(Montréal) Loon, une compagnie établie en Californie qui veut déployer l’internet à haute vitesse dans les régions éloignées, fait appel à l’expertise des chercheurs en intelligence artificielle de Google Montréal, a appris en primeur La Presse Canadienne.

Jessica Beauplat
La Presse Canadienne

« Ils sont les meilleurs au monde », a déclaré en anglais le directeur de la technologie chez Loon, Salvatore Candido, pour expliquer son choix de poursuivre sa collaboration avec le laboratoire de recherche de Montréal.

Loon veut déployer internet dans les régions éloignées à l’aide de ballons lancés dans la stratosphère.

À 20 kilomètres d’altitude, cette flotte de ballons permet de fournir un accès à internet haute vitesse dans les régions plus difficiles d’accès. C’est une option complémentaire aux tours cellulaires et aux antennes, explique-t-on.

Le laboratoire spécialisé en intelligence artificielle à Montréal est dirigé par l’une des sommités dans le domaine, Hugo Larochelle. Sous sa direction, le chercheur Marc Bellemare supervise le développement du système de navigation de Loon en utilisant l’apprentissage par renforcement.

Ce mode d’apprentissage automatique est utilisé en robotique pour entraîner des machines à prendre des décisions. C’est la spécialité de l’équipe montréalaise, avec qui Loon collabore à différents projets depuis deux ans.

« La réputation de la métropole dans le domaine de l’intelligence artificielle est bien établie », se réjouit M. Bellemare. Il ajoute que la présence à Montréal de groupes de recherche comme Mila permet de créer un climat favorable au développement de l’intelligence artificielle au pays.

Pour résumer leur travail, Marc Bellemare explique que Loon « fabrique le robot » et que son équipe travaille sur le « cerveau du robot ».

En d’autres mots, l’équipe de M. Bellemare se penche sur toutes les « décisions que le robot doit prendre » pour naviguer dans les airs et assurer une bonne connexion internet.

Garder le ballon en vol n’est pas une mince affaire. Il faut tenir compte de plusieurs facteurs comme le vent, la pluie, la température et même le soleil puisque l’engin fonctionne grâce à des panneaux solaires.

À la suite de nombreux tests, le ballon — qui ne pouvait être maintenu dans les airs que quelques jours à ses débuts — a passé 312 jours consécutifs dans la stratosphère, soit l’équivalent de 10 mois.

Ce nouveau record établi en octobre a attiré l’attention de la prestigieuse revue scientifique Nature qui fait paraitre mercredi le fruit des recherches mises en commun par les deux entreprises.

Avec l’école à la maison et le télétravail, internet est devenu un outil incontournable pour plusieurs. Cette nouvelle façon d’acheminer l’accès au Web pourrait représenter une solution pour les régions éloignées du pays.

Même s’il n’y a pas de plan pour la déployer au Canada pour le moment, les deux partenaires ne cachent pas que cela pourrait être une possibilité à long terme. Leur but est de rendre internet accessible partout, pour tout le monde.

Des ballons pourraient donc éventuellement flotter au-dessus du Grand Nord québécois pour amener la technologie internet à haut débit aux communautés mal desservies.

Par ailleurs, Québec et Ottawa annonçaient la semaine dernière, des investissements totalisant 16,5 millions pour amener l’internet à haute vitesse dans la région du Nord-du-Québec.

« Dans le contexte de pandémie actuel, internet à haut débit dans une région comme la nôtre, ce n’est plus un luxe, c’est une nécessité », avait déclaré le député caquiste d’Ungava, Denis Lamothe.

Loon figurait récemment dans le palmarès annuel des 100 meilleures inventions de l’année du magazine Time. L’entreprise montréalaise BrainBox AI faisait aussi parti du classement aux côtés de nombreuses innovations tels qu’un satellite qui repère les grands pollueurs en temps réel et les vaccins ARN contre la COVID-19.

Ce reportage a été préparé dans le cadre du programme de Bourses Facebook et La Presse Canadienne pour les nouvelles.