(Montréal) Devant l’incertitude entourant la vente de Transat A. T. à Air Canada, la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ), l’un des principaux actionnaires du voyagiste québécois, estime que ce dernier devrait également examiner les autres options qui s’offrent à lui pour être certain d’avoir une solution de rechange.

Julien Arsenault
La Presse Canadienne

Si l’arrangement entre les deux parties tient toujours, elles peuvent néanmoins y mettre fin à tout moment puisque la date butoir du 15 février visant à conclure la transaction — qui a obtenu un feu vert conditionnel d’Ottawa, mais qui attend toujours l’approbation de la Commission européenne — n’a pas été prorogée.

« Le conseil d’administration de Transat, selon nous (doit) se donner de l’optionalité et se prévoir un plan B plutôt que, je dirais, être soumis aux humeurs d’Air Canada, a expliqué jeudi le président et chef de la direction de la Caisse, Charles Émond. Mon conseil, de ce côté, serait que le conseil d’administration se doit d’envisager quelles sont les autres options sur la table si l’offre d’Air Canada venait à être retirée. »

Dans un courriel envoyé jeudi après-midi, l’entreprise québécoise a indiqué qu’elle ne commenterait pas les observations du grand patron de la Caisse.

En marge du dévoilement des résultats annuels du bas de laine des Québécois, M. Émond a souligné qu’il s’agissait d’une pratique de gouvernance à mettre en œuvre lorsqu’il y a de l’incertitude. Les activités aériennes de Transat A. T. sont à l’arrêt en raison de la suspension temporaire des vols vers les destinations soleil. En décembre, l’entreprise avait signalé qu’elle pourrait avoir besoin de jusqu’à un demi-milliard de dollars pour traverser l’année.

Selon la firme de données financières Refinitiv, la CDPQ est le troisième actionnaire en importance du voyagiste avec une participation évaluée à 5,83 %.

Invité à préciser s’il recommandait au conseil d’administration de Transat A. T. de considérer sérieusement la proposition de l’homme d’affaires Pierre Karl Péladeau, M. Émond s’est toutefois gardé d’y aller d’une recommandation claire.

« Je pense que ce que vous décrivez ici fait probablement partie du menu d’options sur la table, a-t-il dit. Je ne précise pas une option plus qu’une autre, mais elle devrait faire partie des options que le conseil (de Transat) devrait évaluer. »

M. Émond a rappelé qu’en décembre, la Caisse avait voté en faveur de l’offre révisée d’Air Canada, dont la valeur est passée d’environ 720 millions à 190 millions, parce qu’il s’agissait de la seule offre sur la table. Le mois dernier, Transat A. T. avait dévoilé avoir reçu, en décembre, une offre de 5 $ par action émanant de MTRHP, la société de gestion de M. Péladeau, qui est également le président et chef de la direction de Québecor en plus d’être l’actionnaire de contrôle du conglomérat.

Puisqu’elle n’avait pas été jugée supérieure à l’offre d’Air Canada, son contenu n’avait pas été présenté aux actionnaires.

M. Péladeau, qui participait jeudi à une conférence téléphonique avec les analystes pour faire le point sur les résultats du quatrième trimestre de Québecor, a pour sa part assuré à ces derniers que l’entreprise n’allait pas tenter d’acquérir Transat A. T.

Par l’entremise de sa collaboratrice Annick Bélanger, l’homme d’affaires a fait savoir, jeudi, en soirée, que les observations de M. Émond constituaient des « pratiques d’affaires et de gouvernance normales, prudentes et avisées ». Mme Bélanger a ajouté que « juridiquement », M. Péladeau ne pouvait commenter davantage.

La Commission européenne, qui attend des informations de la part de Transat A. T. et d’Air Canada, a suspendu son évaluation le 22 décembre dernier. Transat A. T. anticipe une décision d’ici la fin juin.