(Moscou) Une organisation russe qui recense les arrestations politiques et fournit une aide juridique aux détenus a déclaré samedi que le gouvernement avait bloqué son site web, la plus récente mesure d’une répression de plusieurs mois de Moscou contre les médias indépendants et les organisations de défense des droits de la personne.

Publié le 25 déc. 2021
Dasha Litvinova Associated Press

OVD-Info a rapporté que le chien de garde russe de l’internet et des communications, Roskomnadzor, a bloqué son site. L’organisation a déclaré dans un gazouillis sur Twitter qu’elle n’avait pas été officiellement informée de la décision et ne connaissait pas la raison du geste au-delà du fait qu’elle avait reçu l’ordre de fermer son site par un tribunal lundi.

Le site web n’était pas accessible aux internautes russes samedi et figurait sur le registre gouvernemental des pages interdites. À la lumière de cette décision, OVD-Info a exhorté ses partisans à suivre ses pages sur les réseaux sociaux, comme Facebook, Twitter, Instagram, le réseau social russe VK et l’application de messagerie Telegram.

Dans des commentaires à l’agence de presse Interfax, Roskomnadzor a déclaré que le site web était bloqué parce que, selon la décision du tribunal, il était impliqué dans la « propagande du terrorisme et de l’extrémisme » en publiant du contenu visant à « justifier les actions des groupes extrémistes et terroristes ».

L’agence a déclaré que les plateformes de médias sociaux avaient été invitées à supprimer les comptes du groupe.

Le cofondateur d’OVD-Info, Grigory Okhotin, a rejeté les accusations samedi dans une entrevue accordée à l’Associated Press.

« Naturellement, nous sommes sûrs que nous ne justifions pas l’extrémisme ni le terrorisme », a-t-il déclaré. « Bien sûr, nous écrivons sur ces sujets, c’est notre travail, mais on ne justifie pas l’extrémisme ni le terrorisme ».

Grigory Okhotin a déclaré que la décision de bloquer le site web a été une surprise, même si le groupe savait que le bureau du procureur de Lukhovitsy, une ville située à 120 kilomètres au sud-est de Moscou, avait ouvert une enquête.

« Notre avocat s’y est rendu, mais ils ont refusé de fournir des documents ou d’expliquer quoi que ce soit sur le fond de l’affaire », a indiqué Grigory Okhotin. « Bien sûr, nous ne savions pas que cela irait si rapidement devant les tribunaux. »

OVD-Info a gagné en notoriété pour son suivi et son recensement méticuleux des arrestations lors des manifestations de rue en Russie. Les militants ont commencé cette pratique lors de manifestations de masse déclenchées par une élection parlementaire en 2011 entachée de nombreuses dénonciations de fraudes électorales. Ils ont ensuite formé un groupe qui a poursuivi le travail au fil des ans.

Les données ont été indispensables aux organes de presse au fil du temps, car les autorités russes ont largement gardé le silence ou ont minimisé l’ampleur des arrestations massives lors de manifestations.

OVD-Info fonctionne également comme un groupe d’aide juridique, déléguant des avocats pour aider les manifestants détenus dans les postes de police et devant les tribunaux. En septembre, une organisation internationale de défense des droits de la personne, basée en Suède, a décerné à OVD-Info le prix du Défenseur des droits civiques de l’année.

Le même mois, les autorités russes ont désigné le groupe comme un « agent étranger » – une étiquette qui s’accompagne d’un examen gouvernemental excessif et de fortes connotations péjoratives qui peuvent discréditer le groupe. Les fondateurs d’OVD-Info se sont engagés à poursuivre le travail de l’organisation malgré cette désignation.

Les autorités russes ont intensifié la pression sur les groupes de défense des droits, les médias et les journalistes ces derniers mois, désignant des dizaines d’« agents étrangers ». Certains ont été déclarés « indésirables » – une étiquette qui interdit de facto les activités d’une organisation dans le pays – ou accusés d’entretenir des liens avec des groupes « indésirables ».

Vendredi, le ministère russe de la Justice a ajouté deux autres groupes de défense des droits au registre des agents étrangers : Coming Out et Revers, qui défendent les droits des LGBT et fournissent une assistance à la communauté LGBT russe en difficulté.

La loi russe oblige une organisation non gouvernementale, un média, un mouvement informel ou un individu à être répertorié comme un agent étranger lorsque le groupe ou la personne reçoit du financement étranger - même un petit don d’un ressortissant étranger compte.

OVD-Info, avec d’autres groupes de défense des droits, a lancé en septembre une campagne pour abolir la loi sur les « agents étrangers ». Fin décembre, plus de 240 organisations et plus de 260 000 personnes avaient signé une pétition qualifiant la loi de « discriminatoire et illégale ».

OVD-Info a soumis les signatures à la chambre basse du parlement russe, la Douma d’État.

Gregory Okhotin a qualifié la fermeture du site web de « nouvelle série de pressions sur nous et sur la société civile ». Il a déclaré qu’il pensait qu’OVD-Info était ciblé en raison de son importance et de sa campagne contre la législation sur les « agents étrangers ».

« Nous sommes très grands, nous sommes très visibles, nous sommes soutenus par un grand nombre de personnes en Russie », a déclaré Gregory Okhotin, ajoutant que plus de 100 000 Russes soutiennent OVD-Info par leurs dons.

Il a déclaré que le groupe continuerait d’informer les Russes de la répression politique malgré l’indisponibilité du site web pour les citoyens.

« Nous trouverons certainement une forme ou une autre pour tenir le public informé », a-t-il déclaré à l’Associated Press.