Par milliers dans le monde, se jouant des frontières et des législations, des escrocs polluent l'internaute par des courriels proposant un héritage juteux ou l'assurant qu'il a gagné au loto. Aux Pays-Bas, une trentaine de policiers les traquent spécifiquement.

AFP

Par milliers dans le monde, se jouant des frontières et des législations, des escrocs polluent l'internaute par des courriels proposant un héritage juteux ou l'assurant qu'il a gagné au loto. Aux Pays-Bas, une trentaine de policiers les traquent spécifiquement.

Mercredi, la police annonçait l'arrestation de six escrocs présumés, qui avaient extorqué 1,5 million de dollar à un Australien de 49 ans après lui avoir promis, par courriel, un contrat commercial juteux de 90 millions de dollars.

«Il s'agit d'une fraude massive utilisant les techniques du marketing», précise depuis Haarlem (centre) Harry Jongkind, coordinateur de l'opération Apollo qui mobilise trente policiers en permanence sur la question aux Pays-Bas.

Surnommée «fraude 419» en référence à l'article du code pénal nigérian qui réprime ce délit, elle est surtout le fait des «réseaux ouest-africains», comme le formule la police. En fait, la grande majorité des personnes arrêtées est d'origine nigériane.

«Toute forme de fraude qui utilise les télécoms : internet, courriel ou le fax, souvent combiné avec l'exigence de payer les frais en avance et avant même de pouvoir toucher le pactole ... dont la victime ne verra finalement jamais la couleur», résume M. Jongkind.

«Cela se fait souvent sur des comptes en banque à l'autre bout du monde, et les escrocs ne se trouvent jamais dans le même pays que leur victime afin de rendre la coopération policière difficile», raconte-t-il.

On ne peut plus classique, l'histoire de la victime australienne correspond à ce schéma : «était-il d'accord pour investir 90 millions de dollars au nom de quelqu'un d'autre?», lui a-t-on demandé par courriel.

Il lui a alors fallu avancer de fortes sommes, »comme des frais de notaire», a précisé la police. L'affaire, qui a débuté il y a un an au Japon puis traversé d'autres pays, s'est terminée dans un hotel d'Amsterdam.

Sentant enfin l'arnaque, l'Australien a prévenu la police, qui a réussi à arrêter six escrocs venus lui présenter une valise pleine de billets en lui promettant qu'elle serait bientôt à lui.

Aux Pays-Bas, depuis le début de l'opération Apollo en octobre, la police a arrêté 74 suspects, saisi à leurs domiciles des listes de victimes et d'adresses-mail ciblées, des ordinateurs et disques durs, de l'argent liquide, des faux billets et documents.

Leur inventivité force l'admiration. Ils reproduisent les sites internet de banques internationales comme ABN Amro, ouvrent des milliers de comptes bancaires sous des noms d'emprunts, créent des entreprises inexistantes en inventant sans cesse les histoires les plus crédibles.

Selon Frank Engelsman, un internaute éclairé qui a monté un site sur le sujet (www.ultrascan.nl), ils seraient pas moins de 2200 à opérer aux Pays-Bas et 18000 en Europe.

Quant aux victimes, il y en aurait des millions. «Les victimes ayant porté plainte ont payé de fortes sommes aux escrocs, allant de 8500 à 2,5 millions euros«, selon la police.

L'argent récupéré permet ensuite de financer la «fraude bancaire, le trafic de drogue et la prostitution», selon M. Jongkind.

Les policiers néerlandais, qui n'ont pas les moyens de traquer les escrocs sur leur terrain de jeu, Internet, espèrent surtout «rendre les Pays-Bas moins attractifs».

«Cela ne règle pas le problème car il suffit d'un téléphone et d'une connection internet pour reprendre leur activité de l'autre côté de la frontière», concède cependant M. Jongkind.

Autre problème : selon la police, seul 10% des victimes se manifeste.

«La plupart des arnaques ne sont jamais déclarées, soit parce que les gens, un peu honteux, ne vont pas voir la police, soit parce qu'au commissariat on leur fait comprendre qu'on a d'autres soucis qu'une "petite" escroquerie de quelques centaines d'euros, ce qui constitue la majorité des cas», déplore M. Engelsman.