The Last of Us Part II, pour reprendre l’explication de son directeur Anthony Newman lors de son entrevue accordée fin mai à La Presse, « c’est l’exploration des hauts et des bas de la vengeance ». À quel point la haine peut ronger, transformer celui qui s’en nourrit et donner lieu à des dilemmes monstrueux.

Karim Benessaieh Karim Benessaieh
La Presse

Ce qui donne un jeu prenant, au graphisme superbe et à la mécanique bien huilée. Mais précisons-le d’entrée de jeu, ce n’est pas le ressort le plus fertile pour un scénario réussi.

La vie après les zombies

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Dans The Last of Us Part II, vous êtes toujours au bord de la pénurie devant des infectés omniprésents.

The Last of Us Part II, qui débarque dans les consoles PS4 seulement à compter du 19 juin, est la suite très attendue du premier opus paru en 2013. Bien des joueurs considèrent encore ce jeu, qui a profité d’une version remastérisée en 2014, comme une des meilleurs du genre « action-aventure de survie dans un monde post-apocalyptique ». On est d’accord.

Dans l’histoire originale, une adolescente, Ellie, découvre qu’elle est immunisée contre le virus qui a ravagé la race humaine deux décennies plus tôt, et qui transforme les humains en monstres décervelés affamés de chair humaine. Elle est prise sous l’aile d’un aventurier bourru, mais attachant (un classique), Joel. Il doit la mener à un hôpital où on tentera de créer un vaccin à partir de l’exceptionnelle immunité d’Ellie.

Nous ne vous en disons pas plus au cas où vous seriez tenté de découvrir ce jeu, encore tout à fait présentable sept ans plus tard.

Graphisme saisissant

Juin 2020, l’opus 2 commence là où se terminait l’aventure, avec Ellie et Joel dans un camp d’humains normaux qui survivent dans ces États-Unis postvirus. Que le jeu sorte maintenant, en pleine COVID, est une « étrange coïncidence », reconnaît M.  Newman, qui rappelle qu’il est en préparation depuis quatre ans. « Mais le virus n’est qu’un “background” dans le jeu, cette fois on s’est plutôt attardés sur les humains. » Il ne faut que quelques minutes pour comprendre la mécanique de ce jeu, avec de petites séquences qui servent de tutoriel et vous apprennent rapidement à effectuer les gestes essentiels à votre survie.

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Sept ans de progrès en jeux vidéo, c’est énorme. The Last of Us Part II nous donne dès le départ une vue sur des paysages enneigés, en forêt, en montagne et dans des villes abandonnées à couper le souffle.

Premier constat : sept ans de progrès en jeux vidéo, c’est énorme. The Last of Us Part II nous donne dès le départ une vue sur des paysages enneigés, en forêt, en montagne et dans des villes abandonnées à couper le souffle. Les mouvements des personnages sont d’un réalisme parfait, les mouvements se reflètent dans les herbes ou la neige, le son en stéréo permet de s’orienter.

Le joueur retrouve également les mêmes mécaniques pour gérer son équipement, mais considérablement améliorées. Comme dans tout jeu de survie post-apocalyptique, votre but dans la vie est de vous débrouiller pour ramasser suffisamment de munitions et de babioles en tous genres pour confectionner des explosifs, des kits médicaux, des armes plus meurtrières.

Et il faut fouiller tous les recoins de chaque pièce, de chaque maison abandonnée, de chaque camion défoncé pour trouver ces récompenses. Vous êtes toujours au bord de la pénurie, alors ne gaspillez pas indûment vos balles superpuissantes, car vous allez vous retrouver à vous frayer un chemin à coup de batte de baseball peu efficace.

Rebonjour les infectés

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Au détour d’une chambre d’hôtel, d’un bar, d’un casino abandonné d’abord dans la ville de Seattle, vous tomberez sur un des quatre sortes d’infectés, les standards, les coureurs, les claqueurs et les colosses puants.

Et vous en aurez besoin quand Ellie va partir dans sa quête meurtrière de vengeance – pour une raison que Naughty Dog, le studio derrière The Last of Us, nous interdit de mentionner. Cette critique, d’ailleurs, est écrite en ayant sous les yeux la liste plutôt inusitée d’interdictions, la plus globale étant de ne pas évoquer le sort d’autres personnages qu’Ellie.

Disons alors que vous allez rapidement retrouver les horribles infectés qui sont la marque de l’épisode 1. Au détour d’une chambre d’hôtel, d’un bar, d’un casino abandonné d’abord dans la ville de Seattle, vous tomberez sur un des quatre sortes d’infectés, les standards, les coureurs, les claqueurs et les colosses puants. Chacun doit être éliminé d’une façon distincte qui implique généralement la discrétion, sous peine de rameuter tous les monstres des environs.

Encore une fois, ici, le graphisme est affreusement plus réaliste que dans l’épisode 1, en particulier pour les claqueurs qui donnaient à l’époque une étrange impression d’inachevé.

Humains améliorés

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Mais la grande différence, que des dizaines d’heures de jeu ont confirmée, c’est qu’on n’a moins affaire à des infectés qu’à des humains mal intentionnés. Interrogé à ce sujet, le directeur de jeu Anthony Newman estimait que la moitié des affrontements concernant des humains normaux. Nous pencherions plutôt pour 75-25 avec les humains.

Ce sont eux, dans le Part II, qui ont réellement bénéficié de nouvelles aptitudes. Ils ont maintenant des chiens qui vous pistent, se sifflent entre eux quand ils vous repèrent, ils s’adaptent, vous contournent, sont plus intelligents que jamais. « Ils ont des techniques militaires et, quand ils bougent, leurs muscles et leur visage se déforment, leur nez est compressé quand on les frappe, le sang leur coule dessus », précise M.  Newman.

Plus l’histoire avance, plus Ellie se retrouve avec une panoplie impressionnante d’armes en tous genres. Elle acquiert de nouvelles capacités en récoltant de la ferraille et des stimulants, se construit des kits médicaux avec de l’alcool et du tissu, améliore ses attaques avec des ciseaux et du ruban. Ce qui est très intéressant, c’est qu’on ne se perd pas dans le choix d’armes, tout est bien accessible et plutôt clair. Il y a tellement de jeux où on n’a pas vraiment une idée claire de l’utilité de l’équipement qui nous est octroyé. Ici, ce n’est jamais le cas.

Tiens, une fonction qui aide énormément ici : dès que vous ramassez du matériel, une petite clé à molette cliquette en bas de l’écran pour vous signaler que vous pouvez maintenant bricoler quelque chose. Si vous tournez en rond trop longtemps, manifestement coincé dans un endroit dont vous ne trouvez pas la sortie, une offre d’« astuce » apparaît pour vous montrer la solution.

Pour celui qui déteste être pris dans un segment de jeu dont il n’arrive pas à sortir, c’est très apprécié.

Lier la sauce

Au cœur de ce jeu, on retrouve évidemment Ellie, toujours aussi grincheuse et reconvertie en Rambo féminine très convaincante. Et on a beaucoup de plaisir à la guider dans sa quête, de sauter d’objectif en objectif pour retrouver celui ou celle qui mérite sa vengeance. Les dialogues sont bien construits, ils sont efficaces sans être transcendants.

Mais nous avons eu nos premiers questionnements après une dizaine d’heures. À quoi tout cela rime-t-il ? Va-t-on ainsi passer de fusillades avec des miliciens à l’élimination de zombies pendant encore longtemps ?

Le constat, c’est que l’histoire se développe très lentement, avec quelques rebondissements et des objectifs en évolution, mais rien qui lie la sauce à part la notion de vengeance. On a presque par moment l’impression d’être tombé dans un jeu de tir à la première personne comme Far Cry ou Destiny, des productions admirables, mais qui tombent dans un autre registre.

Heureusement, après quelques séances de fusillades et d’abattage de zombies, on revient à ce qui fait l’intérêt d’un jeu comme The Last of Us et on a droit à des bouts de scénario très prenants.

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Après quelques séances de fusillades et d’abattage de zombies, on revient à ce qui fait l’intérêt d’un jeu comme The Last of Us et on a droit à des bouts de scénario très prenants.

Le verdict : un jeu souvent émouvant, aux qualités techniques indéniables, mais dont le scénario, malgré quelques bons flashes, semble trop souvent tourner à vide. Pas décevant, mais pas renversant.

The Last of Us Part II

Développeur : Naughty Dog

Éditeur : Sony Interactive Entertainment (testé avec une copie fournie par SIE)

Genre : aventure-action

Date de sortie : 19 juin 2020

Prix : 79,99 $ (pour PS4 seulement)

Note : 4 sur 5