Quelques suggestions de bandes dessinées à découvrir.

Jean Siag Jean Siag
La Presse

Notre choix : Mashup avec Dumas

Après avoir raconté les lendemains difficiles des attentats de la rédaction de Charlie Hebdo avec son album Légèreté (on se souvient que la dessinatrice française était arrivée en retard à la réunion de la rédaction, échappant de peu au massacre), Catherine Meurisse a d’abord revisité sa jeunesse dans Les grands espaces.

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Delacroix, de Catherine Meurisse et Alexandre Dumas

Voilà qu’elle rend hommage au peintre Eugène Delacroix en faisant équipe avec un certain… Alexandre Dumas. Oui oui, le célèbre écrivain du XIXe siècle était un ami de Delacroix. Il a même publié un petit ouvrage un an après sa mort (en 1864) où il parle abondamment de son œuvre et de son amitié avec le peintre romantique.

C’est ce petit bouquin qui lui a inspiré un premier album en noir et blanc (paru en 2005), qu’elle a revu, enrichi des histoires de Dumas et coloré de jolie façon dans ce nouvel hommage où elle s’est amusée à dessiner certaines des plus grandes œuvres de Delacroix comme La barque de Dante ou La mort de Sardana.

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Delacroix, de Catherine Meurisse et Alexandre Dumas

Il y a plusieurs scènes très théâtrales dans Delacroix. Parmi elles, ce bal masqué que Dumas organise chez lui, confiant les murs de sa maison à ses amis peintres, dont Grandville et Barye. Pour être sûrs de terminer à temps, les deux artistes peignent toute la nuit, mais le lendemain, ils se rendent compte qu’ils ont pris le jaune pour du blanc, du vert pour du bleu, de sorte qu’ils ont fait un ciel vert, de la neige jaune et des cyprès bleus !

La verve et l’humour de Dumas rencontrent ici le trait aiguisé de Catherine Meurisse, qui retrouve l’humour qui avait fait sa marque à Charlie Hebdo. Un album original, qui nous révèle un tas de petits détails sur le peintre (et l’homme) que fut Delacroix.

★★★★

Delacroix. Catherine Meurisse et Alexandre Dumas. Dargaud. 140 pages.

Zoothérapie pour banlieusards dépressifs

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Traverser l’autoroute, de Sophie Bienvenu et Julie Rocheleau

La Pastèque a réuni ici deux plumes de grand talent. D’abord l’autrice Sophie Bienvenu, révélée par le génial Et au pire, on se mariera, qui a poursuivi son beau parcours avec les romans Chercher Sam et Autour d’elle.

Puis, la bédéiste Julie Rocheleau, découverte avec la série Fantômas avant de publier chez Casterman l’album muet Betty Boob, brillamment illustré, qui raconte l’histoire d’Élisabeth B (dans sa vie après un cancer du sein).

Bref, les attentes étaient élevées, il faut le dire, et le résultat, malheureusement, est décevant. Traverser l’autoroute repose sur une somme considérable de clichés pour décrire la vie morne et routinière d’un couple de banlieue (tondeuse, garage, etc.) nostalgique de son passé si cool (souvenir d’un concert de The Cure), qui vit avec son ado de 16 ans en pleine révolte, qui méprise son père (entre autres).

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Extrait de Traverser l’autoroute, de Sophie Bienvenu et Julie Rocheleau

Tout cela jusqu’au jour où père et fils, qui n’ont évidemment rien à se dire, croiseront un chien errant sur l’autoroute. Chien qu’ils ramèneront à la maison après quelques tentatives épiques, et qui effacera tous leurs mauvais karmas.

Bref, un cliché par-dessus les clichés. La vie transformée par l’arrivée de toutou. Je simplifie un peu, c’est vrai, il y a un sous-texte qui est effleuré, l’enfance du père, la relation père-fils, mais le scénario de Traverser l’autoroute nous apparaît un peu mince, rescapé par le coup de crayon fantaisiste de Julie Rocheleau, certes, mais pas un roman graphique qui adhère ou dont on se souviendra. Dommage.

★★½

Traverser l’autoroute. Sophie Bienvenu et Julie Rocheleau. La Pastèque. 88 pages.

Respect pour des précurseurs

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Memoria, de Jean-Paul Eid et Claude Paiement

La Pastèque réédite 20 ans après leur parution les deux tomes de cette série de science-fiction brillante imaginée par Jean-Paul Eid et Claude Paiement.

Souvenez-vous, Memoria est cette ville qui n’existe pas. Une destination virtuelle imaginée par la compagnie Brainstorm dans laquelle disparaît le personnage de Benjamin Blake, chauffeur de taxi de cette métropole qui évoque le New York des années 30.

C’est la conceptrice du jeu, Karina Kuan, au cœur de Memoria, qui cherche à combattre le virus du jeu incarné par un certain professeur Zalupski, qui incite les joueurs à la révolte.

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Extrait de Memoria, de Jean-Paul Eid et Claude Paiement

Un scénario un peu complexe, mais qui se dénoue lestement. Album graphique très actuel qui n’est pas sans rappeler la saga de The Matrix (c’est plutôt à sa sortie qu’il a dû surprendre !), dont le dessin est toujours aussi vivant et efficace et nous rappelle à quel point Eid et Paiement ont été des précurseurs.

★★★★

Memoria. Jean-Paul Eid et Claude Paiement. La Pastèque. 128 pages.

Dans l’esprit de Corto 

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Corto Maltese : le jour de Tarowean, de Juan Díaz Canales et Rubén Pellejero

Le duo espagnol continue de nous surprendre depuis qu’il a repris la série de Corto Maltese en 2015 – 20 ans après la mort de son créateur Hugo Pratt.

Leur troisième album est en quelque sorte un antépisode (prequel) de La ballade de la mer salée (paru en 1975), dans lequel notre héros est attaché à un radeau au large de l’île d’Escondida dès les premières pages.

Le duo a imaginé un scénario assez dense (qui manque parfois de clarté), mais qui nous décrit en long et en large les circonstances ayant mené à cette affaire. Une aventure qui se passe le jour de la Toussaint (ou de la Tarowean) en Tasmanie, en 1912.

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Extrait de Corto Maltese : le jour de Tarowean, de Juan Díaz Canales et Rubén Pellejero

Corto et Raspoutine libèrent un jeune indigène (Calaboose), prisonnier d’une des îles, qu’ils ramèneront à sa tribu non sans éclaircir les circonstances dans lesquelles le jeune homme a été exilé.

Tout cela sur fond de médiation politique avec les Anglais qui exploitent sans scrupules la gutta-percha (une matière issue du latex) et d’une rivalité avec une autre île dirigée par des moines. Une intrigue avec plusieurs bons flashs et des dessins de qualité aux traits rapides, fidèles à l’esprit de Pratt.

★★★½

Corto Maltese : le jour de Tarowean. Juan Díaz Canales et Rubén Pellejero. Casterman. 82 pages.