Après plus de trois mois de grève à l’usine de transformation de porc d’Olymel de Vallée-Jonction, dans Chaudière-Appalaches, Les Éleveurs de porcs du Québec « voient le mur arriver ». Une nouvelle impasse dans les négociations leur fait craindre l’euthanasie pour 130 000 porcs en attente de leur sort.

Coralie Laplante
Coralie Laplante La Presse

Quelques semaines ou quelques mois ? Le président des Éleveurs de porcs du Québec, David Duval, ne peut prédire à quel moment il sera trop tard pour les 130 000 animaux en attente recensés la fin de semaine dernière.

« Tant et aussi longtemps que j’arrive à en détourner un certain nombre vers l’Ontario, l’Alberta et les États-Unis, et tant que le transport pourra faire ce travail-là, on arrive à écouler les porcs qui sont urgents », affirme M. Duval au téléphone.

Le président craint cependant la venue d’une canicule difficile pour les animaux et l’approche de l’automne. « L’automne, c’est une période où tous les abattoirs en Amérique du Nord sont pleins », explique David Duval. « On voit le mur arriver. »

Une situation incertaine qui crée de l’angoisse et de la détresse chez des producteurs, déplore M. Duval.

« Plusieurs producteurs m’appellent, puis ils sont incapables d’imaginer [que des porcs soient euthanasiés] », raconte le président, en disant parfois entendre des producteurs au bord des larmes au bout du fil. « Ils trouvent ça très difficile. Ils entendent des fois les animaux [entassés] se plaindre », dit-il.

Comme un porc peut fournir environ 600 repas, selon Les Éleveurs de porcs du Québec, David Duval considère que l’euthanasie des bêtes constitue un enjeu de gaspillage alimentaire important.

M. Duval a interpellé lundi le ministre du Travail, Jean Boulet, afin qu’il intervienne dans les négociations pour mettre fin au conflit.

Le ministre ne compte pas imposer une solution aux parties. Il a cependant pris la parole sur cet enjeu sur les ondes de RDI. « Il faut que ça cesse. […] Un conflit de travail de cette nature-là ne peut pas être toléré au Québec », a déclaré M. Boulet.

Tensions dans les négociations

Olymel a annoncé vendredi dernier avoir accepté une offre de l’équipe de conciliation afin de régler le conflit de travail, ce que le syndicat des travailleurs, affilié à la CSN, a contredit.

« Ni le syndicat et ni Olymel n’ont accepté la proposition de règlement du conciliateur », pouvait-on lire dans un communiqué publié par le syndicat lundi. La direction d’Olymel a rétorqué dans un communiqué qu’elle « s’insurge contre l’affirmation mensongère » effectuée par le syndicat.

Le syndicat a tenu une assemblée mardi matin. « Malgré l’escalade de tension des derniers jours, on souhaite reprendre les pourparlers avec la partie patronale le plus rapidement possible », a par la suite affirmé le président du syndicat, Martin Maurice, dans un communiqué.

Le premier vice-président d’Olymel, Paul Beauchamp, perçoit les choses autrement. « Nous ne sommes pas disposés à redébuter une ronde de négociations. Je pense que le syndicat doit plutôt se poser la question : est-ce que je peux me satisfaire ? », a affirmé M. Beauchamp en entrevue avec La Presse.

« En acceptant la proposition de l’équipe de conciliation, on est allés à la limite de ce qu’on pouvait donner », a-t-il expliqué.

Le syndicat a affirmé dans un communiqué, lundi, « qu’il entend bien le cri de cœur des producteurs, et qu’il est prêt à reprendre rapidement les négociations afin d’éviter une telle crise ».

Les 1050 employés syndiqués de l’usine d’Olymel sont en grève depuis le 28 avril.

Avec La Presse Canadienne