L’indice boursier américain S&P 500 est entré officiellement en territoire baissier lundi, en recul de plus de 20 % depuis son sommet atteint en tout début d’année. Que faut-il en comprendre et comment réagir ?

Mis à jour le 14 juin
André Dubuc
André Dubuc La Presse

Les marchés financiers ont poursuivi lundi leur glissade entamée vendredi. Les Bourses américaines ont reculé de 2 à 5 points de pourcentage lors de la première séance de la semaine. La valeur des obligations a aussi retraité, tout comme l’or. Ce fut particulièrement dramatique pour les détenteurs de cryptomonnaies.

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L’indice S&P 500 a terminé la journée à 3750 points, en marché baissier (bear market). C’est un recul de plus de 20 % par rapport à son sommet de 4818 points atteint le 4 janvier de cette année.

La Bourse canadienne n’a pas été épargnée par la saignée. L’indice S&P/TSX a terminé la séance à 19 743 points, une baisse de 11 % par rapport à son sommet de 22 213 points le 5 avril dernier.

Pourquoi les marchés ont-ils baissé lundi ?

Le marché craint un durcissement de la politique monétaire et une hausse des taux d’intérêt face à la persistance de l’inflation et au confinement de certaines régions chinoises qui se prolonge. La banque centrale américaine se réunit mercredi. « Il se peut que la Réserve fédérale soit plus agressive qu’on le pensait avec l’incertitude économique qui va avec », dit Stéfane Marion, économiste et stratège en chef de la Banque Nationale. « Est-ce qu’on pourrait voir un durcissement du discours de la Fed ? Est-ce qu’on pourrait même y aller avec une hausse de taux qui excéderait 50 points ? Les marchés se préparent à tout ça », poursuit-il.

À quoi s’attendre des actions ?

« Pour les actions, la correction à laquelle nous avons assisté depuis le début de l’année a été en grande partie un ajustement des valorisations à la réalité : une politique monétaire beaucoup plus stricte sera nécessaire pour combattre cette situation d’inflation », a expliqué Robert Kavcic, économiste principal chez BMO, dans une note publiée vendredi. De son côté, Pierre Emmanuel Paradis, économiste et président chez AppEco, dit qu’on assiste à un redressement des attentes et des anticipations des investisseurs. « [La baisse de la Bourse] reflète des anticipations comme quoi les choses vont mal aller, que la récession s’en vient et que beaucoup de gens auront des difficultés liées à l’inflation qui est élevée. »

Les taux d’intérêt à long terme monteront jusqu’où ?

Les taux obligataires des gouvernements sont en forte hausse. Une hausse des taux entraîne une baisse de la valeur des obligations. Aux États-Unis, le taux de 10 ans a doublé depuis le début de l’année, passant de 1,7 % à 3,4 %. Au Canada, la hausse est plus prononcée encore, de 1,59 % à 3,53 %. Les taux obligataires servent de référence aux taux d’intérêt sur les emprunts. « Il faut comprendre qu’une augmentation des taux dix ans a trois fois plus d’impact sur l’économie que la hausse des taux directeurs de court terme, explique M. Marion. La transmission de la politique monétaire sur l’économie se fait plus rapidement avec les taux longs qu’avec les taux courts », ajoute le stratège. Ainsi, le ralentissement économique, d’abord prévu en 2023, pourrait être devancé dès la deuxième partie de 2022, évoque-t-il. « Si c’est le cas, il n’y aura pas de nécessité d’y aller aussi agressif avec les taux courts », souligne M. Marion.

Quel impact sur le marché immobilier ?

Dans l’immédiat, la hausse rapide des taux obligataires se répercute sur les taux hypothécaires. Le taux fixe 5 ans chez Desjardins est passé lundi de 5 % à 5,49 %. Avec un pareil taux, les emprunteurs doivent se qualifier en fonction d’un taux minimal admissible imposé par le Surintendant des institutions financières de 7,59 %. Avant la remontée des taux, le taux de qualification s’établissait à 5,25 %. « Avec la hausse de taux d’intérêt prévisible, ça va donner des baisses de prix assez prononcées et assez rapides », soutient Hélène Bégin, économiste chez Desjardins. L’institution financière prévoit que les prix de l’immobilier baisseront de 12 % au Québec par rapport à leur sommet qui sera atteint cet été. Les cas de surenchères vont aussi se raréfier rapidement. Espoir pour les premiers acheteurs, « l’abordabilité prendra du mieux à partir de la fin 2023 avec la baisse des prix », indique Mme Bégin.

Comment doit réagir l’investisseur au détail ?

L’investisseur ne doit pas paniquer, selon le gestionnaire de portefeuille Alain Chung, chez Claret. Il doit continuer d’investir dans des entreprises de qualité à mesure que leur prix baisse. « Un investisseur ayant des liquidités pourrait investir un dixième de ses liquidités chaque mois dans des titres de qualité. Au terme du processus, son coût d’achat moyen va être bon », suggère-t-il, rappelant la difficulté de déterminer avec précision le creux du marché. Pour sa part, M. Marion suggère aux investisseurs qui craignent la stagflation (un mélange d’inflation et de croissance anémique de l’économie) de surpondérer la part du portefeuille consacrée aux liquidités. À ceux qui veulent une exposition à la Bourse, il indique qu’historiquement, la Bourse canadienne assure une certaine protection en raison de la concentration des titres de ressources, comme les titres pétroliers et gaziers, qui la caractérise.

Les marchés baissiers du S&P 500 depuis 1987

1987

Aperçu de la chute : - 33,5 % Durée approximative : 101 jours
Krach boursier de 1987

2000-2001

Aperçu de la chute : - 36,8 % Durée approximative : 546 jours
Éclatement de la bulle techno

2002

Aperçu de la chute : - 33,7 % Durée approximative : 278 jours
Éclatement de la bulle techno (bis)

2007-2008

Aperçu de la chute : - 51,9 % Durée approximative : 408 jours
Crise financière

2009

Aperçu de la chute : - 27,6 % Durée approximative : 62 jours
Crise financière (bis)

2020

Aperçu de la chute : - 33,9 % Durée approximative : 33 jours
Grand confinement

Source : Ned Davis Research, 2021

En savoir plus

  • Qu’est-ce qu’un marché baissier ?
    Un marché baissier se produit quand la valeur d’un indice ou d’un actif chute de 20 % ou plus, et correspond à la période allant du sommet au creux du marché.
    Source : RBC Gestion mondiale d’actifs