Quelques suggestions de bandes dessinées à découvrir.

Jean Siag Jean Siag
La Presse

Stéphanie Morin Stéphanie Morin
La Presse

Notre choix : Django, le dieu de la musique

Ensemble, ils se sont intéressés à la vie et à l’œuvre des peintres Monet et Degas, et Rubio planche même sur un récit de Jacques Brel. Mais pour ce coup-ci, Efa et Rubio nous racontent l’enfance du guitariste virtuose Django Reinhardt, né en Belgique en 1910 dans une famille de gitans, élevé avec son frère par une mère seule qui habitait une modeste roulotte en déplacement. Le récit débute d’ailleurs à Paris.

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Extrait de Django Main de feu, de Ricard Efa et Salva Rubio

Django a 12 ans et un petit côté délinquant. Le jour où il reçoit de son oncle un banjo, il se calme. Non seulement il apprend à une vitesse phénoménale, mais il devient vite très bon. Au point où l’adolescent, qui ne sait ni lire ni écrire, commence à jouer dans des orchestres pour adultes et enregistre ses premières pièces. Un succès qui lui monte d’ailleurs à la tête… jusqu’à cet incendie qui se déclare dans sa petite roulotte qu’il partage avec sa nouvelle femme, Bella Baumgartner. Django a 18 ans et subit des brûlures au troisième degré à la main gauche et à la jambe droite. Le récit d’Efa et Rubio est centré sur cet épisode qui change la vie du jeune musicien, dont l’avenir est évidemment compromis. Tout cela est évidemment très bien documenté, le plus célèbre des jazzmen français ayant réussi à opérer (sur une période de deux ans) une rééducation complète de sa main pourtant déformée.

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Extrait de Django Main de feu, de Ricard Efa et Salva Rubio

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Extrait de Django Main de feu, de Ricard Efa et Salva Rubio

Les dessins colorés d’Efa, avec cette petite touche expressionniste, donnent beaucoup de caractère à cet album qui regorge d’informations intéressantes sur la jeunesse intense de ce musicien d’exception. Il y a d’ailleurs un supplément de 16 pages en fin d’album avec des photos d’archives qui nous renseignent sur cette jeunesse hors norme de Django Reinhardt. Un album que Salva Rubio a scénarisé avec beaucoup de doigté (excusez-la), qui nous redonne envie surtout d’écouter sa musique exceptionnelle, qui a marqué les années 40 et 50.

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Django Main de feu, de Ricard Efa et Salva Rubio

★★★★

Django Main de feu. Ricard Efa et Salva Rubio. Aire libre. 68 pages.

Lapinot, encore et toujours

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Prosélytisme et morts-vivants, de Lewis Trondheim

Déjà, le titre : Prosélytisme et morts-vivants. Il n’y a que Lewis Trondheim pour faire pareil amalgame et, surtout, pour donner ce titre baroque au troisième album des Nouvelles aventures de Lapinot. Avec son humour absurde bien particulier, Trondheim place son antihéros, Lapinot, et son copain Richard dans une position bien délicate : témoins de la moralité d’un fonctionnaire mandaté pour ériger des temples athées dans toutes les villes de France. Or, l’homme en question a des manières peu orthodoxes, pratique le ju-jitsu sur les récalcitrants et n’hésite pas à user de substances illicites pour rendre son public plus réceptif.

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Prosélytisme et morts-vivants, de Lewis Trondheim

Si Lapinot et Richard n’étaient pas si occupés à échanger leur personnalité pour un pari débile, ils auraient peut-être flairé l’illuminé juste à côté…

★★★½

Prosélytisme et morts-vivants. Lewis Trondheim. L’Association. 48 pages.

Les déménageurs du cosmos

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Extrait de Planeta Extra, d’Agrimbau et Ippoliti

Plus de 10 ans après sa parution en Argentine (!), voici qu’arrive en français ce sympathique album politico-futuriste. On y découvre Kiké et Toti, sorte de Laurel et Hardy du déménagement, qui tentent de gagner leur croûte sur une planète Terre transformée en bidonville géant. Tous les nantis (et les as de la corruption) sont déjà partis pour une autre planète, Luna Europa, laissant derrière les déshérités, dont, parmi eux, nos deux rêveurs déménageurs. Ces derniers se verront mêlés à une combine dangereuse, où les méchants ne sont pas ceux qu’on pense. Car même dans le futur, l’Humain n’a pas changé ; il peut rester un parfait salaud…

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Planeta Extra, d’Agrimbau et Ippoliti

Un album réjouissant, où les travers humains sont mieux dessinés (au propre et au figuré) que dans bien des récits de science-fiction classiques. Cette fable intelligente est d’ailleurs sublimée par le dessin très expressif de Gabriel Ippoliti. Un vrai plaisir ! 

★★★½

Planeta Extra. Agrimbau et Ippoliti. Éditions Sarbacane. 77 pages.

Inattendu Vivès

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Extrait de Quatorze Juillet, de Bastien Vivès et Martin Quenehen

Impossible de passer sous silence une nouvelle sortie de Bastien Vivès, bédéiste de talent révélé par Le goût du chlore, qui nous a également offert les très beaux Polina, Une sœur ou Le chemisier — mais qui a aussi publié des bédés transgressives à tendance pornographique, avec des titres comme Les melons de la colère ou La décharge mentale (qui font moins l’unanimité)… Cette fois, il fait équipe avec le scénariste Martin Quenehen pour nous narrer l’histoire de Jimmy, jeune flic qui croise (lors d’un contrôle routier) un certain Vincent Louyot, peintre de son état, accompagné de sa fille Lisa, qui veut juste vivre sa jeunesse comme tout le monde. Leurs chemins se recroiseront, Jimmy apprendra que Vincent a perdu sa femme lors d’un attentat terroriste. De fil en aiguille, il s’immiscera dans leur vie afin de les prendre sous son aile…

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Quatorze Juillet, de Bastien Vivès et Martin Quenehen

Si on peine à croire à l’altruisme de Jimmy et à cette amitié improbable avec Vincent, le duo nous surprend dans les dernières pages par un retournement de situation inattendu. Et puis il y a ce dessin de Vivès qu’on adore, à la fois dépouillé et détaillé, toujours avec cette clarté du trait, épatante.

★★★

Quatorze juillet. Bastien Vivès et Martin Quenehen. Casterman. 252 pages.