Marvel’s Guardians of the Galaxy, orchestré par le studio Eidos-Montréal, est un petit bijou. Ce jeu vidéo comme on en voit peu mêle graphisme de haute voltige, humour décapant et histoire saisissante. Mais accrochez-vous, les combats sont sans pitié.

Karim Benessaieh
Karim Benessaieh La Presse

Difficile de rester objectif quand un jeu vidéo réunit à peu près tous les ingrédients que vous aimez. Marvel’s Guardians of the Galaxy offre un monde de science-fiction totalement assumé, avec ses vaisseaux, ses couloirs métalliques et ses armes délirantes, dans lequel vous assumez le rôle d’un blondinet au grand cœur parfois un peu simplet, Star-Lord, encore accroché aux années 80 dont il a été kidnappé. Il est aidé par un quatuor complètement disparate, Gamora « la femme la plus dangereuse de l’univers », Rocket, une espèce de raton laveur spécialisé en explosifs et en informatique, Drax, le brutal guerrier toujours au premier degré, et Groot, un arbre mobile qui ne sait dire que quatre mots, « Je s’appelle Groot ».

Il s’agit du premier jeu vidéo AAA basé sur cette franchise née en 1969 et refondée en 2008. Elle a donné naissance à deux films, en 2014 et 2017, auxquels on fait parfois référence dans le jeu mais avec lesquels Eidos-Montréal a pris beaucoup de libertés.

Tirer au son des années 80

SAISIE D’ÉCRAN LA PRESSE

Le premier émerveillement, c’est la qualité absolument impressionnante du graphisme, avec ces personnages animés au réalisme troublant dans des environnements ultracolorés de science-fiction.

Notre cœur commence sérieusement à chavirer quand les premiers tubes des années 80 embarquent. Dans la scène initiale, à bord du vaisseau Le Milano, vous avez même le choix de ce que vous allez écouter, de l’immortelle Take on Me de A-Ha à White Wedding de Billy Idol en passant par Wake MUp Before You Go-Go de Wham !.

Cette sélection musicale de 32 titres vous suivra tout au long de l’aventure. Déchiqueter des extraterrestres terrifiants qui affluent de toutes parts au son de Everybody Have Fun Tonight est une expérience jouissive qui doit être à la limite de la légalité.

L’histoire commence 12 ans après une guerre qui a laissé la galaxie exsangue. Nos cinq compères se sont réunis, malgré leurs différences criantes, pour survivre en effectuant de petits boulots dangereux, souvent mal payés et qui les laissent généralement encore plus mal pris.

Famille et missions

On commence donc par une première mission qui se termine avec l’acquisition d’un lama qui vaudra à notre groupe une amende de 8000 crédits, ce qui les forcera à vendre un des leurs, à se retrouver au cœur d’une mystérieuse secte et à libérer accidentellement une entité ancienne qui menacera la galaxie.

Se mêlent à cette intrigue des réminiscences de l’enfance de Star-Lord, alias Peter Quill, et des découvertes familiales dont nous vous épargnons les détails pour ne pas gâcher la surprise.

Le premier émerveillement, c’est la qualité absolument impressionnante du graphisme, avec ces personnages animés au réalisme troublant dans des environnements ultracolorés de science-fiction. Tout est finement ciselé, les expressions des personnages sont convaincantes et la bande sonore totalement immersive. Eidos-Montréal a poussé très loin le graphisme de ce jeu, qui surpasse à notre avis presque tous ceux qui nous avons testés depuis deux ans.

La mécanique de jeu est tout à fait originale. Il s’agit ici d’un RPG avec les principes de base, où on doit récolter un peu partout des composants qu’on pourra ensuite utiliser sur des établis pour concocter de nouvelles armes. L’expérience et les victoires vous donneront également accès à des capacités qui vous rendront moins vulnérable ou amélioreront vos forces.

Mais ce qui est nouveau, et qui nous a pris quelques heures à maîtriser, c’est que les quatre compagnons de Peter Quill doivent également être utilisés lors des combats ou pour résoudre des énigmes. En appuyant sur L1, on voit apparaître nos quatre alliés qu’on peut lancer sur un ennemi, envoyer ouvrir une porte ou contrôler un ordinateur. Cette participation n’est pas facultative : vous ne pourrez pas vous en sortir sans eux. Et vous devrez les soigner régulièrement pendant les combats si vous voulez pouvoir utiliser leurs services.

Drôle de chimie

Mais toute cette mécanique ne serait rien sans l’invraisemblable chimie du quintette. Certains pourront le trouver bavard, mais on ne peut reprocher à Eidos-Montréal d’avoir écrit des dialogues convenus. Leur humour est absolument délicieux et nous a fait rire aux larmes à plusieurs reprises. Drax, cette brute au premier degré, ne comprend absolument rien aux blagues et commentaires cyniques de Rocket, qu’il appelle affectueusement « le rongeur ». Gamora, pour lui, est « l’assassin » et Groot est « l’arbre », tout simplement.

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Drax le Destructeur, une brute toujours au premier degré, est un des personnages les plus savoureux de ce jeu.

Le potentiel comique est explosif. « Tu as vraiment le cœur sur la main, Drax », lance le faux raton. « Non, il est dans ma cage thoracique », répond Drax d’une voix pompeuse. Sa solution à maintes reprises pour traverser des gouffres est de projeter « le rongeur » au loin, ce que ce dernier ne trouve pas du tout de son goût.

Star-Lord, dans le rôle du chef autoassumé des « gourdins de l’espace », comme on peut le lire dans leur casier judiciaire erroné, est figé dans les années 80, avec des références qui échappent à tous ses compagnons, comme celle sur l’Étoile de la mort. Groot ne connaît qu’une phrase, qu’il débite sur tous les tons, et seul Rocket peut traduire ses déclarations. On en vient, après un moment dans le jeu, à presque y arriver nous aussi.

L’histoire est bien ficelée, avec des rebondissements inattendus et sans trop nous perdre dans des missions secondaires. Mais il faut préciser ici qu’on n’atteint pas la profondeur dramatique de jeux déchirants comme Last of Us ou la vraisemblance de Red Dead Redemption 2 : il s’agit après tout d’une histoire de science-fiction où tout est possible, racontée sur un ton humoristique même si certains moments sont plus dramatiques.

Morts en série

Notre seule réserve, et elle ne sera probablement pas partagée par des joueurs plus expérimentés, c’est l’omniprésence des combats difficiles qui se succèdent. On a parfois l’impression d’avoir affaire sans cesse à des « boss » qui, en plus, sont appuyés par des cohortes d’alliés qui se régénèrent, affluent sans cesse et attaquent de partout. Et la mécanique de combat est loin d’être facile : aux jet-boots se mêlent les tirs de votre blaster qu’il faut recharger au bon moment, à des armes d’appoint qu’il faut sélectionner en plein combat et de la sélection de vos quatre alliés qui ne sont pas toujours disponibles.

Disons que nous avons connu quelques dizaines de morts à des moments qui ne semblaient pas du tout cruciaux, et ce même en basculant en mode Facile, qui ne l’est pas tant que ça.

Malgré cette frustration, on doit reconnaître qu’il s’agit d’une réussite, un des meilleurs jeux, sinon le meilleur proposé en 2021. Le pari d’Eidos-Montréal de créer « un jeu unique qui plaira aux fans de jeux vidéo, puis aux fans de Marvel partout dans le monde », comme nous le disait Jean-François Dugas, producteur créatif sénior en septembre, est largement remporté.

Marvel’s Guardians of the Galaxy

IMAGE FOURNIE PAR EIDOS-MONTRÉAL

Développeur : Eidos-Montréal

Éditeur : Square Enix

Pour PS4, PS5, Xbox One, Series, Nintendo Switch (version cloud) et PC

Disponible à compter du 26 octobre 2021

Prix : 79,99 $

Note : 5 sur 5

Ce jeu a été testé sur une PS5 avec une copie fournie par Eidos-Montréal