Quelques suggestions de bandes dessinées à découvrir.

Stéphanie Morin Stéphanie Morin
La Presse

Jean Siag Jean Siag
La Presse

La bravoure d’un cœur pur

Avec ses bras de merle, son épée de bois et son esprit candide, Aldobrando est bien mal équipé pour faire face aux dangers qui planent sur le domaine des deux fontaines. Qu’importe. Il ne manque pas de bravoure et il est prêt à tout pour sauver son maître (ou une belle princesse) d’une mort certaine, même à défier dans la fosse des barbares sanguinaires, à la solde d’un roi despote et ventripotent.

Le bédéiste italien Gipi, qu’on a connu surtout pour des albums réalistes et sombres, arrive ici avec le plus surprenant des sujets : une fable campée en plein Moyen Âge, magnifiquement illustrée par son compatriote Luigi Critone. Dans cet univers glauque qui n’a rien d’un conte de fées, Aldobrando part en quête d’une herbe magique, censée guérir le sorcier qui l’a élevé. Ses pas le mèneront de château en prison, de taverne en caverne, à la rencontre de gredins en brocart et de tueurs au cœur tendre. Un conte initiatique assez classique, tendre et cruel comme il se doit, où il est question d’amour, de pureté de cœur et de courage. Un album qui fait du bien, ce qui n’est pas si fréquent… En espérant que la collaboration Gipi-Critone ne s’arrête pas là.

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Aldobrando, de Gipi et Luigi Critone

★★★★

Aldobrando. Gipi et Luigi Critone. Casterman. 204 pages.

À se procurer le plus Soon possible !

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Soon, de Thomas Cadène et Benjamin Adam

SOON, c’est en 2151. C’est pas si « bientôt » que ça, mais ça arrivera à coup sûr. Mais SOON, c’est surtout le nom de la mission spatiale qui vise à coloniser la Lune, parce que, vous l’aurez deviné, la Terre est en piètre état. Dégâts climatiques, catastrophes naturelles, virus et guerres ont eu tôt fait de fragiliser la vie sur la planète bleue, dont la population mondiale a été divisée par 10. Les puissances se sont partagé le monde (divisé en sept zones urbaines autosuffisantes), et une première mission vers la Lune a été lancée (dans la controverse) en 2034. C’est le nouveau « contrat social » qui régit la planète. Voilà en gros le récit d’anticipation imaginé par Thomas Cadène, qui en profite pour retracer les grandes étapes politico-spatiales de notre siècle (en particulier les mauvaises décisions prises au fil des ans, notamment en 2019 !).

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Extrait de Soon, de Thomas Cadène et Benjamin Adam

Au cœur du récit, on retrouve Simone Jones, patronne de SOON, qui dirigera la nouvelle mission (SOON 2) et qui devra se séparer (une nouvelle fois) de son fils Youri. Ensemble, ils feront un dernier « tour du monde » durant lequel une foule de questions politiques et sociales seront abordées avec réalisme et intelligence. Un album ambitieux avec une disposition vraiment originale des cases. Une des belles surprises de cette année. 

★★★★

SOON. Thomas Cadène et Benjamin Adam. Dargaud. 243 pages.

Road-trip onirique

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Sur la route de West, de Tillie Walden

Béa a 18 ans. Lou en a 27. Elles se connaissent à peine, mais ensemble, elles vont partir sur la route, poussées par un désir de fuir. Fuir quoi ? Leur simple vie, peut-être… Peut-être pire… Accompagnées d’un chat qu’elles auront baptisé Diamant, elles mettront le cap sur West, une mystérieuse ville texane qui n’apparaît sur aucune carte, avec, dans leur sillage, d’inquiétants personnages. La jeune bédéiste américaine Tillie Walden, récompensée par un prix Eisner en 2018 pour Spinning, livre ici un album hybride, où le récit intimiste des premières pages prend une tournure fantastique étonnante à mi-parcours.

IMAGE FOURNIE PAR LES ÉDITIONS GALLIMARD

Extrait de Sur la route de West, de Tillie Walden

Dessin maîtrisé, ton très personnel… À 24 ans, Walden peut revendiquer une place bien à elle parmi les étoiles montantes de la BD mondiale.

★★★

Sur la route de West. Tillie Walden. Éditions Gallimard. 312 pages.

Amours interdits

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 La peau de l’ours 2, d’Oriol et Zidrou

Pour ce deuxième opus de La peau de l’ours, Zidrou (L’élève Ducobu, Les beaux étés, L’obsolescence programmée de nos sentiments) y va d’un tout nouveau récit au centre duquel on retrouve cette fois un certain Andrea Montale. Le jeune homme de 15 ans, qui est témoin du meurtre de son père, puis du viol et du suicide de sa mère, est recueilli par un chef mafieux répondant au nom de Don Orso. Montale deviendra son bras droit, et tombera amoureux… de son fils Aurelio. Ce qui, dans une famille italienne traditionnelle des années 70, ne passe pas super bien…

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Extrait de La peau de l’ours 2, d’Oriol et Zidrou

Il y a plusieurs rebondissements dans ce nouveau récit illustré avec maestria par l’Espagnol Oriol qui fait bon emploi des couleurs vives, illuminant les moments les plus sombres et violents de ce nouveau chapitre qui mêle amours interdits et mafia italienne.

★★★½. La peau de l’ours 2. Oriol et Zidrou. Dargaud. 64 pages.