(Montréal) Le fait qu’un PDG ne parle pas français ne veut pas dire que l’entreprise qu’il dirige n’accorde pas d’importance à la langue de Molière, affirme George D. Schindler, le président et chef de la direction de CGI, qui se retrouve dans cette situation.

Mis à jour le 2 février
Stéphane Rolland La Presse Canadienne

« Nous menons toujours nos affaires dans la langue locale et nous sommes très fiers de pouvoir le faire, répond le dirigeant lors d’une entrevue, mercredi, en marge de l’assemblée des actionnaires. En tant qu’entreprise basée au Québec, c’est important d’avoir des dirigeants qui parlent français et qui mènent les opérations dans cette langue et c’est ce que nous faisons. »

À la tête de la multinationale montréalaise de services-conseils en technologie depuis 2016, M. Schindler ne parle pas français et ne prévoit pas suivre de cours pour l’apprendre, a-t-il dit. « Ce n’est pas dans les plans de l’entreprise en ce moment. »

La maîtrise du français par les grands patrons des fleurons québécois a refait surface dans l’actualité l’automne dernier. La présentation d’une allocution entièrement en anglais par le PDG d’Air Canada, Michael Rousseau, qui avait dit ne pas voir l’utilité d’apprendre la langue, avait soulevé une vague d’indignation au début du mois de novembre.

Les préoccupations sur le français sont « valides », juge M. Schindler. Par contre, il ne faudrait pas s’en tenir à viser les connaissances linguistiques d’une seule personne, selon lui. « Je ne vais pas parler 30 langues [le nombre de langues parlées dans les 40 pays où CGI est présente] et je ne vais pas demander à nos gens de le faire », a-t-il dit.

Il souligne qu’une majorité des clients issus des multinationales avec qui CGI fait affaire choisissent de communiquer en anglais et que le Québec ne représente que 5 % des activités de la multinationale.

Les francophones conservent une forte présence dans les hauts rangs de l’entreprise, ajoute le chef de la direction. Il donne en exemple Serge Godin, le fondateur et président exécutif du conseil, sa fille Julie Godin, coprésidente du conseil, ainsi que les postes clés de chef de la direction financière, de chef des opérations et de président des activités canadiennes.

CGI en mode embauche

CGI est également en mode embauche pour assurer la croissance de ses activités. Près de 1600 postes sont ouverts au Canada, dont 700 au Québec. La société veut doubler de taille sur un horizon de cinq à sept ans. La moitié par acquisition, l’autre moitié par la croissance des activités existantes.

Malgré le contexte de rareté de la main-d’œuvre, M. Schindler estime que CGI tire bien son épingle du jeu, comme le démontre l’ajout de 6000 employés au cours des 12 derniers mois. Il affirme que le taux de rétention de ses employés et sa capacité à les attirer est supérieur à la moyenne de l’industrie, mais n’a pas voulu préciser dans quelle mesure pour des raisons concurrentielles.

Pour garnir ses effectifs, CGI trouve près du tiers de ses recrues grâce aux références d’employés, qui sont fortement encouragées, car elles donnent généralement de meilleurs résultats pour l’attraction et la rétention des travailleurs.

Près de 20 % des recrues sont des diplômés récents ou des travailleurs provenant d’autres horizons. L’entreprise leur offre « des formations intensives » d’une durée « d’un à trois mois, voir plus ».

L’employeur fait aussi des efforts en faveur de la diversité, notamment en approchant les femmes qui sont sous-représentées dans le secteur de la technologie.

Malgré la pression inflationniste sur les salaires, la marge avant intérêt et impôts, qui s’établit à 16,9 % au premier trimestre (terminé le 31 décembre), continue de s’améliorer par rapport au 16,4 % enregistré à la même période l’an dernier.

En entrevue, François Boulanger, le chef de la direction financière, explique que CGI arrive à refiler « la majeure partie » de l’augmentation à ses clients. « La plupart de nos contrats contiennent une clause d’indexation, explique-t-il. J’ajouterais que ce n’est pas facile de trouver les talents. Nos clients sont donc ouverts à l’idée de payer nos services à sa juste valeur pour avoir les bonnes personnes. »

Résultats supérieurs aux attentes

CGI a dévoilé des résultats financiers supérieurs aux attentes, plus tôt mercredi, tandis que la demande pour les services-conseils en technologie demeure vigoureuse.

Au premier trimestre de l’exercice 2022 (terminé le 31 décembre), la société montréalaise a dévoilé un bénéfice ajusté par action de 1,50 $, comparativement à 1,33 $ à la même période l’an dernier.

Avant la publication des résultats, les analystes anticipaient en moyenne un bénéfice par action de 1,45 $, selon les données publiées par Refinitiv.

Les revenus de CGI ont augmenté de 2,4 % à 3,09 milliards. Si on exclut l’effet de la fluctuation des devises étrangères, les revenus ont affiché une progression de 6,8 % en dollars constants.

Daniel Chan, de Valeurs mobilières TD, constate que ce rythme de croissance de 6,8 % est supérieur à celui du précédent trimestre qui était de 6,4 %. « L’accélération de la croissance renforce notre opinion que le contexte de forte demande et le bon carnet de commandes que nous avons observé au cours des 12 derniers mois continuent à se traduire en croissance des revenus. »

Le bénéfice net, pour part, s’est élevé à 367,4 millions, ce qui représente une hausse de 7 %, comparativement à la même période l’an dernier.

M. Schindlera réitéré que l’entreprise veut générer une croissance des revenus et une hausse du bénéfice par action de plus de 10 % pour 2022. La société prévoit également déployer près de 1 milliard pour financer des acquisitions, alors que près de 20 % de ces sommes sont engagées pour des transactions déjà annoncées.

En après-midi, l’action montait de 2,64 $, ou 2,41 %, à 111,98 $ à la Bourse de Toronto.