(Washington) Cinquante jours après le premier décret présidentiel à son encontre, et après de nombreuses tractations et rebondissements diplomatiques, TikTok n’a jamais été aussi près du couperet : le réseau social est censé disparaître des plateformes de téléchargement d’applications dimanche soir aux États-Unis.

Julie JAMMOT
Agence France-Presse

Sauf intervention d’un juge, à partir de dimanche à 23 h 59 (soit 3 h 59 GMT lundi), les utilisateurs américains actuels pourront continuer à utiliser l’appli, mais plus faire de mise à jour, et les nouveaux téléchargements seront impossibles.

Une nouvelle audience a été fixée à Washington dimanche à 9 h 30 (13 h 30 GMT) par le juge Carl Nichols, qui arbitre un recours d’urgence de TikTok.

Donald Trump accuse depuis des mois l’application, qui appartient au groupe chinois ByteDance, d’espionnage au profit de Pékin en collectant les données de ses utilisateurs-sans preuves.  

Dans un décret du 6 août, il l’avait qualifiée de menace pour la « sécurité nationale » et avait annoncé qu’elle serait interdite de transactions avec des entreprises aux États-Unis à moins d’être vendue à un groupe américain.

Jeudi, Carl Nichols avait donné 24 heures au gouvernement pour repousser l’ultimatum ou expliquer sa position. Mais l’administration Trump n’a pas changé d’avis, selon un document adressé vendredi à la justice.

Comme TikTok n’est pas passé sous pavillon américain comme l’exigeait Donald Trump, les systèmes d’exploitation d’appareils mobiles Android (Google) et iOS (Apple) n’auront plus le droit de proposer l’application au téléchargement aux États-Unis.

A moins que le juge ne décide d’intervenir. TikTok a refusé de commenter l’affaire en cours.

Dernière chance

Le groupe avait sollicité cette semaine un recours en urgence auprès du tribunal fédéral de Washington, assurant qu’une telle interdiction ne serait pas conforme à la Constitution du pays.

La plateforme a aussi fait valoir que bloquer les téléchargements lui causerait des dommages irréparables, alors qu’elle gagnait quelque 424 000 nouveaux utilisateurs américains chaque jour au début de l’été.

« Sans nouveaux utilisateurs, nous ne pouvons pas rester en compétition avec les autres plateformes », a précisé Vanessa Pappas, la patronne par intérim de TikTok, dans la plainte.

Carl Nichols a indiqué jeudi son désaccord avec les avocats du gouvernement, selon qui l’interdiction « maintiendrait le statu quo » puisqu’elle n’empêche pas les utilisateurs actuels de continuer à se servir de TikTok.

Le juge a seul le pouvoir d’accorder un répit à l’appli de vidéos musicales et humoristiques, fréquentée tous les mois par 100 millions d’Américains.

Les négociations commerciales avec des groupes américains se sont en effet soldées par un accord qui ne semble satisfaire aucune des parties en présence.

Le dernier projet en date, annoncé le weekend dernier,  prévoit la création d’une nouvelle société, TikTok Global, impliquant Oracle en tant que partenaire technologique aux États-Unis et Walmart en tant que partenaire commercial.

Il y aurait aussi une prise de participation de 12,5 % d’Oracle et de 7,5 % de Walmart.  Les Américains détiendraient quatre des cinq sièges au conseil d’administration.

Guerre commerciale

Mais ce projet dépend du bon vouloir du président américain et du gouvernement chinois, en pleine guerre commerciale.

Lundi, l’hôte de la Maison-Blanche, en campagne pour sa réélection, a martelé qu’il ne donnerait pas son aval si le nouveau groupe restait sous contrôle chinois tout en affirmant que Oracle et Walmart allaient posséder la majorité du nouveau groupe.

ByteDance, qui comprend des investisseurs américains, a qualifié ces informations « de rumeurs erronées ».  

Mais jeudi le groupe chinois a annoncé avoir effectué une « demande d’autorisation » d’exportation de technologie, sans préciser à quel sujet.  

Cette initiative pourrait concerner le fameux algorithme qui a fait le succès de TikTok : il permet d’afficher aux utilisateurs les contenus les plus susceptibles de les intéresser, en fonction de leurs goûts, et de les conduire à passer le plus de temps possible à visionner vidéo après vidéo sur la plateforme.

La Chine refuse que ce précieux système informatique ne tombe dans l’escarcelle américaine. Le 28 août, Pékin a ainsi inclus les algorithmes dans la liste des technologies d’intelligence artificielle ne pouvant être exportées sans autorisation.

Si les tractations n’aboutissent pas, une interdiction complète des activités de TikTok sur le sol américain pourrait entrer en vigueur à partir du 12 novembre, a prévenu le Trésor.

Pris dans cet étau politique, les dirigeants américains de TikTok ont lancé cet été une campagne de communication pour prouver leur ancrage américain.