Produits forestiers Résolu deviendra-t-elle la première entreprise du Québec à avoir un siège social virtuel ? C’est une possibilité qu’envisage la direction alors que le bail de l’espace qu’elle occupe sur le boulevard Robert-Bourassa à Montréal arrive à échéance.

Hélène Baril
Hélène Baril La Presse

Avant la pandémie, Résolu songeait au télétravail pour ses employés du siège social, explique Yves Laflamme, PDG de l’entreprise. « On voulait faire un projet pilote, mais depuis le début de la pandémie, on l’a, notre projet pilote. On est 100 % en télétravail et ça fonctionne quand même bien », a-t-il dit lors d’un entretien avec La Presse.

Résolu a déjà occupé deux étages et demi de l’édifice situé au 111, Robert-Bourassa au centre-ville de Montréal. La moitié d’un étage, puis un étage entier ont déjà été sous-loués. Si l’entreprise décide de renouveler son bail ou de déménager, elle aura besoin de deux fois moins d’espace, soit 40 000 pi2, plutôt que de 80 000.

Une soixantaine d’employés de Résolu du siège social ont été mis à pied au début de la pandémie. Il en reste environ 400, indique Yves Laflamme.

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, ARCHIVES LA PRESSE

Yves Laflamme, PDG de Produits forestiers Résolu

La décision sur l’avenir du siège social ne sera pas la sienne, puisque le PDG de Résolu prend sa retraite le 1er mars, après 39 ans au sein de l’entreprise.

Sa dernière année a été « meilleure que ce à quoi on s’attendait au début », a-t-il dit au sujet des résultats financiers de 2020.

« La fin de l’année 2019 avait été difficile et le début de 2020 aussi, précise-t-il. Quand la pandémie est arrivée, on pensait que ce serait encore pire, mais la deuxième partie de l’année a pris une tangente contraire. »

Sauvée par le bois

L’appétit des consommateurs confinés pour la rénovation, qui fait bondir la demande et le prix du bois d’œuvre, a sauvé l’année de Résolu, selon son PDG.

L’entreprise affiche une perte nette de 52 millions US au quatrième trimestre, mais termine l’exercice avec un profit de 10 millions, qui se compare à une perte de 47 millions US en 2019. Les revenus de l’année ont baissé de 4 %, à 2,8  milliards US.

Malgré ces résultats supérieurs aux attentes des analystes, le titre a perdu presque 10 % jeudi à la Bourse de Toronto, pour finir la journée à 10,36 $.

Le bois d’œuvre et le papier tissu ont contribué positivement aux résultats de 2020, mais les autres secteurs d’activités, soit le papier journal, les papiers spécialisés et la pâte kraft, ont connu une année difficile.

Résolu, le plus gros fabricant de papier journal en Amérique du Nord, voit la demande pour ce produit fondre d’année en année. En 2020, la demande de papier journal a encore baissé de 29 % en Amérique du Nord et de 23 % dans le monde.

Deux usines de papier, celle d’Amos et de Baie-Comeau, ont dû cesser leurs activités. C’est une réduction de production de 500 000 tonnes par année.

Le PDG de Résolu ne s’est pas montré très optimiste quant à l'avenir du secteur. « On ne rêve pas », a dit Yves Laflamme au sujet d’un éventuel retour de la demande. La conversion de ces usines dans un autre type de produit ne se fait pas facilement, selon lui. « Ce n’est pas facile de repositionner une usine de papier journal, a-t-il expliqué. Il faut mettre de nouvelles machines, et ça demande beaucoup d’investissements. »

Produits forestiers Résolu est frappée durement par les droits imposés par les États-Unis sur les importations de bois d’œuvre canadien. Depuis le début du conflit, ce sont 249 millions que l’entreprise a dû débourser à ce chapitre. Si le prix record du bois en 2020 a plus que contrebalancé le paiement des taxes à l’exportation, « c’est autant d’argent qu’on ne peut pas investir », souligne Yves Laflamme.

Résolu ne s’attend pas à ce que la nouvelle administration américaine aide à la résolution du contentieux sur le bois d’œuvre entre le Canada et les États-Unis. « C’est toujours plus difficile avec les démocrates », estime Yves Laflamme, qui a vécu plusieurs épisodes de la guerre du bois d’œuvre.

C’est l’actuel vice-président et chef de la direction financière, Rémi Lalonde, qui succédera à Yves Laflamme le 1er mars.