La grande nouveauté d’Apple en 2021, ce sont les AirTags, ces petites pastilles qui suivent vos clés, portefeuilles et valises à la trace. Elles sont d’une efficacité redoutable, qu’aucun produit de ce type n’a réussi à atteindre. C’en est même effrayant.

Karim Benessaieh
Karim Benessaieh La Presse

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Les AirTags, offerts sur le marché depuis le 30 avril dernier, sont de toutes petites pastilles métalliques de 31,9 mm de diamètre pour un poids de 11 g. Leur configuration avec un iPhone est un charme : on ouvre la boîte, on retire une languette en plastique qui protège la pile et elles sont aussitôt affichées à l’écran du téléphone. Il ne reste plus qu’à leur donner un petit nom. Nous avons ainsi ajouté quatre pastilles à notre compte iCloud d’Apple en moins de cinq minutes.

Leur pile, une banale CR2032 comme on en trouve partout, a une autonomie annoncée de deux ans et peut être remplacée par l’utilisateur.

Il ne reste plus qu’à les placer dans un objet qu’on veut suivre à la trace – valise, sac à dos, portefeuille. Apple vend également des accessoires, de 15,95 $ à 579 $ (pour des modèles Hermès !), qui permettent d’attacher les AirTags à un porte-clés ou à une poignée.

Nous les avons ainsi glissés dans les sacs d’école de nos deux filles, qui n’ont pas d’iPhone, et dans le portefeuille d’une troisième cobaye adulte – avec leur consentement, bien entendu. Pendant une semaine, nous avons pu suivre sur l’application Localiser où étaient nos trois AirTags. La précision de la localisation variait d’un délai d’une quinzaine de minutes, dans une école primaire, à une à cinq minutes, dans une école secondaire et pour notre cobaye adulte, qui est propriétaire d’un iPhone.

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Nos quatre AirTags ont pu être suivis à la trace et, pour trois d’entre eux, ont utilisé d’autres appareils Apple à proximité pour signaler leur localisation.

Comme est-ce possible ? Les AirTags utilisent le Bluetooth pour communiquer avec tous les appareils Apple (Mac, iPhone et iPad) à leur portée, soit une dizaine de mètres. Ce qui leur fait plus de 1 milliard de relais sur la planète. Quand ils sont loin de leur propriétaire, ils envoient des données qui sont ensuite retransmises par l’internet, qui permet de les localiser. L’appareil Apple qui sert de relais doit évidemment avoir accès à l’internet.

Tout le processus, assure-t-on, est entièrement crypté et anonyme. Le propriétaire d’iPhone « relais », sur lequel on n’a aucune information, ignore que son téléphone a servi à repérer un AirTag et ne sait pas à qui il appartient. Même Apple ne connaîtrait pas la localisation des AirTags ainsi repérés.

Pour retrouver plus précisément un objet perdu auquel un AirTag a été attaché, on peut le faire sonner, toujours à partir de l’application Localiser. Si on dispose d’un iPhone 11 ou 12, on a en outre accès à la fonction Rechercher, qui fonctionne comme une boussole, vous orientant vers l’AirTag recherché en indiquant la direction et la distance. Encore une fois, la pastille doit être à moins de 10 mètres du téléphone pour que cette fonction soit utilisable.

SAISIE D’ÉCRAN LA PRESSE

Si on dispose d’un iPhone 11 ou 12, on a accès à la fonction Rechercher, qui fonctionne comme une boussole, vous orientant vers l’AirTag recherché en indiquant la direction et la distance.

Théoriquement, l’AirTag est conçu pour empêcher qu’on vous espionne. Si vous trimballez pendant trois jours un AirTag qui ne vous appartient pas et que son propriétaire ne vient pas à proximité, il se mettra à sonner pour signaler sa présence et vous pourrez le retracer dans votre application Localiser. La réalité est plus complexe.

Enfin, à 39 $ l’unité ou 129 $ pour un paquet de quatre, ces petits mouchards sont plutôt abordables.

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Oui, les AirTags peuvent servir à espionner, notre semaine de test nous l’a amplement démontré. Comme les pastilles de nos filles entraient en contact tous les jours avec notre iPhone, elles n’ont jamais sonné et nous avons pu les suivre sans arrêt.

Notre cobaye adulte, quant à elle, n’a jamais été alertée qu’un AirTag « étranger » la suivait, ni sur son iPhone, ni sur son MacBook, ni par une petite sonnerie. La raison n’est pas très claire, malgré nos recherches. Il semble qu’il faille sortir de chez soi et y revenir, à l’adresse identifiée comme son propre domicile sur son compte Apple, pour activer cette alerte. Notre volontaire ne sortait probablement pas assez.

Enfin, l’efficacité des AirTags a évidemment une condition : un appareil Apple doit se trouver de temps à autre à proximité. Si vous perdez vos clés en pleine forêt ou dans tout autre lieu très peu fréquenté, ils ne servent à rien.

On achète ?

Comme Apple sait si bien le faire, on a repris ici un concept déjà existant, les Tiles, mais en le rendant réellement grand public. Alors que les Tiles ne comptent que sur les téléphones qui ont installé leur application, les AirTags utilisent la moitié des appareils au Canada par défaut. Le résultat : c’est le meilleur outil pour retrouver des objets perdus, surtout en zone urbaine. Il existe évidemment des appareils-espions plus gros utilisant une carte SIM et un GPS, mais ils sont bien plus coûteux et leur autonomie ne dépasse pas quelques semaines.

Ce qui leur fait rater la note parfaite, ce sont des préoccupations de confidentialité. Malgré les précautions d’Apple, il est réellement trop facile de les utiliser pour espionner. Et ils ne sont évidemment d’aucune utilité pour un utilisateur Android.

AirTag

Fabricant : Apple
Prix : 39,99 $ l’unité ou 129 $ en paquet de quatre
Note : 4,5 sur 5