(Paris) Wall Street se redressait vendredi après la clôture en territoire négatif des Bourses européennes, déstabilisées par une nouvelle agitation sur le marché obligataire à la suite d’un rapport sur l’emploi américain bien meilleur que prévu.

Agence France-Presse

L’Europe a fini dans le rouge : Francfort a cédé 0,97 %, Paris 0,82 %, Londres 0,31 % et Milan 0,55 %.

Peu après la clôture européenne, Wall Street se redressait : le Dow Jones avançait de 0,83 %, le NASDAQ de 0,29 % et le S&P de 0,49 %.     

Juste avant l’ouverture de Wall Street, les taux obligataires américains ont décollé, le rendement à 10 ans atteignant son plus haut niveau de l’année à 1,62 % avant de ralentir, alors que le rapport mensuel américain sur l’emploi a favorablement surpris.

« Les investisseurs sont désormais confrontés à deux grandes questions : jusqu’où les rendements peuvent-ils augmenter ? À quel niveau cela impactera-t-il les marchés actions ? », écrit Esty Dwek, responsable des stratégies de marché de Natixis Investment Managers Solutions.

La semaine avait pourtant bien commencé grâce à une détente du marché obligataire. Mais dès mercredi, la hausse des taux est repartie de plus belle, s’accélérant même en fin de semaine, ravivée par des déclarations jugées décevantes du président de la Banque centrale américaine.

« Ses déclarations vagues ont déstabilisé les investisseurs », estime Timo Emden, analyste indépendant chez Emden Research.

Jerome Powell s’est montré placide face à la montée des taux et a balayé les craintes d’une trop forte hausse des prix à venir.

L’incertitude entourant la politique monétaire s’est accrue : « les investisseurs craignent qu’une reprise économique forte n’incite la banque centrale américaine à augmenter ses taux plus rapidement que prévu », explique Laurent Le Grin, directeur général de DPAM France, interrogé par l’AFP.

Une crainte corroborée par une économie américaine qui semble rebondir fortement avec 379 000 nouveaux emplois créés en février, soit trois fois plus qu’en janvier.

Vers 12 h 30, le rendement des bons du Trésor américains à dix ans se stabilisait à 1,56 %, son niveau de clôture de la veille. Les taux d’emprunts souverains européens ont peu évolué.

Le contexte d’endettement élevé rend les économies très sensibles aux mouvements de taux.

« La crainte principale est celle d’une surchauffe du système, potentiellement déstabilisante pour l’économie mondiale », souligne Thomas Costerg, économiste chez Pictet Wealth Management.

Pour l’heure, soulignent les experts, il n’y a pas encore de quoi être alarmiste vu l’inflation à 1,5 % outre-Atlantique en janvier, des taux d’intérêt qui restent nonobstant à des niveaux historiquement bas.

Compte tenu de la remontée des taux, les secteurs cycliques tels que les financières, l’énergie et les matériaux continuaient d’être privilégiés au détriment des valeurs technologiques.

Pression sur les techs

Les valeurs de la tech étaient sous pression dans le sillage du plongeon jeudi de l’indice NASDAQ à forte coloration technologique. STMicroelectonics a perdu 2,84 % à 28,42 euros, Worldline 0,39 % à 70,76 euros et Soitec 0,88 % à 157,80 euros.

L’énergie fait le plein

Comme la veille, le secteur profitait des cours de l’or noir. Poids lourd de l’indice CAC 40, Total a gagné 1,02 % à 40,98 euros.

En Allemagne, le gouvernement a conclu un accord d’indemnisation à hauteur de 2,4 milliards d’euros avec les groupes énergétiques, dont RWE (+1,75 % à 31,44 euros) et EON (+0,67 % à 8,44 euros), lésés par la sortie de l’énergie nucléaire, décidée en 2011 par la chancelière Angela Merkel après la catastrophe de Fukushima.

Londres souffre

Le groupe boursier London Stock Exchange (LSE) a dévissé de 14,4 % à 8124 pence après avoir pourtant publié des résultats en hausse pour 2020 et annoncé une hausse de son dividende.

Du côté du pétrole, des devises et du bitcoin

Le baril de Brent de la mer du Nord pour livraison en mai prenait 3,66 % à Londres par rapport à la clôture de jeudi, à 69,18  dollars. Dans le même temps, le baril américain de WTI pour avril gagnait 3,35 % à 65,97 dollars.

La décision de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) et ses alliés de l’OPEP+ de n’augmenter leur production que de manière marginale avait fait bondir les cours de près de 5 % la veille.

L’euro cédait 0,47 % à 1,1912 dollar.  

Le bitcoin reprenait +0,10 % à environ 49 969 dollars.