(Paris) L’industrie de la levure, essentielle notamment pour la fabrication de pain, craint pour sa pérennité face à l’appétit grandissant de l’industrie des biocarburants pour un ingrédient crucial dans sa fabrication : le sucre et plus précisément les coproduits du sucre.

Agence France-Presse

La chambre syndicale française de la levure (CSFL) a alerté ainsi « sur les difficultés qu’elle rencontre depuis plusieurs mois en matière d’approvisionnement en coproduits sucriers, indispensables à la fabrication de la levure », dans un communiqué dont l’AFP a pris connaissance mardi.

La « matière première » de la levure, les coproduits du sucre, « est de plus en plus utilisée pour la production de bioéthanol. Cet usage non alimentaire des cultures bloque le secteur de la levure, qui doit déjà importer plus d’un tiers de ses besoins en coproduits de sucre », s’est insurgée la CSFL.

« Les levures poussent sur des substrats sucrés, qui sont fournis par le secteur de la filière sucrière issue des betteraves », a expliqué à l’AFP Diane Doré, secrétaire générale de la CSFL.

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Un champ de betteraves à sucre dans la région de Granby.

Parmi ces coproduits, la mélasse et d’autres coproduits très riches en sucre qui contiennent « beaucoup de minéraux et autant de choses dont raffolent les levures pour se multiplier », a-t-elle ajouté.

« Les biocarburants ne doivent pas se développer au détriment de notre souveraineté alimentaire », a insisté l’interprofession de ce produit – dont la France est le leader mondial, notamment grâce à des entreprises comme Lesaffre dans le Nord.

« La crise sanitaire a révélé la valeur de cette ressource essentielle : sans levure, plus de pain dans les boulangeries et les supermarchés », a fait valoir l’interprofession.

La levure a aussi d’autres usages, plus méconnus : pour le biocontrôle (solutions permettant de réduire les pesticides à base, notamment, d’insectes), mais aussi dans les élevages pour réduire l’utilisation des antibiotiques, dans la santé humaine avec les probiotiques ou encore dans le développement de protéines végétales.

La levure est également indispensable pour permettre la fermentation dans le vin et la bière et ainsi transformer le sucre en alcool.

Afin de garantir sa pérennité, alors qu’un nouveau projet de loi de finances rectificatif doit être présenté mercredi en Conseil des ministres, la filière « demande le soutien des pouvoirs publics pour garantir ses approvisionnements en France de coproduits du sucre à partir de betteraves françaises ».

Les dernières lois de finances ont « mis un coup d’accélérateur » pour inciter à l’incorporation de certains de ces résidus dans le bioéthanol, selon Mme Doré.

Alors que la part des essences mises sur le marché bénéficiant d’une exonération fiscale a doublé en France en 2020, elle redoute un nouveau doublement en 2021.

« Il n’y a que la France qui a fait ce choix » de considérer ces coproduits comme des résidus, a-t-elle déploré, indiquant que cela se faisait au détriment d’un secteur qui représente plus de 2500 emplois, et se trouve « au cœur de tout un écosystème alimentaire et santé ».