Les marchés boursiers ont encore fait des flammèches mercredi et l’hécatombe n’est pas à la veille de prendre fin tellement elle est nourrie par l’incertitude extrême que génère la crise du coronavirus. C’est pourquoi de plus en plus de gens commencent à souhaiter la fermeture temporaire des marchés boursiers, question de donner le temps aux esprits de se refroidir.

Jean-Philippe Décarie Jean-Philippe Décarie
La Presse

De nombreux lecteurs, par courriel, me le demandent. Pourquoi ne pas fermer les marchés boursiers pour mettre au moins entre parenthèses leur déroute que l’on observe de façon quasi quotidienne depuis un mois maintenant ?

C’est aussi la suggestion que m’a faite lundi Guy Bonneville, président de Lepage Millwork, un fabricant de portes et fenêtres, qui me soulignait que la fermeture temporaire des marchés boursiers pourrait permettre de réduire en partie l’effet anxiogène de la crise que nous traversons.

« La crise du coronavirus est déjà assez inquiétante en soi. Pourquoi l’aggraver avec des manchettes financières en continu sur l’effondrement des marchés qui amplifient l’effet de crise ? », s’interrogeait l’entrepreneur.

PHOTO DAVID BOILY, ARCHIVES LA PRESSE

Éric Lefebvre, PDG du Groupe MTY

C’est aussi la question que j’ai posée mercredi, après la fermeture des marchés, à Éric Lefebvre, PDG du Groupe MTY, dont le titre venait d’enregistrer une autre journée de forte débâcle en cumulant un recul de 22 % de sa valeur en une seule séance.

Cette dégringolade portait à 61 % la perte de valorisation boursière de l’action de MTY au cours de ses cinq derniers jours de négociations à la Bourse.

Le titre de MTY, qui s’échangeait au-dessus de 60 $ le 14 février dernier, ne valait plus mercredi soir que 16,58 $, ce qui constitue une considérable dépréciation en l’espace de tout juste un mois.

MTY, établie à Montréal, est un leader de la restauration sous le modèle des franchises qui exploite plus de 7300 restaurants à partir de plus de 80 marques différentes, bien établies dans leur marché.

INFOGRAPHIE LA PRESSE

On le sait, le secteur de la restauration, tout comme le transport aérien, le tourisme et le divertissement, est parmi les plus durement frappés par la crise du coronavirus alors que les consignes de confinement réduisent chaque jour leur fréquentation et leur achalandage.

« On est durement frappés par la crise, c’est certain, mais depuis quelque temps maintenant, on est surtout frappés par la spéculation, par le jeu des day traders et des algorithmes d’achat et de vente.

« Aujourd’hui [mercredi], notre titre est passé de 17 $ à 14 $ avant de remonter à 16 $, tout ça en l’espace de cinq minutes. Clairement, il y a des gens dans les marchés qui se font des milliards en spéculant », constate, un peu effaré, Éric Lefebvre.

Ne pas pénaliser l’investisseur

Devant pareille évidence, le PDG de MTY ne souhaite-t-il pas que l’on décrète une fermeture temporaire d’une semaine ou deux des marchés boursiers pour leur donner le temps d’évacuer leur trop-plein de volatilité ?

« Je ne pense pas que ce soit la solution. Il ne faut pas pénaliser le petit investisseur qui vient de perdre son emploi et qui veut liquider ses investissements pour se remettre sur pied.

« On fait face à une situation extrême alors qu’on enregistre des volumes de transactions jamais vus avant. Il faut surtout s’assurer que tous les joueurs soient traités de façon équitable », avance Éric Lefebvre.

MTY est propriétaire de nombreuses chaînes de restaurants implantées dans les foires commerciales de tours de bureaux ou de centres commerciaux où on a fermé les salles à manger.

PHOTO RYAN REMIORZ, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

MTY, établie à Montréal, est un leader de la restauration sous le modèle des franchises qui exploite plus de 7300 restaurants à partir de plus de 80 marques différentes, bien établies dans leur marché.

Je préférerais que le gouvernement décrète la fermeture de toutes les foires commerciales que de nous laisser seulement la possibilité de vendre des repas pour emporter. Au moins, mes franchisés pourraient être dédommagés par les gouvernements.

Éric Lefebvre, PDG du Groupe MTY

Pour l’instant, MTY n’a fermé que 250 de ses 7300 établissements. Mais le pire reste à venir, surtout aux États-Unis, où on accuse un retard de 10 jours par rapport à ce qui s’est fait au Canada en ce qui a trait aux mesures pour lutter contre la propagation de la COVID-19.

« Aux États-Unis, la crise n’existe pas dans bien des régions. On l’ignore. Ça va nous rattraper, c’est certain. On n’a pas le choix, on va devoir s’adapter là aussi et fermer des salles à manger tout en continuant d’offrir la livraison ou des repas à emporter », convient le PDG.

D’ici là, le Groupe MTY continue de gérer la crise au jour le jour. Il a notamment dispensé ses franchisés de lui verser leurs redevances mensuelles. « Ça nous donne quatre semaines pour réévaluer la situation. »

Les gros investisseurs institutionnels n’ont pas quitté MTY. Ils attendent que la situation se redresse éventuellement. Mais il n’y a pas beaucoup d’acheteurs pour les actions de MTY. Ils ont perdu l’appétit.