belle histoire d’amour qui soit pour Lena, la femme qu’il a aimée.

C’est par la bouche de Lena, morte dans le premier épisode – on le rappelle, Harold est un personnage d’une série que regarde Léo (vous suivez toujours ? ) –, que Tonino Benacquista souligne l’importance primordiale de la fiction à ses yeux.

« Harold, pense à ceux qui n’ont que ça, les histoires, déclare Lena. Ceux qui sont exclus de la chose intellectuelle, démunis devant le discours. Ceux que la fiction aide à discerner les mensonges de leur époque. Elle leur rappelle leurs désirs premiers. Elle met à leur portée des choix qu’ils n’avaient pas examinés. Elle est la revanche des humbles. Comme la musique, elle est un langage universel, elle vise au cœur, elle a le pouvoir d’émanciper et de consoler. Elle sait réenchanter quand guette la résignation. Elle est le laboratoire de nos civilisations et le dernier espace de résistance, tant à l’autorité qu’à la morale. Ton devoir de conteur t’impose de dire tout ce que tait le politique, tout ce que le savant ne peut encore anticiper, tout ce que le penseur n’ose pas concevoir. »

Cette envolée se poursuit sur plusieurs pages, et c’est magnifique.

Mais pour se rendre là, il faut tout de même avoir suivi une trame parfois tortueuse. On l’avoue, on s’est quelquefois sentie perdue d’un personnage à l’autre. Heureusement qu’on aime beaucoup Benacquista. On lui pardonne tout.

★★★

Toutes les histoires d'amour ont été racontées, sauf une, Tonino Benacquista, Gallimard

À noter que pour l’instant, ce livre n’est offert qu’en version numérique sur diverses plateformes, comme Les Libraires et Gallimard Montréal.

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