La direction de Minerai de fer Québec veut prendre le temps d’analyser le rapport du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE), qui juge inacceptable son projet d’augmenter la capacité de stockage des résidus de sa mine de fer du lac Bloom, sur la Côte-Nord.

Hélène Baril Hélène Baril
La Presse

« Nous sommes en train de regarder ça avec toute l’équipe », a fait savoir vendredi David Cataford, président de Minerai de fer Québec. « Vous comprendrez qu’on ne peut pas commenter tout de suite un rapport de 205 pages », a-t-il dit en promettant d’en dire plus la semaine prochaine.

Dans un courriel transmis en fin de journée, l’entreprise a souligné que son projet « a[vait] été développé en se basant sur la meilleure solution globale du point de vue des aspects environnementaux, sociaux et techniques » et qu’elle s’était engagée à mettre en œuvre « plus de 120 mesures d’atténuation permettant de minimiser les impacts ».

Dans son rapport attendu publié vendredi, le BAPE a rejeté sans équivoque le projet tel que présenté. « La commission est d’avis que Minerai de fer Québec devrait revoir son projet d’augmentation de la capacité d’entreposage des résidus miniers et des stériles de la mine de fer du lac Bloom », a tranché l’organisme.

Le BAPE a donné raison aux environnementalistes inquiets de voir que près de 900 millions de tonnes de résidus miniers pouvaient être déchargées dans les lacs environnants. L’entreprise « n’a pas fait la démonstration que les solutions retenues pour la gestion des rejets miniers sont celles qui minimisent les impacts sur les milieux humides et hydriques. En conséquence, la commission recommande que le projet ne soit pas autorisé tel que présenté ».

Il s’agit d’un revers majeur pour le projet souhaité par la région et appuyé financièrement par le gouvernement du Québec. Mais ce n’est pas nécessairement la fin de l’histoire.

« Il y a des solutions de rechange, le BAPE lui-même le dit », a précisé Ugo Lapointe, porte-parole de la coalition Pour que le Québec ait meilleure mine ! et de MiningWatch Canada, l’un des groupes qui s’opposaient au projet tel que soumis par Minerai de fer Québec en raison des effets prévus sur huit lacs, dont un de 88 hectares.

L’une des solutions est de remettre les résidus dans la fosse, ce qui se fait déjà ailleurs. « Ça coûte plus cher, mais c’est le prix à payer pour protéger nos lacs, ajoute Ugo Lapointe. J’espère que l’entreprise va accueillir le rapport avec un peu d’humilité et accepter de revoir son projet. »

Bénéfices record

Selon le BAPE, l’entreprise a du temps devant elle pour faire de nouvelles études et examiner d’autres options de stockage.

Champion Iron, société mère de Minerai de fer Québec, a besoin d’agrandir le parc à résidus de la mine du lac Bloom parce qu’elle veut exploiter de nouveaux gisements et doubler sa production à 15 millions de tonnes par année.

L’entreprise a déjà obtenu le financement nécessaire à cette expansion estimée à 400 millions, qui signifie l’ajout de 375 emplois à l’effectif actuel de son complexe minier du lac Bloom.

Après les neuf premiers mois de l’exercice en cours, son bénéfice net est le triple de celui de la même période de l’exercice précédent, soit 308,5 millions en 2020, comparativement à 102,7 millions en 2019.

La valeur des actions de Champion Iron est passée de 1,72 $ à 5,50 $ depuis un an.

Ce projet d’expansion de la mine du lac Bloom est jugé vital pour la Côte-Nord en raison des retombées économiques qu’il pourrait générer jusqu’en 2040.

Le gouvernement du Québec, qui soutient le projet, a le rapport du BAPE en main depuis le 18 février. Le ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles, Jonatan Julien, qui est aussi le ministre responsable de la Côte-Nord, n’était pas disponible vendredi.

« On prend connaissance du rapport, et l’évaluation environnementale se poursuit au ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques », a fait savoir la porte-parole du ministre Julien.