Produire au moins trois millions de salades par an sur une superficie correspondant à la moitié d’un terrain de football : voilà l’ambition des Fermes urbaines Gigrow, qui ont annoncé mercredi le lancement de leur projet de 13,5 millions de dollars, en Montérégie.

Lila Dussault
Lila Dussault La Presse

C’est dans le parc industriel de Varennes, entouré de champs et près d’un somptueux saule pleureur, que s’élèvera la nouvelle usine des Fermes urbaines Gigrow. D’une superficie de 24 000 pi2 (2230 m2), le bâtiment industriel abritera 605 rouleaux rotatifs horizontaux de la technologie novatrice GiGrow.

Cette machinerie permettra de cultiver 240 variétés différentes de légumes en feuilles – de la salade aux fines herbes, mais aussi certaines variétés de fraises – destinés aux restaurants, hôtels et détaillants alimentaires du Québec, et ce, toute l’année. Produire la même quantité de légumes de façon traditionnelle demanderait une superficie dix fois plus grande, soit 240 000 pi2 (22 297 m2), explique William St-Aubin, directeur général de l’entreprise.

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Stéphanie Filiatrault, actionnaire, William St-Aubin, directeur général, et André Tremblay, président des Fermes urbaines Gigrow

Vous avez bien lu : on parle bien d’une usine ici, pas d’un champ ou d’une serre au sens traditionnel du terme. En effet, les Fermes urbaines Gigrow ont étudié une culture intérieure optimisée par une technologie conçue à moins de 40 kilomètres, à Candiac.

« Nous sommes convaincus que cet investissement et cette usine vont changer le visage du Québec en agriculture », s’est réjoui André Tremblay, président des Fermes urbaines Gigrow, en conférence de presse mercredi.

Des légumes, au Québec, à l’année

Cette méthode de culture utilise 90 % moins d’eau qu’une serre traditionnelle, selon William St-Aubin. De plus, son empreinte carbone serait de trois à cinq fois moins importante que celle des autres entreprises agricoles.

Les légumes ainsi produits répondent aux critères de l’agriculture biologique, affirment les responsables du projet. L’entreprise est d’ailleurs en voie d’obtenir sa certification biologique, indique André Tremblay.

Le projet, lancé il y a dix mois, est soutenu par la Ville de Varennes et financé par des investisseurs privés. L’entreprise ne bénéficie pas, pour l’instant, de subventions gouvernementales ou d’une entente tarifaire avec Hydro-Québec.

Une pelletée de terre pour une grande vision

Alors que la première pelletée de terre symbolique était faite mercredi, André Tremblay et William St-Aubin étaient fébriles. « C’est comme être repêché dans la Ligue nationale de hockey ! », se sont-ils exclamés de concert, en entrevue avec La Presse.

Les Fermes urbaines Gigrow prévoient commencer l’exportation hors Québec à partir de leur troisième année d’exploitation. Si le projet avance comme prévu, trois ou quatre autres usines, ailleurs au Québec, pourraient voir le jour. Ces projections « en font l’un des plus importants projets d’agriculture urbaine au Québec », indique André Tremblay.

« Il nous reste à faire l’équipe [de hockey] », conclut William St-Aubin, filant la métaphore sportive.

GiGrow, « en parallèle de la nature »

Cela fait déjà 25 ans que Gilles Dumont et son fils ont commencé à développer la technologie de culture maraîchère aujourd’hui brevetée GiGrow.

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L’usine des Fermes urbaines Gigrow à Varennes utilisera plus de 600 rouleaux rotatifs horizontaux.

Dans un grand cylindre rotatif muni d’une lampe centrale, les plantes poussent vers le milieu, feuilles vers la lumière, racines vers l’extérieur. Ces jardins rotatifs permettent de combattre la gravité en arrosant les plantes par un système de goutte-à-goutte lorsqu’elles ont la tête en bas. « En nourrissant une plante pendant qu’elle est à l’envers, on optimise l’absorption », affirme Gilles Dumont.

De plus, « en donnant la quantité exacte d’eau et d’engrais, on peut économiser de l’énergie et de l’espace sans être soumis aux aléas de la météo », explique André Tremblay.

Cette culture automatisée demande moins de main-d’œuvre et améliore la salubrité des aliments, croit M. Dumont.

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Gilles Dumont, créateur du système GiGrow

Des études indépendantes menées en France ont montré que les plantes ainsi cultivées contenaient 60 % plus de nutriments que celles issues de méthodes traditionnelles.

Gilles Dumont, créateur du système GiGrow

« C’est un système balancé pour se mettre en parallèle de la nature, pas pour mettre la nature au service des besoins humains », ajoute Gilles Dumont, passionné.

Si la technologie a été commercialisée en France, l’usine de Varennes est le premier projet d’ampleur au Québec utilisant le système GiGrow.