Les perturbations provoquées par la pandémie de COVID-19 ne sont pas tout à fait dans le rétroviseur chez Nova Bus. La pause estivale s’est notamment prolongée de trois semaines à l’usine de Saint-Eustache. Cela a permis au constructeur d’autobus urbains d’éviter les mises à pied, ce qui lui aurait compliqué la tâche dans un contexte où la main-d’œuvre est rare.

Julien Arsenault
Julien Arsenault La Presse

« Quand on perd 100 personnes qui ont été entraînées à bâtir nos autobus, c’est certain que six mois ou un an plus tard, elles ne seront plus là, a expliqué le vice-président et directeur général de Nova Bus, Martin Larose, en entrevue avec La Presse. Dans la couronne nord de Montréal, il y a beaucoup d’entreprises qui peuvent rivaliser pour ces talents-là. »

Lundi marquait le retour au travail de la grande majorité des quelque 600 employés permanents de la filiale du Groupe Volvo à Saint-Eustache, en banlieue nord de Montréal. Chaque année, les activités font relâche pendant trois semaines, durant l’été, à Saint-Eustache ainsi qu’à l’usine de Saint-François-du-Lac, dans le Centre-du-Québec.

  • L’usine de Nova Bus, à Saint-Eustache, produit environ deux autobus par jour actuellement.

    PHOTO PATRICK SANFAÇON, LA PRESSE

    L’usine de Nova Bus, à Saint-Eustache, produit environ deux autobus par jour actuellement.

  • L’entreprise a dû se tourner vers la Subvention salariale d’urgence du Canada durant la crise de COVID-19.

    PHOTO PATRICK SANFAÇON, LA PRESSE

    L’entreprise a dû se tourner vers la Subvention salariale d’urgence du Canada durant la crise de COVID-19.

  • Les employés de l’usine ont consenti à des horaires réduits pour garder leurs emplois.

    PHOTO PATRICK SANFAÇON, LA PRESSE

    Les employés de l’usine ont consenti à des horaires réduits pour garder leurs emplois.

  • Ces ajustements seront en vigueur pour au moins un an chez Nova Bus.

    PHOTO PATRICK SANFAÇON, LA PRESSE

    Ces ajustements seront en vigueur pour au moins un an chez Nova Bus.

  • Cette année, l’entreprise prévoit produire moins de 500 unités.

    PHOTO PATRICK SANFAÇON, LA PRESSE

    Cette année, l’entreprise prévoit produire moins de 500 unités.

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Mais la crise sanitaire a bousculé Nova Bus, qui génère la quasi-totalité de ses revenus auprès des sociétés de transport collectif. Depuis le début de la pandémie, celles-ci ont vu leurs finances plombées par une dégringolade de l’achalandage, ce qui a ouvert la voie à des annulations ou des reports d’appels d’offres. Comme bon nombre d’entreprises, le constructeur d’autobus s’est tourné vers la Subvention salariale d’urgence du Canada.

L’impact n’a pas tardé à se faire sentir sur le carnet de commandes de Nova Bus. Conséquence : à Saint-Eustache, où il y a eu une quarantaine de pertes d’emploi l’an dernier, la cadence de production passe à 2 autobus par jour, par rapport à 2,5 auparavant. Pour éviter une nouvelle réduction de l’effectif, les employés de l’usine ont accepté la proposition de l’employeur de fermer l’usine trois semaines supplémentaires. Ils ont aussi consenti à un horaire réduit de quatre journées par semaine, dont l’impact est en partie atténué par le programme de travail partagé du gouvernement fédéral.

« Ça aurait été facile de dire : ‟on change notre mode de production et on laisse aller 100 personnes”, a dit M. Larose. Au lieu de faire cela, nous gardons 100 % de notre monde. »

PHOTO TIRÉE DU SITE DE NOVA BUS

Martin Larose est vice-président et directeur général de Nova Bus.

Bon an, mal an, 600 autobus sortent de l’usine située à Saint-Eustache. Cette année, le nombre d’unités sera inférieur à 500.

Malgré tout, le vice-président et directeur général de Nova Bus, majoritairement en télétravail depuis le début de la pandémie, ne cachait pas son soulagement d’assister au redémarrage des activités de l’usine d’assemblage de Saint-Eustache.

« C’est plaisant de voir les gens revenir et sentir l’atmosphère, dit-il, en ajoutant que le nouveau contexte sera en vigueur pour un an. Je pense que les gens sont contents. Sortir de la maison et voir du monde, ça fait du bien. »

L’usine de Saint-François-du-Lac, qui fabrique entre autres les châssis d’autobus pour les usines de Nova Bus au Canada et aux États-Unis, a été épargnée par ces mesures. Environ 350 personnes travaillent sur le site.

En attendant la sortie de crise

La crise ne freine toutefois pas les ambitions de Nova Bus. L’entreprise a obtenu, en juin dernier, 15 millions du gouvernement Trudeau pour appuyer des investissements totalisant 180 millions, entre autres pour accélérer le développement des autobus électriques.

On en retrouve déjà dans les villes de Montréal, Brampton et Vancouver. Nova Bus devrait bientôt obtenir la certification pour son modèle électrique LSFE+, dont les premières livraisons devraient s’effectuer en 2022.

Cela devrait permettre à l’entreprise d’obtenir sa part des 2,75 milliards que le gouvernement Trudeau s’est engagé à investir pour soutenir financièrement les municipalités qui désirent électrifier leurs réseaux de transports en commun. On parle de 5000 autobus scolaires et urbains à zéro émission.

À court terme, on voit que l’argent du gouvernement incite les sociétés de transport à acheter des autobus. Évidemment, si nous demeurons avec un taux d’utilisation faible pendant encore un an ou deux, il pourrait y avoir des impacts majeurs. Mais on va dans la bonne direction.

Martin Larose, vice-président et directeur général de Nova Bus

« Les taux d’utilisation [du transport collectif] sont en hausse dans les villes. On espérait un retour imminent dans les bureaux, mais quand même, on va dans la bonne direction », ajoute le directeur général.

Généralement, les sociétés de transport soutiennent leurs activités d’exploitation grâce aux revenus générés par les utilisateurs. Les commandes d’autobus sont souvent financées par les ordres de gouvernement. Des aides d’urgence ont été versées par les gouvernements à ces sociétés en raison des pertes de revenus.

Nova Bus prévient qu’il y aura d’autres déficits à combler au-delà de 2022, puisqu’il pourrait s’écouler jusqu’à quatre années avant de renouer avec le niveau d’achalandage d’avant la pandémie. Sans soutien, il pourrait y avoir d’autres impacts négatifs.