Le Québécois Patrick Pichette, ancien chef de la direction financière de Google, a été nommé mardi président du conseil d’administration de Twitter.

Jean-François Codère Jean-François Codère
La Presse

Sa nomination survient au moment où l’entreprise est en pleine tourmente, depuis qu’elle a décidé de marquer certains des tweets du président Donald Trump parce qu’ils véhiculaient des informations fausses ou incitaient à la violence. La décision a incité le président américain à signer un décret menaçant l’invulnérabilité légale des réseaux sociaux pour les messages transmis sur leur plateforme.

M. Pichette siégeait déjà au conseil d’administration de Twitter depuis décembre 2017. Il y portait le titre d’administrateur indépendant principal. ll remplace Omid Kordestani, lui aussi un ancien haut dirigeant de Google, qui dirigeait le conseil d’administration depuis 2015.

Natif de Montréal-Nord, féru d’aventure et de plein air, M. Pichette est âgé de 57 ans. Il a été propulsé à l’avant-scène en août 2008, au moment de sa nomination à titre de chef de la direction financière de Google, poste qu’il a occupé jusqu’en mars 2015. En plus des finances, il chapeautait alors les ressources humaines, l’immobilier, les services aux employés et le « groupe économie » de l’entreprise.

Auparavant, M. Pichette avait passé sept ans au sein de la haute direction de Bell, qu’il avait jointe après des passages chez Call-Net et la firme McKinsey. Son parcours préalable était particulier. Après avoir abandonné ses études à 19 ans pour s’enrôler dans Katimavik et faire du travail communautaire, il est devenu opérateur de machinerie forestière en Colombie-Britannique.

Il est rentré au Québec à 21 ans pour s’inscrire à l’Université du Québec à Montréal (UQAM), où il obtient un baccalauréat en administration des affaires. Une prestigieuse bourse Rhodes l’a mené vers une maîtrise en philosophie politique et économique à l’Université d’Oxford, en Angleterre, puis chez McKinsey.

Au Québec, M. Pichette dirige le conseil d’administration de Lightspeed depuis l’entrée en Bourse de cette dernière. Il est également partenaire du fonds de capital de risque iNovia, basé à Montréal.

Sa nomination a été saluée lundi soir par le premier ministre François Legault, sur Twitter.

Tumulte

La gouvernance de Twitter a fait l’objet de tumultueux débats au cours des derniers mois. En février, des rapports ont surgi selon lesquels le fonds Elliott Management s’était porté acquéreur d’une part significative de l’entreprise avec l’objectif d’exiger le remplacement du président, chef de la direction et fondateur Jack Dorsey.

M. Dorsey est dans une situation unique : il est le seul individu à assumer les fonctions de président et chef de la direction de deux entreprises américaines dont la valeur boursière dépasse 5 milliards de dollars américains, Twitter et Square. L’investisseur activiste faisait valoir que Twitter en souffrait.

Une entente était intervenue le 9 mars dernier, premier jour de la déconfiture des marchés boursiers en lien avec la COVID-19. Elle prévoyait le maintien en poste de M. Dorsey et la nomination de deux nouveaux administrateurs, dont un provenant d’Elliott Management. Un comité, dirigé par M. Pichette, devait aussi réévaluer la structure de direction de l’entreprise. L’entreprise n’a pas spécifié si la nomination de M. Pichette est le fruit des travaux de ce comité.

« Compte tenu de la profondeur et de la force de l’équipe de direction et du conseil d’administration de Twitter, nous croyons que c’est maintenant le bon moment de faire évoluer notre structure de gouvernance pour l’aligner avec les meilleures pratiques », a néanmoins indiqué M. Pichette dans un communiqué.

« Patrick a été une voix indépendante importante au sein du conseil et est la bonne personne pour assumer ce nouveau rôle de président indépendant du conseil », a pour sa part indiqué M. Kordestani dans le même texte.