(Ottawa) Le Canada pourrait devenir une plaque tournante mondiale de la fabrication d’un traitement potentiellement révolutionnaire contre la COVID-19 avec la signature d’un nouvel accord pour produire le médicament antiviral de Merck Canada à Whitby, en Ontario.

Mis à jour le 6 déc. 2021
Laura Osman La Presse Canadienne

La société pharmaceutique a investi 19 millions pour augmenter la production de son médicament molnupiravir, un médicament oral contre la COVID-19, dans les installations de Thermo Fisher Scientific à Whitby.

Les installations ontariennes auront pour mandat de fournir le produit au niveau national, ainsi qu’au Royaume-Uni, dans l’Union européenne, en Asie-Pacifique et en Amérique latine.

Le médicament – l’un des premiers traitements pour les patients atteints de la COVID-19 qui ne sont pas hospitalisés – est actuellement en attente d’une approbation par Santé Canada.

L’établissement choisi a déjà produit 10 millions de doses du médicament pendant que la société attend le feu vert de la Santé publique.

La semaine dernière, la ministre fédérale de l’Approvisionnement, Filomena Tassi, a annoncé que le Canada avait signé un accord pour l’achat de 500 000 comprimés du médicament antiviral de Merck, avec la possibilité d’en acheter 500 000 autres si Santé Canada donne son feu vert.

« L’inventaire est là, il est prêt à être expédié une fois que nous aurons l’approbation, mais nous continuerons à en fabriquer pour les approvisionnements futurs », a déclaré Marwan Akar, président de Merck Canada, lors d’une conférence de presse lundi.

Alors que l’essai clinique initial de Merck a montré une réduction de 50 % du risque d’hospitalisation ou de décès par rapport aux patients sous placebo atteints de formes légères ou modérées de COVID-19, les résultats ultérieurs ont montré une réduction du risque de 30 %.

Certains experts ont affirmé que le développement de ce médicament était un tournant potentiel dans la pandémie. Actuellement, les médicaments antiviraux doivent être administrés par voie intraveineuse par un professionnel de la santé dans un hôpital.

Les médicaments oraux pourraient être prescrits et pris à domicile, permettant aux patients d’être traités avant qu’ils ne soient si malades qu’ils aient besoin de soins hospitaliers, ce qui permettrait d’alléger la pression sur les hôpitaux.

L’annonce est également un pas en avant dans les efforts du Canada pour stimuler la biofabrication nationale afin de répondre à la COVID-19 et aux futures pandémies.

« Pour moi, il s’agit d’un très grand pas dans la façon dont nous entendons rebâtir notre secteur de la biofabrication au Canada », a déclaré le ministre de l’Innovation François-Philippe Champagne lors de la conférence de presse.

La capacité du Canada à fabriquer des produits pharmaceutiques est en déclin depuis les années 1980, ayant pour conséquence que le pays a été incapable de créer sa propre offre de vaccins et de traitements contre la COVID-19.

La dépendance du Canada à l’égard de l’approvisionnement étranger a entraîné des arrêts dans le déploiement du vaccin en raison des retards d’expédition à l’étranger.

Depuis lors, le Canada a publié une stratégie de biofabrication en sciences de la vie pour tenter de rebâtir ses capacités perdues depuis longtemps.

« Nous n’avons pas choisi le moment de cette pandémie. Nous ne choisirons pas quand la prochaine se produira. Mais nous pouvons choisir et nous choisissons en tant que Canadiens d’être prêts pour tout ce qui pourrait arriver ensuite », a déclaré le ministre Champagne.

Merck Canada a investi 19 millions de dollars pour augmenter la production de son médicament antiviral dans les installations de Thermo Fisher Scientific, a déclaré le ministre de l’Innovation, indiquant que les entreprises sont prêtes à investir dans la production de médicaments au Canada.

Merck Canada a choisi l’usine canadienne en raison de son potentiel, de sa capacité et de sa vitesse, a déclaré Marwa Akar, « et pour être honnête avec vous, la confiance que nous avons que l’usine de Whitby fournira comme nous en avons besoin, car nous faisons face à une pandémie ».

Jusqu’à présent, 50 employés se consacrent à la production du molnupiravir dans les installations de Thermo Fisher Scientific, bien que les autorités s’attendent à ce que davantage d’emplois soient créés à mesure que les pays du monde entier approuvent l’utilisation du médicament.

« De toute évidence, le nombre d’emplois sera directement lié à la demande du médicament dans le monde », a déclaré le ministre Champagne. « Mais le fait que nous ayons un mandat mondial est le point de départ fondamental pour que nous puissions avoir plus de personnes impliquées dans la production et la recherche » concernant ce médicament particulier.

Ottawa s’est aussi assuré de se procurer auprès de Pfizer un million de ses comprimés contre la COVID-19.