Un squelette humain vert et un jeune taureau. Voilà l’improbable — et attachant — duo en vedette dans la série de bandes dessinées pour jeunes lecteurs Claude et Morino, dont le second tome vient de paraître à L’École des loisirs. Des œuvres qui parlent d’amitié, de vie et de mort aux enfants, avec un humour particulièrement déjanté.

Marie Allard Marie Allard
La Presse

Adrien Albert, auteur et illustrateur français né en 1977, est venu pour la première fois au Québec présenter ses livres. Dont Claude et Morino, des personnages nés (tout un exploit, pour un squelette !) par hasard, ou presque. « Pour tester une aquarelle, je faisais de petits dessins, juste pour le plaisir d’essayer du nouveau matériel, se rappelle l’artiste. J’ai dessiné ce squelette et ce petit taureau. Je sentais qu’ils faisaient un bon duo, parce qu’il y a un bon contraste entre les deux. Il y en a un de complètement désincarné, de mort, alors que l’autre est un taureau — on imagine qu’il est intense, chargé de vie. »

À pic pour l’Halloween

Quand Adrien Albert a eu envie de faire de la bande dessinée, ces personnages atypiques — qui tombent à point pour l’Halloween — se sont imposés.

Je me suis dit que ce serait un bon duo pour une série, où il ne faut pas trop qu’il y ait d’évolution psychologique des personnages. Du coup, j’ai un peu raté ma série, parce que je ne peux pas m’empêcher de faire des récits initiatiques, où finalement le personnage évolue.

Adrien Albert

Dans le premier tome, Morino le taureau fait pipi la nuit (cette idée de boire de la tisane avant d’aller dormir!), ce qui réveille (et déterre) Claude le squelette, qui s’est fait… pisser dessus. « Ce petit squelette perd pied parce qu’il se retrouve chez les vivants, explique Adrien Albert. Très vite, pour le deuxième tome, je me suis dit que ça allait être Morino qui allait être embarqué chez les morts. C’est lui qui va un peu perdre pied. »

C’est le monde des morts de L’Odyssée d’Ulysse qui a inspiré celui de Claude et Morino. « Ce que j’ai piqué chez Ulysse, c’est le fait que c’est l’être vivant qui donne la parole aux morts avec qui il souhaite converser, par une cérémonie », précise l’artiste. Le squelette et le taureau font parler un gros poisson, qui a mangé un petit poisson, qui a lui-même avalé… le pied osseux de Claude, tandis qu’il se baignait dans la mer.

Les albums d'Adrien Albert

Avant cela, Adrien Albert avait créé une quinzaine d’albums pour enfants. Son plus récent, L’Antarctique de Simon, suit les aventures d’un lapin blanc qui part rendre visite à son ami Bob, un humain cuistot dans une base scientifique près du pôle Sud.

Au départ, Adrien Albert a une culture du cinéma plus que de la littérature. « Avec mes albums, c’est comme si je faisais des films avec des milliards de budget », a-t-il souligné lors d’une conférence organisée par Gallimard Diffusion, la semaine dernière.

Écoles du Québec et de France

Lors de son séjour, l’artiste a rencontré les élèves de six classes, à Québec et à Montréal. « Je suis allé dans des milieux vraiment très diversifiés, dit-il. J’ai vu des écoles où on comprend que socialement, c’est dur. Il y avait des bâtiments un peu tristes, des classes sans fenêtres. J’ai vu une école française où il y a un grand confort. Ce ne sont pas les mêmes univers du tout, ce ne sont pas non plus les mêmes attentes. À Québec, je suis aussi allé dans une école Freinet. C’était encore autre chose : au bord de la nature, pas loin des arbres. Après, les enfants, ça reste des enfants. Je n’ai pas eu un gros choc culturel par rapport à la France. »

La proximité entre les enseignantes québécoises et leurs élèves l’a tout de même frappé. « Il y a une familiarité avec les enfants qu’il n’y a peut-être pas en France, par des petits mots doux et des marques d’affection, observe Adrien Albert. Une enseignante les appelait “Mes amours”. C’est quelque chose qu’on s’autorise moins. C’est peut-être parce qu’ici, on rentre à l’école plus tard. Du coup, les enfants de 6 ou 7 ans sont encore considérés comme des tout-petits. En France, vu que les enfants rentrent souvent à l’école vers 3 ans, ils commencent à être un peu grands à 6 ou 7 ans. »