China Machinery Industry Construction Group est sur la liste noire de la Banque mondiale

Julien Arsenault
Julien Arsenault La Presse

Un géant de la construction détenu par l’État chinois dont plusieurs filiales figurent sur la liste noire de la Banque mondiale s’intéresse au Québec. Le lobbyiste mandaté par cette entreprise pour faire du démarchage sur le sol québécois affirme ne pas être au courant de cette situation.

China Machinery Industry Construction Group a récemment retenu les services de Bernard Lapointe, du cabinet Gestion Baltrust, qui doit en principe toucher une rémunération supérieure à 100 000 $, selon l’inscription qui figure au Registre des lobbyistes.

Les intérêts de l’entreprise concernent essentiellement des attributions de contrats « autrement que dans le cadre d’un appel d’offres public » et de « subventions » ou d’autres avantages pour notamment embaucher du personnel et acheter de l’équipement.

M. Lapointe n’a pas voulu offrir beaucoup de détails sur les ambitions du géant chinois qui, d’après le registre, a les yeux sur les secteurs des transports, des travaux publics et des mines.

Nous sommes en prospection. Comme nous sommes en prospection, on ne peut rien affirmer, c’est trop aléatoire.

Bernard Lapointe, lobbyiste, en entrevue téléphonique avec La Presse

Le lobbyiste de China Machinery Industry Construction Group devrait se pencher sur les ministères de l’Économie et de l’Innovation ainsi que des Transports. La Caisse de dépôt et placement du Québec ainsi que Baie-Comeau figurent aussi sur la liste des titulaires de charges privées.

M. Lapointe n’a pas voulu expliquer pourquoi Baie-Comeau semble intéresser la société chinoise. Le maire Yves Montigny a indiqué ne pas savoir pourquoi on trouvait la municipalité de la Côte-Nord sur la liste.

« Pratiques frauduleuses », selon la Banque mondiale

En 2018, la Banque mondiale a décidé d’interdire à China Machinery Industry Construction de soumissionner les importants projets qu’elle finance partout dans le monde, notamment dans des pays en développement.

D’une durée de quatre ans, la sanction est en vigueur jusqu’au 17 juillet 2022. Les faits reprochés par l’institution internationale concernent des « pratiques frauduleuses » dans le cadre d’un projet en Chine visant à améliorer l’efficacité énergétique des entreprises, selon le communiqué de l’époque.

Ces détails ont surpris M. Lapointe.

« Non, non, non, c’est impossible, a-t-il dit. Je ne peux rien vous dire parce que je ne suis pas au courant. »

Une mise à l’index de la Banque mondiale n’empêcherait pas China Machinery Industry Construction de convoiter des contrats publics au Québec, mais elle entache la réputation de l’entreprise.

Le nom de la société chinoise ne figure pas dans le Registre des entreprises autorisées à contracter ou sous-contracter de l’Autorité des marchés publics.

Sur son site web, China Machinery Industry Construction affirme compter près de 30 filiales et plus de 130 000 employés. L’ingénierie et la construction font partie de ses nombreuses activités.

Au Québec, M. Lapointe représente également les intérêts d’une autre société chinoise : Sichuan Chuankang Wubang Engineering Design, qui s’intéresse au projet de pont entre Tadoussac et Baie-Sainte-Catherine, qui n’a pas encore obtenu le feu vert de la part des autorités provinciales.

Selon la Société du pont sur le Saguenay, la facture de ce chantier est estimée à 550 millions.